‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 36 sur 340 · EXPULSION DES VENDEURS DU TEMPLE · texte numérisé non relu

EXPULSION DES VENDEURS DU TEMPLE

tion. Il en ai^pcUc, en effet, contre ses ennemis, au miracle futur de sa résurrection, comme à une preuve irrécusable de sa mission divine ; ses ennemis eux-mêmes lui fourniront l'occasion du signe exigé. « Détruisez ce temple, leur dit-il, et en trois jours je le relèverai. »

Alors que le Seigneur jDarlait du vrai temple où Dieu habite réellement, du temple de son corps, les Juifs ne songèrent qu'au sanctuaire matériel de Jérusalem, où l'on se trouvait alors. Et ils s'exclamèrent : « Pendant quarante-six ans, on a travaillé à bâtir ce temple, et vous, en trois jours vous le relèveriez ! » L'étrangeté même du défi lancé par le Seigneur invitait cependant l'intelligence à chercher sa signification profonde, ou du moins à attendre l'heure où serait donné le mot de l'énigme. Mais l'humeur juive était malveillante déjà. Les disciples euxmêmes ne devaient tout comprendre que trois ans jdIus tard, à cette même éi^oque de l'année, lorsque le Seigneur serait ressuscité des morts. «Alors, ils eurent foi à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite » : ils découvrirent toute la portée des projîhéties relatives à la Passion et à la résurrection du Messie et reconnurent que leur Maître leur avait tout annoncé d'avance (Le, xxiv, 44.-46). 11 faut savoir attendre, et, quand Dieu parle, le croire sur parole, sans exiger aussitôt la pleine démonstration : ceux qui croient finissent toujours par voir clair. Quant aux adversaires du Seigneur, ils n'oubheront jamais son assertion présente et l'exploiteront contre lui pour le Uvrer à la mort.

Les derniers versets du chapitre nous fournissent la preuve que le Seigneur ne s'est pas laissé sans témoignage auprès de Jérusalem. Au cours de cette fête de Pâque, qui durait huit jours, il accompht plusieurs miracles, dont l'évangéliste ne nous donne pas le détail. A cette vue, beaucoup sentirent leur âme ébranlée et crurent « en son nom » : ils crurent qu'il était le Sauveur, le Messie prédit. Sans doute, à cette croyance initiale ils mêlaient encore bien des préjugés. On peut supposer qu'il y avait parmi eux non seulement des Juifs, mais aussi des GaUléens, des prosélj'tes, et d'autres étrangers, qUe la Pâque avait amenés à Jérusalem. Le Seigneur ne se Uvrait pas à la foule de ses auditeurs. Soit à cause de leur opposition sourde, ou de leurs fausses idées sur le Messie, soit même à cause de la faiblesse de leur foi, il ne se donnait pas tout entier. Cette discrétion et cette mesure

il8 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II

lui étaient inspirées par la connaissance qu'il possédait de l'âme de chacun ; il savait personnellement ce qu'il y avait dans l'homme et n'avait nul besoin d'être renseigné par d'autres sur les secrètes dispositions des cœurs.

Jo., III. — ^ Erat autem homo ex pharisaeis, Nicodemus nomine, princeps Judaeorum. ^ Hic venit ad Jesum nocte, et dixit ei : Rabbi, scimus quia a Deo venisti magister ; nemo enim potest haec signa facere quae tu facis, nisi fuerit Deus ciim eo. ^ Respondit Jésus, et dixit ei : Amen, amen dico tibi, nisi quis renatus fuerit denuo, non potest videre regnum Dei. ^ Dicit ad eum Nicodemus : Qiiomodo potest homo nasci, cum sit senex? numquid potest in ventrem matris suae iterato introire, et renasci? ^Respondit Jésus: Amen, amen dico tibi, nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. ^ Quod natum est ex carne, caro est ; et quod natum est ex Spiritu, spiritus est. ' Non mireris quia dixi tibi : Oportet vos nasci denuo. ^ Spiritus uhi vult spirat ; et vocem ejus audis, sed nescis unde veniat, aut que vadat ; sic est omnis qui natus est ex Spiritu. ^ Respondit Nicodemus, et dixit ei : Quomodo possimi haec fieri? ^^ Respo7idit Jésus, et dixit ei : Tu es magisier in Israël, et haec ignoras? ^^ Amen, ameji dico tibi, quia quod scimus loquimur, et quod vidimus testamur ; et testimoniuTïi nostrum non accipitis. ^^ Si terrena dixi vobis, et non creditis, quomodo, si dixero vobis caeîestia, credetis?

Il y avait dans la Synagogue des hommes de bonne foi, de loyauté réelle, que l'éducation juive n'avait pas tellement imprégnés qu'ils ne demeurassent accessibles à la vérité. Nicodèrae est de ce nombre. Il appartient à la secte la plus en vue, celle des pharisiens. Il est prince des Juifs, c'est-à-dire qu'il fait partie du grand conseil ou Sanhédrin. Il est droit, et c'est pour cela qu'il vient au Seigneur ; il semble un peu timide, il aime les ménagements, et c'est pour cela qu'il vient à la nuit tombée ou tombante. Aussi bien, sa démarche ne pouvait demeurer absolument secrète, et nous verrons qu'il n'hésitera pas à prendre la défense du Seigneur devant le conseil (Jo., vu, 50) ; enfin, à l'heure la plus critique, lorsque les passions seront le plus allumées et que tout semblera j^crdu, il n'hésitera pas davantage à faire œuvre de disciple dévoué et fidèle ; il descendra

ENTRETIEN AVEC IfTCODÈME 119

le Seigneur de la croix et donnera au cœur de Notre-Dame, par le respect tendre avec lequel il traitera le corps de son Fils, une suprême consolation. Selon la tradition, il fut maltraité par les Juifs au cours de la tourmente qui suivit la mort de saint Etienne, sans obtenir pourtant la gloire du martyre.

Nicodème se présente au Seigneur au moment du repos, au soir d'une de ces journées si bien remplies : mais le Seigneur accueille à toute heure, avec une souveraine bonté. Et l'entretien s'engage. Nicodème est aimable, il est respectueux ; disons mieux : il commence par un acte de foi. Lui, personnage âgé et considérable, il se met à l'école de ce rabbi de trente ans ; il lui donne, comme l'ont fait André et Jean, le titre de Maître ; et de peur que ce titre ne semble être qu'une simple appellation d'honneur, Nicodème affirme la réalité de ce qu'il implique : « Nous savons que vous êtes venu de Dieu, comme docteur ; car personne n'est capable d'accomplir les miracles que vous faites à moins que Dieu ne soit avec lui. » Nicodème croit à la valeur probante des miracles et raisonne comme le fera l'aveuglené ; ceux que le Seigneur a réalisés déjà lui suffisent ; il en conclut, sinon que Jésus est Dieu, — ceci n'ayant pas encore été mis en pleine lumière, — du moins qu'il vient de la part de Dieu, qu'il est le Messie.

Saint Jean a sans doute éliminé, dans un souci de brièveté, une part de l'entretien; jjcut-être aussi le Seigneur, qui n'ignorait pas ee qu'il y a dans l'homme, vit-il la pensée secrète de Nicodème : en tout cas, l'enseignement du Seigneur nous montre à quelle préoccupation il entend répondre. L'âme droite de Nicodème ne voulait que savoir la \Taie justice surnaturelle, ce qu'il faut être et faire pour plaire à Dieu ; il ne voulait qu'entrer dans l'alliance nouvelle, dans ce Royaume de Dieu dont Jean-Baptiste avait annoncé l'approche, mais sans dire précisément en quoi il consiste. Or, le peuple juif était disposé par ses habitudes et par son orgueil à ne voir dans le régime nouveau qu'une continuation de l'ancien : des pratiques encore, la fidélité trop souvent matérielle à la Loi, tout cet ensemble pétrifié contre lequel saint Paul ne cessera de lutter. Gardons-nous d'opposer l'un à l'autre les deux Testaments : ce serait Marcionisme ou Manichéisme ; gardons-nous aussi de les isoler. L'Ancien Testament est une ébauche, une préparation di\'ine, mais il n'est que cela. « En vérité, en vérité.

je VOUS le dis, déclare le Seigneur, quiconque ne naît pas d'en haut ne saurait voir le Royaume de Dieu. »La formule solennelle et assertive qu'emijloie le Seigneur a pour dessein de marquer tout à la fois et la gravité du précepte, et la difficulté qu'éprouvera l'intelligence juive à le bien comprendre. La condition requise pour voir la cité de Dieu, c'est-à-dire pour y entrer, pour être citoyen de ce Royaume, consiste dans une naissance nouvelle : ce n'est pas une œuvre qui vienne de nous, ni de la Loi, ni de notre activité. Il s'agit non d'une dénomination extérieure, mais d'une transformation complète, qui vient d'en haut, qui est profonde et fait de nous une créature nouvelle. Cette condition est indisj^cnsable ; elle est universelle. On n'appartient à la théocratie défuiitive que moyennant une réî^énération, un renouveau de l'homme tout entier : dans ce royaume il n'y a que des fils de Dieu.

Et Nicodème dit au Seigneur : « Comment un homme pourrait-il naître, lorsqu'il est vieux? Il ne peut pourtant pas une seconde fois rentrer dans le sein de sa mère et être mis au monde ! » C'est une rénovation intérieure que Dieu nous demande, et Nicodème le devine bien. Sa question n'a aucunement le sens naïf qu'on lui prête d'habitude. Il ne songe pas à la réitération d'une naissance corporelle. « Renaître? dit-il ; mais je suis vieux. C'est tout le passé de ma vie qui m'a fait ce que je suis ; est-ce que je puis l'effacer et faire qu'il n'ait pas été? est-ce que je puis ressaisir ma vie à son origine, retourner au sein de ma mère, être engendré de nouveau? » Le sentiment est profondément humain ; combien de fois n'avons-nous pas souhaité revenir en arrière, reprendre toute notre vie dès son origine? Sous sa forme paradoxale, la question de Nicodème ne fait donc que solliciter un supplément de doctrine et des éclaircissements au sujet de cette mystérieuse naissance.

Le Seigneur s'explique et insiste. Même formule solennelle rencontrée déjà : « En vérité, en A'érité, je vous le dis : nul ne peut entrer dans le Royaume de DicU que s'il naît de l'eau et de l'Esprit. » Ce n'est plus à notre mère selon la chair que nous irons demander cette seconde naissance ; un autre sein maternel nous est proposé : c'est l'eau baptismale ; tous ceux qui sont plongés dans ce liquide vivant en sortent également régénérés ; quels que soient Vâge ou le sexe et nonobstant toutes les conditions naturelles antérieures, ils ne sont plus désormais ensemble

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