ENTRETIEN AVEC MCODÈ.ME
qu'une même famille céleste, la race des enfants de Dieu. Écoutons le commentaire magnifique de l'Église dans la Bénédiction des fonts, le Samedi saint : Qui {Spiritiis Sanctus) hanc aquam re gêner ai^dis hominibus prneparatam, arcana sut numinis admixtione foecundei : ut sandificatione concepta, ah immaculato divini jontis utero, in novam renata creaturam, progenies caelestis emergat ; et quos aut sexus in cor pore, aut aeias discernit in tempore, omnes in unam pariât gratia mater infantiam. Et le baptême du Seigneur n'est pas simplement un baptême par l'eau, comme celui de Jean ; c'est un baptême dans l'eau et dans l'Esprit, selon que l'avait annoncé le Précurseur. Non que nous soyons les fils de l'Esprit de Dieu : mais parce que c'est l'Esprit qui nous fait devenir enfants de Dieu. L'EsjDrit de Dieu est ici, non la seule personne de l'Esprit-Saint, mais Dieu tout entier, Père, Fils et Saint-Esprit : car la formule sacramentelle du baptême est exiDressive de la Trinité. Mais l'Esprit-Saint étant le terme des processions divines, il est exact de l'appeler l'Esprit vivifiant, de le considérer comme le principe de l'effusion de Dieu hors de lui. Et c'est par celui qui, chez Dieu, et en vertu de sa fonction hypostatique, est le lien consubstantiel de la Trinité, que nous sommes nous-mêmes attachés à Dieu. Grâce à lui, nous devenons frères de Notre-Seigneur Jésus-Christ et cohéritiers de son Royaume : nous sommes portés ainsi jusque dans le sanctuaire de la vie di^•ine.
La question de Nicodème fournit au Seigneur l'occasion de marquer fortement la différence des deux générations et des deux naissances, comme aussi des deux natures qui sont, par elles, constituées en nous. Cette différence vient de ce que chacune des deux natures ou des deux vies est à l'image de son principe. « Ce qui est né de la chair est chair » : c'est ce que nous tenons du premier Adam ; «ce qui est né de l'Esprit est esprit»: c'est ce que nous tenons du second Adam. La première de ces deux naissances et de ces deux vies ne suffit pas pour nous donner droit au Royaume de Dieu. Les Pélagiens eux-mêmes ne l'ont pas cru ; ils ont inventé un moyen terme, un lieu moyen où loger les enfants morts sans baptême.
Les formules employées ici par le Seigneur sont universelles : la condition est donc la même pour tous. Mais les Juifs ne se trouvaient-ils pas, eux, de plain-pied avec les choses du Royaume de Dieu? N'avaient-ils pas un essai de théocratie, l'alliance avec
Dieu, la Loi, la justice? Le Seigneur, au verset 7, va au-devant de ces prétentions et de cette aspiration au privilège : « Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit (au singulier, ceci s'adressant au seul Nicodème) : il faut que vous (au pluriel), vous naissiez de nouveau. » Le judaïsme ne vous sauvera pas. Le Royaume n'appartient qu'aux régénérés. Et cela est normal : il y a deux races et deUx^ies; on ne saurait appartenir à une famille qu'à la condition de porter en ses veines le sang de cette famille. En sa qualité de Juif, Nicodème devait trouver bien des difficultés dans la doctrine proposée, et hésiter aussi devant des objections d'ordre général. Une naissance spirituelle dans un être charnel ; un changement foncier, renouvelant l'être de fond en comble ; un cliangement universel et qui s'impose à l'humanité entière ; et le tout avec ce principe mystérieux : l'eau et l'Esijrit! «Le vent (-vjûaa) souffle où il veut, dit le Seigneur, et vous en entendez le bruit, mais vous ne savez d'où il vient et où il va ; ainsi en est-il pour quiconque est né de l'Esprit (TTVc'jaaTOc), »
C'est une parabole en raccourci. Pendant la conversation du Seigneur avec Nicodème, peut-être le vent soufflait-il au dehors, fournissant au Maître l'emblème matériel de son enseignement. 11 en est de l'Esi^rit de Dieu comme de son symbole, qui lui est apparenté à ce point que le même nom sert à tous deux. Les deux sont invisibles, et ne se traduisent que par leurs effets, comme ils n'obéissent qu'à leurs propres lois. Le vent souffle où il veut ; l'Esprit de Dieu se répand jusqu'où il lui plaît. Vous entendez sa voix ; vous pouvez constater sa présence et reconnaître sa puissance à l'étendue des résultats ; mais vous ne savez ni d'où il vient : il faudrait pour cela connaître les profondeurs de Dieu ; ni où il va : car il pénètre jusqu'à l'intime de l'homme et se répand dans l'univers entier. Le Seigneur dessine donc, en termes svTnboliques, la Hberté, l'universalité, le caractère tout-i3LÙssant, incoercible, mystérieux de l'action de l'Esprit divin dans le monde, et aussi dans chacun des fils adoptés de Dieu. Comme la vie, en effet, est proportionnée à son principe, les qualités de l'Esprit de Dieu sont celles-là mêmes de quiconque est né de l'Esprit. Sa conduite, ses pensées, ses tendances sont inintelhgibles surtout pour l'homme adamiquc : Animalis homo, écrira l'Apôtre, non percipit ea quae sunt Spiritus Dei (I Cor., II, 14). D'où viennent les changements soudains dajiF