LOI .V-NCIEN'NE ET LOI. NOUVELLE
qu'aux moindres détails, ce qui est annoncé et figuré dans cette grande prophétie de l'Ancien Testament.
Parmi les préceptes de la Loi, il en est de grands et de petits ; il n'importe : quiconque enfreindra l'une quelconque de ces prescriptions morales menues, sera lui aussi petit et chétif dans le Royaume des cicux ; de même, s'il apprend aux hommes, par sa parole ou son exemple, à les enfreindre. Et, chose remarquable, celui qui aura été fidèle à ces petits devoirs et qui les aura enseignés aux autres, celui-là sera appelé grand dans le Royaume des cicUx. En même temps qu'une réserve en faveur de la Loi mosaïque, le Seigneur nous donne une leçon de délicatesse, de vraie charité. C'est la fidélité de chacun qui constitue son rang et sa dignité réelle en face de Dieu. Il ne s'agit ici que de menus devoirs ; dans le cas, en effet, où l'on néghgerait des prescriptions plus considérables, on n'appartiendrait même pas au Royaume des cieux, puisqu'on ne sïnclinerait pas devant la souveraineté de Dieu.
Et la fidéhté que le Seigneur réclame de ses discijDles est d'une qUaUté bien supérieure à celle que demandaient les scribes et les pharisiens, les classes dirigeantes du judaïsme. Les scribes étaient les théologiens et les exégètes d'alors, les éducateurs du peuple d'Israël depuis le retour de la captivité : ils représentaient la tradition et avaient surajouté à la Loi tout Un ensemble de prescriptions formalistes et d'iaterprétations humaines. Les pharisiens étaient les observateurs austères de la Loi et des coutumes, les pointilleux, les irréprochables, les séparés. « Je vous le dis : si votre justice ne l'emporte sur celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux. » Les disciples ont donc, comme leur Maître, mission d'achever et de parfaire. Ils doivent réaliser dans leur cœur et dans leur vie cette pureté et cette justice dont les scribes et les pharisiens n'ont que les éléments et parfois simplement la contrefaçon. La justice chrétienne est plus exigeajite et plus étendue ; elle est caractérisée par un rapport immédiat avec DieU ; elle est d'ordre intérieur et profond. La justice pharisaïque n'est que justice, c'està-dire exactitude et correction ; la justice chrétienne est charité ; elle déborde la mesure.
Le Seigneur, développant la pensée du verset 20, va définir pratiquement et par des exemples cette justice qui donne entrée dans la théocratie surnaturelle. Les six exemples contenus dans
le chapitre v semblent plutôt viser les scribes ; le chajîitre vi concerne davantage les pharisiens. Les trois premiers exemples, relatifs ati meurtre, à l'adultère, au divorce, sont empruntés au Décalogue ; les trois derniers, le serment, le talion, l'amour des ennemis, à diverses prescriptions du Pentateuque. Chacun d'eux commence par la formule : « Vous avez entendu qu'il est dit... » ou une équivalente. La plupart des Juifs n'avaient point à leur disposition un exemplaire de la Bible et ne la connaissaient que par la lecture qui s'en faisait au jour du sabbat. A cette parole sacrée, les scribes ajoutaient un commentaire : ils interprétaient, ils précisaient ; ils appliquaient, selon le besoin, aux circonstances du temps présent, ce qui avait été dit aux anciens. Six fois le Seigneur va instituer un parallèle entre les règles de la morale juive et celles de la morale chrétienne : « On a dit aux anciens... Mais moi je vous dis... »
Mt., V. — 2^ Audistis quia dicturn est antiquis : Non occides ; qui autem occident, reus erit judicio. ^2 Ego autem dico vobis, quia omnis qui irascitur fratri suo, reus erit judicio. Qui autem dixerit fratri suo : Raca, reus erit concilio. Qui autein dixerit : Fatue, reus erit gehennae ignis. ^^ Si ergo offers munus tuum ad altare, et ibi recordatus fueris quia f rater tuus habet aliquid adversum te, ^^ relinque ibi munus tuum ante altare, et vade yrius reconciliari fratri tuo, et tune veniens offeres munus tuum. ^^ Esto consentiens adversario tuo cito dum es in via cum eo ; ne forte tradat te adversarius judici, et judex tradat te ministro, et in carcerem mittaris. ^^ Amen dico tibi, non exies inde, donec reddas novissimum quadranteni.
La loi divine portait : Vous ne tuerez point (Ex., xx, 13) ; et la tradition avait ajouté : celui qui tuera sera punissable par le jugement. Le Deutéronome avait prescrit que, dans chaque cité, fût constituée une cour de justice (xvi, 18). Nous la voyons fonctionner en diverses circonstances de l'Ancien Testament, et Josèphe nous a rapporté les détails de sa composition et l'étendue de sa compétence. Elle comprenait sept membres, dont deux lévites. Devant elle était porté le cas de meurtre ; et elle pouvait condamner à, mort. Remarquons dès maintenant, pour l'intelligence de ce passage, qui offre plus d'une difficulté, que le Seigneur distingue trois degrés de procédure ou de juridic-