‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 64 sur 340 · L'ORAISON DOMINICALE · texte numérisé non relu

L'ORAISON DOMINICALE

excessive : Donnez-nous aujourd'hui notre pain pour le jour qui ^^ent, c'est-à-dire qui comnu'nce ; ou bien enfin, donnez-le-nous à mesure et pour la journée. — Quoi qu'il en soit, nous croyons que la première de ces demandes humaines est déterminée non pas seulement par le désir des biens matériels, indispensables à la vie : il faut bien à l'homme un coin de terre où il puisse poser le pied, une demeure, des vêtements et du pain ; volontiers nous lui donnerions aussi une valeur s}'mbolique. Elle serait, chez l'homme, la conscience et la reconnaissance qu'il n'est pas de lui, a se, et qu'il doit attendre de Dieu tout ce qui est nécessaire pour soutenir une vie empruntée, toujours mendiante. Une vie qu'il faut maintenir sans cesse en relation et en contact avec sa: source, puisqu'elle en découle à toute heure. Mais la demande est conçue en des termes dune confiance filiale. Parce que demain on se propose de demander encore, on demande pour aujourd'hui, on sollicite aU jour le jour d'une bonté qui ne se dérobe jamais.

Domiez, pardonnez : et dimitie nohis. Cette seconde demande contient sans doute une résolution implicite pour l'avenir, mais surtout elle implore le pardon de DieU pour le passé. Le pardon sera obtenu, mais à condition qu'il soit sollicité ; car il y a, selon l'intention divine, un vestige de la faute qui doit être effacé par la demande même. Aussi bien, l'esprit de pénitence ne se bornet-il pas au simple changement de vie ; il implique le regret des fautes antérieurement commises et leur expiation. Là oii saint Luc dit : «péchés », saint MattliicU dit : « dettes ». Dans la Sainte Écriture, la faute est considérée tantôt comme une souillure, tantôt comme une dette contractée envers DieU et que Dieu seul peut remettre (Me, ii, 7); l'idée de saint Luc est du reste la même que celle du premier érangéliste, puisque lui aussi écrit : diniitte, dimitiimus, omni debenti nohis. Mais il est plus important de remarquer une variété de lecture en saint Matthieu: à(ptey.6v, nous pardonnons, ou àcpr./.au.sv, nous avons pardonné ; et cette dernière leçon est peut-être plus autorisée. Nous sommes riors, ayant pardonné, exactement dans les conditions requises pour être écoutés de DieU (v, 23-24).

Un parallèle est établi entre le pardon que nous avons accordé et celui qUe nous sollicitons du Seigneur. Pourtant, lorsque nous disons : « Pardonnez-nous comme nous pardonnons », dimitte nohis, sicut et nos (ou, selon saint Luc, siquidem et ipsi...),

ce n'est point pour déterminer à Dieli le degré et la mesure rigoureuse de son pardon. Quelle qUe soit notre facilité surnaturelle à oublier et à pardonner, nous demandons toujours à Dieu quelque chose de plus. Nous ne l'invitons pas à nous imiter ; nous ne lui disons pas : Faites comme nous ! Bien plus volontiers nous lui dirions : Faites selon votre cœur, ô notre Père ! Mais nous lui rappelons cependant qu'avant d'implorer notre pardon, nous avons accompli sa volonté, réalisé la condition préalable qu'il a posée, et acquis ainsi, m.oyennant sa grâce. Un titre à son indulgence ; ayant pardonné à notre mesure, nous lui demandons de pardonner à, sa mesure à lui. Saint Luc dit : « Comme nous pardonnons à tous nos débiteurs » ; nous ne saurions, en effet, sans péril, prononcer aucune exclusion.

« Et ne nous laissez pas succomber à la tentation. » D'oij qu'elle vienne, la tentation ou l'épreuve est toujours une occasion, une sorte de mise en demeure fournie à un être libre de s'attacher méritoirement au bien. A ce titre, elle est bonne. Et pourtant il est sage de ne jamais la demander. Parce qu'elle enveloppe Un aléa et un péril, nous devons la traiter comme la persécution : on paie bravement de sa personne, quand elle se présente ; mais, étant donnée notre faiblesse, nous y courons de tels risques que l'on ne s'y aventure pas de gaieté de cœur. Même, on demande à Dieu de nous l'épargner. Soyons attentifs à cette double face de la tentation, et aux deux sens du même terme original -Eiûa-Taô; (tentation proprement dite et tribulation), afin de pouvoir concilier des assertions scripturaires qui, à première vue, paraissent s'exclure : « Veillez et priez, afin de ne point entrer en tentation » (Mt., XXVI, 41) ; et, d'autre part : « Ne voyez qu'un sujet de joie, mes frères, dans les épreuves variées qui fondent sur vous » (Jac, I, 2). La tentation et l'épreuve sont ici-bas nécessaires ; Dieu les permet pour nous fournir l'occasion d'un plus grand bien : « celui qui n'a pas été tenté, que sait-il? » dit l'Ecclésiastique (xxxiv, 9). Nous pourrions d'ailleurs distinguer entre les tentations proprement dites, provoquées ou attisées par le diable, et les épreuves extérieures, ou tribulations de la vie. Quelle que soit la forme de la tentation, il n'y a nulle contradiction à demander au Seigneur la grâce d'y échapper ; puis, lorsque la tentation est permise par la sagesse di^-ine, à se réjouir qu'on nous témoigne ainsi confiance. L'exi^ression même dont se sert le Seigneur : et ne nos inducas, montre bien qu'il fait allusion. à

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