‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 66 sur 340 · LÉVANGILE DE N.-S. J.-C · texte numérisé non relu

LÉVANGILE DE N.-S. J.-C

tifier le corps, c'est l'irriter, et irrité, il se venge. Les heures de mortification sont toujours redoutables pour la charité. Chez la plupart, ce sont des heures de tristesse et de tension maussade. Nous souffrons, et notre humeur s'en ressent ; et le prochain se ressent de notre humeur ; et le diable, qui sait bien notre tempérament, iDrofite de ces conditions pour nous persuader que tout est devenu intolérable. Nous sommes comme des hommes à qui l'on aurait arraché l'épiderme, et que tout contact fait tressailhr. Or, à ce résultat naturel du jeûne, les hyjDOcrites, c'est-à-dire les pharisiens, ajoutaient encore Un calcul. Le jour du jeûne de dévotion, ils se présentaient en public avec un air sombre et abattu, la chevelure inculte, le \asage malpropre et exténué : exterminant faciès suas. Tout le monde se trouvait averti, à de telles enseignes, qu'ils étaient de grands mortifiés. En vérité, dit le Seigneur, je vous le déclare, ils ont leur récompense : le regard et l'attention des hommes.

Mais voici la livrée du jeûne chrétien : c'est de n'en avoir pas. Ce jour-là aura la physionomie de tous les jours. Si vous avez l'habitude des parfums, comme tout Oriental soigneux, vous en Userez comme de coutume ; vous parfumerez votre tête et laverez votre rasage. On ne s'apercevra aucunement de votre acte de dévotion. Le seul à le savoir, ce sera votre Père, qui est dans le sanctuaire du ciel, qui est dans le mystère et au centre de votre âme, là où va le chercher votre prière. Et votre Père, qui voit dans le secret, vous récomjDensera. II. sera votre débiteur, puisque vous n'aurez travaillé que pour lui.

Mt., VI. — ^^ Xolite thesaurizare vohis thesauros in terra, uhi aerugo et tinea demolitur, et uhi fures effodiunt et furantur. ^o Thesaurizate autem vohis thesauros in caelo, uhi neque aerugo neque tinea demolitur; et uhi fures non effodiunt nec furantur. ^i J^hi enim est tJiesaurus tuus, ihi est et cor tuum.

Ces paroles sont une suite naturelle des précédentes. La vraie richesse est celle que nous amassons par une intention dirigée toute vers Dieu, notre fin ; c'est 14 thésauriser, non jdIus sur terre, mais dans le ciel. Et ici encore, la critique du ijharisaïsme se poursuit. On devine bien que l'ostentation pharisaïque n'avait pas uniquement pour but de se faire voir. Il est peut-être des

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professionnels de la vanité à qui il suffît d'être contemplés, et que l'applaudissement du monde dédommage de tout ce qu'ils ont fait pour l'obtenir. Mais, pour les pharisiens, capter le regard des hommes n'était encore qu'un procédé : ils avaient en vue des bénéfices plus réels. L'apôtre les a stigmatisés dans son épître à Tite (i, 10-11) : « 11 y a beaucoup de gens insubordonnés, vains discoureurs et séducteurs, surtout parmi les circoncis ; il faut fermer la bouche à ces hommes qui bouleversent des familles entières et, pour un misérable gain, enseignent ce qu'il ne faut pas. » Nous entendrons le Seigneur lui-même prononcer : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous dévorez les maisons des veuves, sous prétexte de longues i^rières » (Mt., XXIII, 14). Aussi, les pharisiens étaient-ils d'ordinaire très riches ; volontiers ils donnaient cette opulence comme preuve de leur justice, comme indice de la bénédiction du ciel reposant sur eux.

Les chrétiens n'amasseront pas de trésors sur terre ; ces biens sont exposés à tant de risques qu'il est parfois plus difficile de les conserver qu'il n'a été pénible de les acquérir. La richesse ancienne se composait de nombreux troupeaux (Job, i, 3) ; la peau et la laine fournissaient des vêtements que l'on gardait au miheu des parfums, pour les empêcher de se corrompre, comme le rappelle le Psaume xliv (verset 9). Étoffes précieuses, tapis, coussins, objets de parure, lingots non monnayés servant à des échanges au poids, tout cela était renfermé dans des coffres et des cassettes. Mais toutes ces richesses courent plus d'un risque ; la rouille peut les ronger, les mites les détruire ; elles peuvent être dérobées par les voleurs, qui percent facilement des murailles en terre battue. Encore y a- t-il quelque chose de bien plus grave qUe tous ces accidents : c'est l'asservissement con tinu de notre cœur et de notre pensée; « là où est votre trésor là aussi sera votre cœur » (cf. Le, xii, 33-34). Si notre trésor est sur terre, notre pensée et notre amour demeureront sur terre ; si notre trésor est dans le ciel, près de Dieu, notre âme, notre souci la direction constante de toute notre vie seront dans le ciel avec lui. Là, notre trésor sera bien gardé et mis à l'abri de toute chance fâcheuse. « Amassez- vous des trésors dans le ciel, là o"ù. ni la rouille, ni la teigne ne détruisent, là où les voleurs ne sauraient pratiquer ni effraction, ni larcin. »

Mt., VI. — 22 Lucerna corforis lui est oculus tuiis. Si oculus tuus juerit simplex, iotum corpus tuum lucidum erit. ^^ Si autem oculus tuus juerit nequam, iotum corpus tuum tenehrosum erit. Si ergo lumen quod in te est tenehrae sunt, ipsae tenebrae quantae erunt ! 2* Nemo potest duohus dominis servire: aut enim unum odio habebit et alterum diliget, aut unum sustinebit et alterum contemnet. Non potestis Deo servire et mammonae.

Nous sommes au centre de tout l'enseignement contenu dans ce chai^itre sixième. La justice cliréticnne consiste dans un rapport intime, d'une certaine manière exclusif, avec Dieu. Les bonnes œuvres doivent s'accomplir devant lui, dans le secret de nos rapports avec lui. Il récompensera Une vie dont il est l'objet constant et le but unique. Nous ne devons thésauriser que chez lui seul. Le Seigneur présente maintenant la même doctrine sous forme symbolique, infiniment délicate et profonde (Le, xi, 34-86). La lumière de votre corps, c'est votre œil. Votre corps ne voit pas : l'œil voit pour lui et le guide. Votre pensée, votre intention secrète et première, l'attachement à une vérité, à une beauté, à Une lumière supérieure, c'est là ce qui ordonne votre vie tout entière, c'est là ce qui en fait la physionomie et en détermine toute l'allure. L'œil lui-même n'est qu'une lampe, lucerna, dit l'évangile ; la lumière lui vient d'ailleurs. C'est à la condition d'être éclairés comme il faut que notre œil, que notre pensée et notre amour premiers peuvent être la lampe de notre vie. Si notre œil est sain, s'il est simple, pur, attentif à la vraie lumière, le corps tout entier participera à cette lumière. Moyennant notre collaboration i^ersévérante, la grâce de Dieu, la lumière de Dieu parviendront à évangéliser notre nature inférieure elle-même, notre sensibilité, notre imagination, nos instincts, tout cet ensemble grossier et ténébreux, incapable de se conduire, et primitivement insoumis à la direction soit de nous, soit de Dieu.

Mais si votre œil est mauvais, tout votre corps sera ténébreux. N'étant ni éclairé ni guidé, le corps s'en ira de ci de là, dans les ornières, contre les murailles, sans chemin, à l'aventure. « Si donc, ajoute le Seigneur, la lumière qui est en ^•ous est ténèbres, quelles seront les ténèbres ! » Si l'œil, qui doit être lumineux pour voir et pour diriger tout le corps, ne reçoit pas la lumière, que seront les ténèbres elles-mêmes ! Elles seront j^ali^ables, comme celles de l'Egypte. Ce qui aurait pu guider ne fera plus que décevoir.

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