GENEALOGIE DU SEIGNEUR H
telirs ne s'entendent même pas sur le terme réel auquel elles aboutissent. Selon les uns, la généalogie de saint Matthieu serait celle de saint Joseph, la généalogie de saint Luc celle de Notre- Dame ; selon d'autres, les deux se rapporteraient à Notre-Dame. L'opinion commune des anciens est que Tune et l'autre généalogies se rapportent à saint Joseph ; et nous pouvons nous tenir à leur pensée, moyennant quelques explications rapides. Non seulement la loi juive se défiait des mariages avec les étrangers : il n'avait pas été heureux j^our les fils de Dieu, — les enfants de Seth, — d'épouser les filles des enfants des hommes, c'est-à-dire de la race de Caïn (Gen., vi, 1 sq.) ; non seulement la loi proscrivait et parfois annulait, comme pouvant conduire à l'idolâtrie, les mariages avec les femmes des peuples voisins (III Rcg., XI, 1-19 ; I Esdr., ix-x) ; mais, au sein même du peuple juif, elle limitait la liberté des unions conjugales. C'est dans sa tribu et dans sa famille que l'Israélite devait se chercher une éjDOUse (Ruth, III, 2 ; Tobic, i, 9). Selon les Sejjtante, Tobie dit à son fils : « Et surtout, jjrends une femme de la race de tes pères ; ne prends pas une femme étrangère qui ne soit point de la tribu de ton père, car nous sommes enfants des j^rophètes : Noé, Abraham, Isaac et Jacob furent nos ancêtres aux siècles passés. Souvienstoi, mon fils, qu'ils ont tous jDris des femmes d'entre leurs frères, qu'ils ont été bénis dans leurs enfants et que la terre sera l'héritage de leur race » (iv, 13). Les héritages devant demeurer dans la famille (Num., xxvii, 1-11), les filles héritières ne pouvaient prendre Un époux que dans la tribu (Num., xxxvi). Il faut nous souvenir aussi de la loi du lévirat, — levir, beau-frère, — ainsi formulée par le Deutéronome : « Lorsque des frères demeurent ensemble et que l'un d'eux meurt sans laisser de fils, la femme du défunt ne se mariera pas à un étranger ; mais son beau-frère l'éjoousera ; et le premier-né qu'elle mettra au monde recevra le nom du défunt, afin que ce nom ne soit pas aboli en Israël, etc. » (xxv, 5-10). Un même personnage avait donc parfois un père réel et un père légal.
Tous les usages auxquels nous venons de faire allusion j^euvent rendre raison des variations qui font différer la série de saint Matthieu de celle de saint Luc. A la faveur de cette vigilance qui s'exerçait sur les mariages et en limitait la liberté, le sang d'Abraham et de David se transmettait sans altération. Saint Joseph, fidèle observateur de la Loi, avait choisi une éijouse 2. — L'Évangile de N'.-S. J.-C.
dans sa famille, celle de David. Et la possibilité même d'établir la généalogie royale du Seigneur par des voies différentes ne faisait que démontrer d'mie façon plus décisive que la promesse de Dieu était accomplie et que le Messie descendait réellement de David. — Mais enfin, dira quelqu'un, si les deux généalogies sont de saint Joseph, comment peuvent-elles convenir à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui ne tient à l'humanité que par Notre- Dame? L'objection n'est pas redoutable, car saint Joseph et la Sainte Vierge avaient les mêmes ancêtres ; de plus, un véritable mariage les unissait, et les droits de Josejjh sur le fils de Marie étaient plus réels que ceux que créait la paternité légale. La concef>tion et la naissance virginale du Seigneur ne devaient pas être connues de tous dès la première heure. 11 suffisait à l'accom- Ijlissement de la prophétie qu'elles eussent lieu sous le voile du mariage avec saint Joseph.
Revenons au détail de la généalogie de saint Matthieu (i,8) : « Joram engendra Ozias ». Entre Joram et Ozias, trois noms, pourtant bien connus, ont été omis : Ochozias, Joas, Amasias. On a supposé que ces trois personnages avaient été supprimés à cause de leurs relations avec la maison maudite d'Achab ; c'est chose possible, mais l'intention mnémonique de l'évangéliste demeure toujours maîtresse : il veut constituer trois groupes de quatorze. « Josias engendra Jéchonias et ses frères. » Si la vraie leçon est Jéchonias, on peut s'étonner d'entendre parler de ses frères, alors que les Paralipomènes ne lui donnent comme frère que le seul Sédécias. De plus, pour obtenir des séries complètes de quatorze noms, il faut répéter deux fois le nom de Jéchonias. Et des exégètcs se demandent s'il ne convient pas de lire, avec quelques manuscrits grecs et syriaques, d'une date relativement récente : Josias engendra Joachim et ses frères, Joachim engendra Jéchonias. Josias eut quatre fils : Johannan; Joachaz ou Sellum, qui succéda à son père ; Joachim ou Éliachim, qui succéda à Joachaz ; enfin Sédécias ou Matthanias. A Joacliim succéda Joachin ou Jéchonias, son fils. Emmené en cajDtivité, celui-ci fut remplacé, non pas par Sédécias son frère, mais par Sédécias ou Matthanias, son oncle (IV Reg., xxiii-xxv ; I Par., m, 14 sq. ; II Par., xxxvi). Jérémie avait prédit à Joachin ou Jéchonias qu'il*n"aurait pas de postérité royale (xxii, 30) ; il eut ceiDcndant des fils, selon les Paralipomènes, entre autres Salatliicl et Phapaïa ; mais on peut se demander si Salatliicl est vraiment le