LE DISCIPLE AUTHENTIQUE
Mt., VII. — 2^ Non omnis qui dicit miJii : Domine, Domine, intrahit in regnum caelorum ; sed qui facit voluntatem Patris mei qui in caelis est, ipse intrabii in regnum caelorum. ^^ Multi dicent mihi in illa die : Domine, Domine, nonne in nomine iiio 2>rophetavimus, et in nomine iuo daemonia ejecimus, et in nomine iuo viriuies multas jecimus? ^^ Et tune confitebor illis : Quia nunquam novi vos ; discedite a me, qui operamini iniquitatem.
Le, VI. — *^ Quid autem vocatis me Domine, Domine, et non facitis quae dico?
C'est aux mêmes indices, aux mêmes livrées que l'on reconnaîtra les vrais docteurs et les vrais disciples. Quels sont donc les vrais disciples? Il y avait sans doute, dans l'auditoire auquel s'adressait le Seigneur, des enthousiastes et des ardents, qui, à la vue des miracles de Jésus, avaient pris parti pour lui avec une certaine chaleur d'entraînement. Leur ardeur, peut-être, s'efforçait de se faire valoir, et ils escomjDtaient bien que cet empressement dévoué leur vaudrait une haute situation dans le royaume nouveau, qu'ils concevaient à la façon des Juifs. Ces « zelanti » étaient les précurseurs de tous ceUx qui dans la suite, et aujourd'hui encore, se j^ersuadent qu'avec des cris, des élans et des interjections de tendresse, ils ont rempli leurs devoirs envers Dieu et qu'ils sont au mieUx avec lui. Non omnis qui dicit mihi : Domine, Domine... Notons que le Seigneur se donne ici sa vraie place, et reconnaît qu'on peut le prier comme Maître et Seigneur. Il ne s'agit pas de simples démonstrations enflammées envers sa personne : alors même qu'elles ne manquent pas de sincérité, elles sont souvent superficielles ; elles peuvent venir du temiDérament et de l'habitude ; tout cela n'est que peau de brebis dont chacun peut se revêtir à son gré. Quel sera donc l'indice irrécusable, le titre authentique de notre appartenance au Roj^alune nouveau? « Ce n'est jDoint quiconque me dit : Seigneur! Seigneur! qui entrera dans le Roj^aume des cieux ; mais bien celui qui accomplit la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »
Combien de telles paroles nous éclairent et sur la iDcrsonne du Seigneur et sur nous-mêmes ! Le Père céleste est son Père et notre Père, le Seigneur est le Fils de DieU, et nous sommes les citoyens de leur Royaume, à la condition de faire la volonté du Père. Le Fils de Dieu Incarné s'efface, en quelque sorte, afin de nous
laisser en présence de son Père. Le procédé lui est familier ; c'est toute sa fonction de Fils ; c'est, en lui, l'équivalent divin et transcendant de l'abnégation. Il y a donc une volonté du Père céleste. Le monde n'est pas un simple spectacle : la création a Un but moral et Dieu la dirige vers une fin voulue de lui. Et il s'est choisi des collaborateurs. Sans doute la création matérielle ellemême travaille avec Dieu et pour Dieu, mais sans le savoir ni le vouloir. Pour nous, créatures raisonnables, c'est à un titre spécial que nous sommes apjDclés à faire la volonté du Seigneur ; et la formule de notre collaboration nous est donnée dans la loi morale, naturelle, surnaturelle, commune ou même surajoutée librement par nous. Encore ne suffirait-il pas, pour la perfection de l'obéissance, d'une exécution correcte, exacte et comme automatique. La volonté d'un Père doit être aimée, surtout d'un Père tel que Dieu. Lorsque nous l'accomplissons, ce n'est pas seulement par un effort de conformité à un i^rogramme imposé d'en haut ; la volonté de Dieu n'est pas simplement dans la formule qui la contient et l'exprime ; elle est dans le cœur qui l'accomplit ; c'est selon Dieu, sous son influence, sous sa direction intérieure, par une sorte de spontanéité filiale et d'union étroite, totale, avec lui, que nous agissons. Les œuvres, et nous savons maintenant quelles œuvres, sont l'élément décisif.
MuJti dicent mihi in illa die... L'âme juive était bien préparée, par la lecture des prophètes, à entendre le sens de l'expression : « En ce jour-là. » C'est le grand jour de Dieu, le jour où il jaaraîtra seul, le jour de la justice et du discernement suprême. Les \Tais et les faux docteurs, les vrais et les faux disciples demeurent mêlés ici -bas. Dieu ne veut même pas que ses anges s'attaquent à l'ivraie, de peur de nuire au blé lui-même. Mais viendra un jour où le Messie fera le départ exact de ceux qui sont à lui. Il y aura des surprises. Elles se traduiront par une douloureuse exclamation et par une sorte de plaidoyer. On se croyait si assuré de la faveur divine, si certain de soi ! Et on demandera au Seigneur s'il n'y a point méprise. On reprendra les ardentes formules d'autrefois, pour faire remiser le jugement : «Mais, Seigneur, Seigneur, est-ce que nous n'a^"ons pas annoncé votre doctrine et parlé en votre nom? Est-ce que nous n'avons pas accompli en votre nom beaucoup de miracles? » Trois fois Vin nomine tuo est répété, pour bien montrer, chez ceux qui parlent ainsi, leur prétention d'appartenance étroite au Seigneur. IMais celui-ci professera