‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 73 sur 340 · LE CONFLIT AVEC LA SYNAGOGUE · texte numérisé non relu

LE CONFLIT AVEC LA SYNAGOGUE

Mt., VIII. — '^ Et ecce kprosus veniens, adwabat eiim, dicens : Domine, si vis, potes me mundare. ^ Et extendens Jésus manum^ teligit eum, dicens : Volo, mundare. Et conjestim mundaia est Icpra ejiis. '* Et ait illi Jésus : Vide nemini dixeris ; sed vade, ostende te sacerdoti, et ofjer munus quod praecepit Moyses, in testimanium mis.

Me, I. — ^° Et venit ad eum leprosus deprecans eum, et genu flexo dixit ei : Si vis, potes me mundare. ^^ Jésus autein misertus ejus extendit manum suam, et tangens eum, ait illi : Volo, mundare. *'- Et eum dixi^set, statim discessit ah eo lepra, et mundaius est. ^^ Ei comminaius est ei, statimque ejecit illum, ^^ et dicit ei : Vide nemini dixeris ; sed vade, ostende te principi sacerdotum, et offer pro emundutione tua quae praecepit Moyses, in testimonium mis. ^^ At ille egressus coepit praedicare et dijjamare sermonem^ ita ut jam non posset manifeste introire in civiiatem, sed foris in deseiiis locis esset ; et conveniebant ad eum undique.

Le, V. — 12 £^ factum est, eum esset in una eivitatum, et ecce vir pUnus lepra, et videns Jesum, et procidens in jaciem, rogavit eum, dicens : Domine, si vis, potes me mundare. ^^ Et extendens manum, tetigit eum, dicens : Volo, mundare. Et conjestim lepra discessit ah iUo. 1* Et ipse praecepit illi ut nemini diceret ; sed : Vade, ostende te sacerdoti, et offer pro emundatione tua sicut praecepit Moyses, in testimonium illis. ^^ Perambulabat autem magis sermo de illo ; et conveniebant turbae multae ut audirent, et curarentur ab infirmitatibu^ suis. ^^ Ipse autem secedebat in desertum, et orabat.

Les trois chapitres v, vi et vu de saint Matthieu nous ont résumé la doctrine fondamentale, le code qui régit le Royaume nouveau. Le même évangéliste groujje maintenant, dans les chapitres viii et ix, un certain nombre de miracles éclatants et typiques, ceux qui souhgnent le mieUx le domaine souverain de Dieu et de son Christ sur la création tout entière. C'est l'attestation et comme la signature de Dieu, confirmant, accréditant la doctrine du Seigneur, si extraordinaire déjà par elle-même. Nous connaissons le cadre où se déroulent ces événements : c'est toute la région galiléenne. Les trois synoptiques nous racontent d'abord la guérison d'un lépreux.

L'indication de lieu fournie par saint Luc est des jdIus vagues : Tandis que le Seigneur se trouvait « dans l'une des villes ». Un homme en pleine éruption de lèjjre, dit l'évangéliste médecin, pour décrire d'un mot le degré de la maladie ; un lépreux aperçut Jésus. La lèjDre était réputée incurable, sauf par une action directe de la main de Dieu, la guérison était j^resque une résurrection (IV Rcg., V, 7). La lèpre était considérée comme très contagieuse ; souvent aussi comme la jDunition d'mie faute : « Et nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu », disait Isaïe du Messie souffrant. Pour ces motifs, et à cause de l'horreur naturelle qu'inspirait cette mort anticipée, Une sorte d'excommunication était prononcée contre le lépreux : il ne pouvait entrer dans les villes, et A-ivait relégué dans la solitude. Le toucher simplement constituait une imjDureté légale (Lev., xiii, xiv). Il devait avertir par un cri ou joar le son d'un instrument quelconque ceux qui passaient dans son voisinage. Pourtant, ici, le lépreux s'approche. Peut-être la réputation du Seigneur étaitelle parvenue jusqu'à lui ; à coup sûr, il était intérieurement sollicité par la grâce ; et sa confiance parle plus haut que la loi cérémonielle. On peut croire aussi, à raison du contexte, que le Seigneur se détache de la foule et marche de lui-même vers le malade, qui se ijrosterne la face contre terre et supplie : « Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me rendre pur ! » C'est un acte de foi et la confession du pouvoir messianique. Le Seigneur eut pitié. Il étendit la main, non pas pour faire un geste de commandement, mais pour toucher le lépreux ; les prohibitions purement légales cédaient, pour lui, devant la loi de la charité et les exigences d'une justice plus haute. Il agit à la manière d'un sacrement, opérant sans doute du même coup la guérison de l'âme et celle du

GUÈRISON D'UN LÉPREUX 233

corps. Il touche : c'est l'application de la matière La forme vient, brève, et telle qu'elle avait été suggérée par le léjareux : « Je le veux, soyez i^urifié » : c'est l'intention, avec la formule impérative, réalisant ce qu'elle exprime. A peine les paroles divines étaient-elles prononcées que cette lèpre déclarée incurable disparut aussitôt, et que la chair redevint nette et pure. Le miracle était constant et complet.

Il semble que le lépreux guéri eût souhaité accompagner le Seigneur et proclamer devant la foule entière, qui était à distance, la réalité de sa guérison. Mais le Seigneur s'y refuse : il congédie immédiatement le miraculé, et, avec des paroles très fortes, lui interdit de raconter à personne ce qui s'est passé. Serait-ce pour nous donner une leçon de discrétion dans la charité? et le Seigneur voudrait-il s'appliquer à lui-même la recommandation du discours sur la montagne : « Que votre main gauche ignore ce qu'a fait la droite? » Non, semble-t-il ; son dessein est différent. Il y avait péril à exciter dans l'âme des foules un enthousiasme qui pouvait les porter à la sédition. Tout en faisant le bien, le Seigneur s'efforce de le faire à petit bruit, de manière à n'aviver pas des espérances politiques qu'il n'avait nullement l'intention de satisfaire.

Mais il ajoute : « Cependant, allez vous présenter au prêtre et offrez, pour votre purification, le présent qu'a déterminé Moïse (Lev., xiv) : ce leur sera un témoignage. » Un tel souci des prescriptions mosaïques montrait bien que le Seigneur n'était pas un rebelle, ni un contempteur de la Loi ; et que, s'il avait dû contrevenir à Un détail de cette Loi, en touchant la chair du lépreux, c'était pour des motifs supérieurs. Nous remarquerons aussi la déférence du Seigneur j^our la Synagogue. Il semble bien que la défense adressée au lépreUx de parler du miracle ne visait que les foules et non la Synagogue ; à celle-ci le Seigneur fournit une nouvelle i^reuve de sa mission, tandis que le lépreux guéri fait constater authentiquement aux prêtres la réalité du prodige : in testimonium illis.

Cependant, le premier soin du miraculé, aU sortir de l'entretien, fut de 23roclamer partout sa guérison. Son intention était bonne ; il n'avait pas compris le motif de la discrétion dont le Seigneur voulait envelopper son bienfait. Mais le résultat de cette divulgation inopportune, et sans doute de bien d'autres, fut que le Seigneur ne pouvait plus, ostensiblement, se présenter dans

les villes, sous peine de provoquer des réunions bruyantes et qui eussent facilement tourné aU désordre, sinon à Témeute. Il se tenait hors des cités, dans des lieUx déserts. De toutes parts, de grandes foules accouraient pour l'entendre et pour être délivrées de leurs infirmités. Il savait d'ailleurs, dit saint Luc, se dérober à leurs empressements et trouver un endroit reculé, où il se li^Tait à la prière.

Mt., IX. — 1 ... et venit in civiiatem suam. ^ Et ecce offerehant ei 'paralyticum jacentem in lecto. Et videns Jésus fidem illorum, dixit paralytico : Confide, fili; remittuntur tihi peccata tua. ^ Et ecce quidam de scrihis dixerunt intra se : Hic blasphémât. ^ Et cum vidisset Jésus cogiiationes eorum, dixit : Ut qiiid cogitaiis mala in cordibus vestris? ^ Quid est facilius dicere : Dimittuntur tibi peccata tua, an dicere : Surge, et ambula? ^ Ut auteni sciatis quia Filius hominis habet potestatem in terra dimittendi peccata, tune ait paralytico : Surge, toile lectumtuwn, et vade in domum titam. ' Et surrexii, et abiit in domum suam. ^ Videntes auiem turbae timuerunt, et glorificaverunt Deuni, qui dédit potestatem talem hominibus.

Me, II. — ^ Et iterum intravit CapJmrnaum post dies ; ^ et auditum est quod in domo esset, et convenerunt multi, ita ut non caperet neque ad januam ; et loquebatur eis verbum. ^ Et venerunt ad eum ferentes paralyticum, qui a quatuor portabatur. ^ Et cum non possent of ferre eum illi prae turba, nudaverunt tectum ubi erat, et patefacientes submiserunt grabatum in quo paralyticus jacebai. ^ Cum autem vidisset Jésus fidem illorum, ait paralytico : Fili, dimittuntur tibi peccata tua. ^ Erant autem illic quidam de scribis sedeiites, et cogitantes in cordibus suis : ' Quid hic sic loquitur? blasphémât. Quis potest dimittere peccata, nisi solus Deus? ^ Quo statim cognito Jésus spiritu suo quia sic cogitarent intra se, dicit illis : Quid ista cogitatis in cordibus vestris? ^ Quid est facilius dicere paralytico : Dimittuntur tibi peccata ; an dicere : Surge, toile grabatum tuum, et ambula"} ^° Ut autem sciatis quia Filius hominis habet potestatem in terra dimittendi peccata, ait paralytico: ^^ Tibi dico : Surge, toile grabatum tuum, et vade in domum tuam. ^^ Et statim surrexit ille, et sublato grabato, abiit coram omnibus, ita ut mirarentur omnes et honorificarent Deum, dicentes : Quia nunquam sic vidimu^.

LE PARAL^TIOUE DE CAPHARNAUM 23 j

Le, V. — ^'^ Et fcLctum est in una dierum, et ipse sedebat docens. Et erant pharisaei sedentes, et legis doctores, qui vénérant ex omyii castello Galilaeae, et Judaeae, et Jérusalem ; et virtus Domini erat ad semandum eos. ^^ Et ecce viri portantes in lecio hominem qui erat parai i/ticus ; et quaerehant mm inferre, et ponere ante eum. ^* Et non invenientes qua parte illum inferrent prae turba, ascenderunt supra tectum, et per tegulas summiserunt eum cum lecto in médium ante Jesum. ^'^ Quorum fidem ut vidit, dixit : Homo, remittuntur tibi peccata tua. -^ Et coeperunt cogitare scribae et pharisaei, dicentes : Quis est hic, qui loquitur blasphemias? Quis potest ddmiitere peccata, nisi solus Deus? ^^ Ut cognovit auteni Jésus cogitationes eorum, respondens, dixit ad illos : Quid cogitatis in cœ'dihus vestris? ^^ Quid est facilius dicere : Diniittuntur tibi peccata ; an dicere : Surge, et ambula? -'* Ut autem sciatis quia Filius homirvis kabet potestatem in terra dimittendi peccata, ait paralytico : Tibi dico, surge, toile lectum tuum, et vade in domum tuam. ^^ Et confestim consurgens coram illis, tulit lectum in quo jacebat, et abiit in domum suam, tnagnifîcans Deum. ^^ Et stupor apprehendit omnes, et magnificabant Deum. Et repleti sunt timoré, dicentes : Quia vidimus mirabilia kodie.

Nous sommes encore dans la i:»ériode de l'enthousiasme et de la popularité. Mais ce n'est plus que pour peU de tcnij^s. Les éléments de conflit ne tarderont guère à se traduire ouvertement, à mesure que le Seigneur, qui se manifeste de façon progressive, laissera paraître dans sa personne, dans sa conduite, dans sa doctrine, ce qui heurte et surprend le Judaïsme. On peut dire qu'avec cette guérison du paralytique commence la série des contestations de la Synagogue. Les faits sont groupés dans le même ordre en saint Marc et en saint Luc. Quant à saint Matthieu, il sacrifie l'ordre chronologique à son dessein de réunir les éléments similaires : miracles qui étabhssent le pouvoir du Seigneur sur les éléments, sur les esprits, sur les âmes par la rémission des péchés. Dans l'espèce, son récit est plus bref, moins circonstancié que celui des autres synoptiques, et surtout de saint Marc.

Nous ignorons d'où venait immédiatement le Seigneur. Un jour, dit saint Luc ; quelques jours après, post dies, dit saint Maire : l'un et l'autre viennent de raconter la guérison du lépreux. Le Seigneur entre de nouveau à Capharnaum, dans « sa \dlle ». Lorsqu'on aj^prit qu'il était revenu et se tenait « dans une mai-

son », — peut-être dans la maison qu'il avait choisie pour sa mère et pour lui, ou bien dans la maison de saint Pierre, — la foule s'y i^orta avec un tel empressement que le vestibule et les abords de la demeure furent bientôt trop étroits pour la contenir. Le Seigneur enseignait. Autour de lui, s'étaient assis des pharisiens et des docteurs de la Loi, venus de toutes les villes de Galilée et de Judée, notamment de Jérusalem. La guérison du lépreux et la divulgation de ce miracle ne furent sans doute pas étrangères à Une telle affluence. Jésus annonçait à tous la parole, la parole de vie et de salut. Et une vertu di\ine le portait à guérir {yjjzov, non yJjzo6ç). On -pelit supposer qu'il y eut dans la maison, ce jour-là, d'autres miracles, antérieurs au miracle jalus important dont le récit a été seul conservé.

Et voici qUe quatre hommes, portant un i^aralytique sur son grabat, se présentent devant la porte et s'efforcent d'introduire le malade jusqu'au Seigneur. Ce fut en vain, tellement la foule était dense. Ils prirent alors le parti désespéré de monter sur le toit en plate-forme, d'y pratiquer une ouverture en déplaçant les dalles ; et, aidés cette fois par ceux qui étaient au dedans, ils parvinrent à déposer leur fardeau vivant de vant le Seigneur . Une manœuvre aussi audacieuse et aussi insolite que celle-là témoignait hautement de la foi du paralytique et de ses amis. Ordinairement, le Seigneur, dont les bienfaits sont complets, guérissait d'abord l'âme, mais sans le dire; ici, il accomplit d'une façon formelle et distingue lesdeuxguérisons. «Ayez confiance, ditil, ô homme (mon enfant, selon saint Matthieu et saint Marc) ; vos péchés vous sont remis. » Sans doute la conscience du paralytique savait ce que le Seigneur voulait dire, et reconnaissait le rapport de cause à effet qui existait entre ses fautes et son infirmité.

Le péché peut être considéré, nous l'avons dit, au point de vue de la souillure si^irituelle, ou bien au point de vue de la dette que le délit fait contracter envers DieU. Dans l'Un comme dans l'autre cas, remettre les péchés ou même simplement déclarer que les péchés sont remis implique rcxercice d'un jDOUvoir divin. Qui peut, hormis DieU, pénétrer jusqu'à l'âme, y reconnaître, y effacer une souillure spirituelle? en constater et en affirmer la disparition? Qui peut, s'il ne possède l'autorité divine, transiger sur une dette contractée envers Dieu, se substituer à DieU pour déclarer qu'il n'y a plus de dette et pour en donner quittance? Aussi, le

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pardon accordé par Jésus p^o^•oqua-t-il chez plusieurs un réel étonnement. Les scribes et les pharisiens qui étaient assis près de lui commencèrent à murmurer dans leur cœur : « Que dit cet homme? Mais c'est un blasphème ! Qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul? » Telle est la majeure, très exacte, de leur raisonnement secret : Dieu seul peut remettre les péchés. Il est à noter qUe Xotre-Seigneur n'étourdit pas les casuistes du Mosaïsme par mie révélation soudaine de sa divinité. Une affirmation de cette nature n'aurait pu que les aveugler et les scandaliser davantage. !Mais il prépare leurs âmes, il leUr fournit des indices, des arguments faciles, qui les conduiront à la foi.

Il connut aussitôt dans son esprit, ou par son esprit, dit l'évangile, leur difficulté cachée. De même qUe Dieu seul peut remettre les péchés, il n'y a non plus que lui pour lire au fond des cœurs. « Pourquoi, leur dit-il, remuer dans vos cœurs ces pensées perverses? » Le Seigneur dé\'oile d'un mot le défaut de loyauté, les précautions prises contre la vérité et la lumière. Et il poursuit : « Lequel des deux est le plus facile, de dire à un paralytique : Vos péchés vous sont remis, — ou de lui dire : Levez-vous, prenez votre grabat, et marchez? » Déclarer l'un et l'autre, c'est chose également facile, il ne s'agit que de prononcer des mots ; mais dire efficacement, opérer la rémission des péchés et procurer la guérison, sont choses également difficiles, impossibles à l'homme, réservées à la seule puissance de Dieu. Il y a pourtant cette différence, entre la guérison et la rémission des fautes, que la rémission est d'ordre in\-isible et ne peut devenir avec certitude objet d'expérience ; au lieu que la guérison est d'ordre visible et accessible aux sens. Sans doute, la guérison n'est j^as plus difficile, en soi, que le pardon des péchés, mais elle est apparente, véri fiable ; ( t le miracle physique devient dès lors le témoignage et la garantie du miracle spirituel. Or, le Seigneur établit ici une connexion, une relation formelle entre les deux : on reconnaîtra qu'il peut remettre les péchés et, j^ar suite, que sa mission est divine, dès l'instant où le paralytique se lèvera. « Afin qUe vous appreniez, dit -il, que le Fils de l'homme a sur terre le pouvoir de remettre les péchés : je vous l'ordonne — ces mots s'adressent au paralytique, — levez-vous, prenez votre grabat, et retournez dans votre maison. » Aussitôt, l'infirme se leva, en présence de tous, guéri dans son cor^DS aussi radicalement que dans son âme. Il prit le ht où il gisait tout à l'heure, et s'en alla dans sa maison, glorifiant Dieu.

Nous ne savons pas ce que pensèrent les scribes et les pharisiens d'une démonstration ainsi conduite. Mais nous pouvons soujîçomier la répugnance et l'agacement de ces hommes importants, déconcertés soudain dans leurs habitudes, dérangés dans leur casuistique, et qui tiennent de rece\-oir en public une telle leçon. Quant aux foules, naïves et droites, elles admirent, elles laissent voir leur étonnement et une sorte d'effroi religieux. En vérité, disait chacun, nous n'avons jamais vu chose pareille ! Quel spectacle extraordinaire nous avons contemplé aujourd'hui ! Et tous remerciaient Dieu et le louaient d'avoir accordé un tel pouvoir à des hommes. Le pouvoir même dont jouit Dieu dans le ciel, voilà qu'un homme l'exerce sur terre ! On devine que, dans la pensée du peuple, celui qui venait d'accomplir de si grands miracles était beaucoup plus qu'un homme. Mais le Seigneur luimême ne se décerne pourtant ni le titre de Christ ni le titre de Fils de Dieu : il aime mieux laisser à Pierre et aux âmes de bonne volonté le mérite de leur profession de foi. A l'heure où il revendique pour sa personne la puissance même de Dieu, il ne s'appelle cependant que « le Fils de l'homme » : comme s'il était jaloux surtout de souligner le lien de fraternité réelle qui l'unit à notre nature. Cette expression est emiDloyée plus de quatre-\dngts fois dans les évangiles ; et elle se trouve Uniquement sur les lèvres da Seigneur. Les Juifs pouvaient y reconnaître une allusion au chapitre VII de Daniel, et souder ainsi la mission de Jé:>Us de Nazareth à celle du mystérieux Fils de rhomme aperçu par le prophète et dont le règne devait être sans fin.

Mt., IX, — ^ Et cum transiret inde Jésus, vidit hominem sedentem in telonio, Matthaeiim nomine. Et ait illi : Sequere me. Et surgens secutus est eiim. ^^ Et factum est, discumhente eo in domo, ecce multi publicani et peccatores venientes, discumbebant cum Jesu et discipulis ejus. ^^ Et videntes pharisaei dicebant discipulis ejv^ : Quare cum publicanis et peccatoribus mandiicat magister rester? 12 Ai Jésus audiens, ait : Non est opus valentibus medicus, sed maie habentibus. ^^ Euntes autem discite quid est : Misericordiam l'olo, et non sacrifîcium. Non enini veni vocare justos, sed peccatores.

Me., II. — 12 Et egressus est rursus ad mare, omnisque turba veniebat ad eum, et docebat eos. i* Et cum praeteriret, vidit Levi

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