‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 74 sur 340 · VOCATION DE SAIM MATTHIEU · texte numérisé non relu

VOCATION DE SAIM MATTHIEU

Alphaei sedentem ad telonium, et ait illi : Sequere me. Et surgens secutus est eiim. ^^ Et factûm est, cttm accumheret in domo illius, muUi publicani et peccatores simul discumbebant cum Jesu et discipulis ejus : erant enim multi qui et sequebantur eum. ^^ Etscribae et pharisaei, videntes quia manducaret cum publicanis et peccatoribus, dicebani discipulis ejus : Quare cum publicanis et peccatoribus manducat et bibit magister rester? ^' Hoc audito, Jésus ait illis : Non necesse habent sani medico, sed qui maie habent ; non enim veni vocare justos, sed peccatores.

Le, V. — -" Et post haec exiit, et vidit publicanum nomine Levi, sedentem ad telonium, et ait illi : Sequere me. ^s Et relictis omnibus, sur gens secutus est eum. -^ Et fecit ei convivium magnum Levi in domo sua ; et erat turba multa publicanorum, et aliorum qui cum illis erant discumbentes. 2° Et murmurabani pharisaei et scribae eorum, dicentes ad discipulos ejus : Quare cum publicanis et peccatoribus manducatis et bibitis? ^^ Et respondens Jésus, dixit ad illos : Non egent qui sani sunt medico, sed qui maie habent. ^^ Non veni vocare justos, sed peccatores ad poenitentiam.

De Caphamaûm, le Seigneur se dirigea de nouveau vers la mer de Tibériadc. Toute la foule venait à lui pour recueillir sa doctrine. Chemin faisant, il aperçut lui j^ublicain assis au bureau de douane ; c'était Lévi ou Matthieu, fils d'Alphée. Les publicains proprement dits étaient les fermiers généraux chargés de recueillir les impôts. Ils opéraient ces recouvrements au moyen de subalternes, gens du pays pour la plupart. Ils étaient deux fois méprisés et haïs par les Juifs : à raison de leur rapacité et de leurs exactions ; à raison aussi de l'appui qu'ils domiaient, par leurs fonctions mêmes, à un pou^■oir détesté. Ils étaient nombreux sur la grande route commerciale qui longeait le lac de Tibériade, et reliait Acre, sur la Méditerranée, avec Damas et la Syrie. Le transit qui se faisait dans cette région formait Un des plus clairs revenus du tétrarque Hérode Antipas, Lévi était probablement Une sorte de douanier-chef. Le Seigneur en passant le regarda, l'observa attentivement, écrit saiiit Luc ; et il lui dit, sans plus : « Suivez-moi. » Il y avait dans cette parole autorité et tendresse ; l'âme était droite : elle fut éclairée de Dieu. Laissant là toutes choses, abandonnant son office à un autre, il se leva et suivit le Seigneur.

Le nouvel apôtre voulut fêter sa vocation par un repas ; et il fit, chez lui, à Jésus, une grande récei^tion : convivium magnum. Naturellement, les autres apôtres accompagnaient leur Maître, de même qlie certains disciples plus familiers. Et, naturellement aussi, INIatthieu invita tous ses amis, publicains comme lui, gens de finance, Juifs jdcU scrupuleux au sujet des observances légales, tous personnages regardés alors comme des pécheurs publics, selon l'expression joharisienne. C'était une vraie foule qui avait pris place, avec le Seigneur, à la table de Matthieu. Jésus s'était prêté de bonne grâce à un rapprochement qui lui permettait de iDOursuivre sa prédication sur le i^éché et le pouvoir que possède le Fils de l'homme pour l'effacer. Mais quel scandale pour la justice dédaigneuse et impitoyable des pharisiens ! Décidément, se disaient-ils, la société dont s'entoure le nouveau prophète est bien mêlée ; et c'est une j-ojJularité de mauvais aloi qu'il se crée au moyen de cette condescendance extrême. Les pharisiens et les scribes n'osèrent point cependant adresser leurs critiques directement au Maître ; ouvrir une contestation avec lui leur eût semblé alors audacieux et maladroit. Après le repas chez saint Matthieu, ils abordent les disciples, et, feignant la surprise : « Comment expliquer, disent-ils, que votre Maître et vous, mangiez et buviez avec des publicains et des pécheurs? » La Loi ne le défendait pas, mais le rabbinisme y voyait un péril et une souillure. Peut-être même la démarche des scribes et des pharisiens envelopiDait-elle quelque jDerfidie : l'autorité dont ils jouissaient pouvait créer au cœur des disciples ime secrète défiance pour leur Maître : « Vous n'êtes pas responsables, vous, les disciples : vous suivez votre Maître ; mais lui ! » Et voilà un commencement de séparation. « Pourquoi?» c'est le procédé perfide du diable, et dès l'origine.

Le Seigneur entendit l'aparté des pharisiens et de ses disciples, ou bien ces derniers le lui rapportèrent. Et la réjjonse ne fit pas défaut ; elle ne manque ni de profonde vérité, ni d'ironie. Le Seigneur ne consent ni à justifier ses disciples, ni à se justifier lui-même, si ce n'est d'une façon voilée. Sa réponse dit tout à la fois ce qu'il est, ce que sont les pharisiens et les scribes, ce que sont les pubhcains et les pécheurs, et comment l'attitude des uns et des autres en face de lui est commandée par leurs dispositions respectives. Le Seigneur est médecin ; médecin des corjDS, surtout médecin des âmes : le miracle du paralytique vient de manifester

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