‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 77 sur 340 · LE JEUNE DES DISCIPWBS DE JEAN · texte numérisé non relu

LE JEUNE DES DISCIPWBS DE JEAN

même agissaient, mais pour des motifs moins pars, les disciples des plus célèbres pharisiens. « Je jeûne deux fois la semaine ! » proclame l'im d'eux (Le, xviii, 12). Ce jeûne, non légal mais passé en coutume, avait lieu le lundi et le jeudi ; et a^-ec quelle ostentation, nous l'avons appris du Seigneur lui-même. Et les pharisiens qui, pour jeûner, prenaient la livrée de la tristesse, en prenaient aussi les suites naturelles. Les gens qui jeûnent sont facilement mécontents, et ils le sont plus facilement encore lorsque l'on mange devant eux : cela leur semble une injure; ils souffrent deux fois alors, et de leur mal, et du plaisir d'autrui. Quelques disciples de Jean et un groupe de i^harisiens, vexés probablement de ce que Jésus eût fait honneur au repas du publicain, s'en ^^nrent poser au Seigneur une autre question chagrine. Le premier grief avait été : Pourquoi mange-t-il avec ce monde-là? le second : Pourquoi mange-t-il quand nous ne mangeons pas? Tout à l'heure, les pharisiens s'adressaient aux disciples afin de critiquer le Maître : maintenant ils abordent le Maître pour attaquer les disciples ; on reconnaît facilement le dessein de semer la zizanie. « Pourquoi vos disciples se soustraientils à cette sage et vénérée pratique du jeûne? pourquoi mangentils et boivent-ils, alors que les disciples des maîtres incontestés et des saints en Israël se hvrent à leurs austérités accoutumées ? »

On dirait qu'il y a chez le Seigneur un effort constant pour déjouer l'inquisition pharisienne. Nous le remarquions naguère dans la répHqUe : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Ici encore, le Seigneur écarte la question avec une nuance d'ironie et avec un sourire. A l'interroger avec une intention droite, on eût obtenu de lui toute la lumière ; à le questionner sans droiture, on n'obtient qu'une réponse enveloppée, mesurée aux dispositions de ceux qui interrogent. La première partie de cette réponse est surtout destinée aux discii^les de Jean- Baptiste. On en appelle à leurs souvenirs. Autrefois, lorsque, dans Un sentiment de dévotion exagérée envers leur maître, ils avaient paru s'alarmer de la j^opularité croissante du Seigneur, Jean les avait calmés par de douces paroles : Qui habet sponsam sponsus est ; amicus autem sponsi, qui stat et audit eum, gaudio gaudet propter vocem sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletum est ( Jo., III, 29). Le Seigneur retient la comparaison de Jean. Puisqu'il est l'époux, c'est le temps des noces. Les fils de l'époux, c'est-

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à-dire, selon les coutumes juives, ses compagnons et ses amis, ceux qui l'escortent partout et font partie de la fête nuptiale à un titre éminent ; comment pourraient-ils jeûner et revêtir les livrées de la tristesse, aussi longtemps que l'époux est avec eux? Mais les noces ne durent pas toujours ; le jour viendra où l'époux leur sera ravi ; alors ils pourront reprendre les jeûnes habituels. — Est-ce une prophétie voilée de la Passion du Seigneur et de la tristesse qui remplirait alors le cœur des apôtres? Ou bien n'est-ce qu'une allégorie gracieuse, exphquant et justifiant la joie des disciples de Jésus à posséder leur Maître, une allusion à l'allégresse des jours messianiques? Les disciples de saint Jean retrouvaient dans cette réponse quelque chose de l'enseignement du Précurseur ; et le Seigneur justifiait à leurs j^eux la conduite des siens : les apôtres sont dans des conditions spéciales ; il est telles circonstances où des coutumes vénérables, mais jDOurtant simplement humaines, n'obligent point. La question même du jeûne n'est pas abordée et demeure intacte ; et nous savons par ailleurs que Jésus recommande cette forme de pénitence. Aussi bien, si nous voulions prendre à la lettre la réflexion du Seigneur, nous serions à jamais dispensés du jeûne, puisque, depuis sa Résurrection et son Ascension, le Seigneur demeure avec nous, et que la fête nuptiale est éternelle.

L'évangile ajoute deUx paraboles qui envisagent doetriiialement le même problème et ruinent par la base l'argument de parité que pharisiens et Johannites prétendaient instituer entre leur régime et celui du collège apostolique. Ils semblaient ne considérer la doctrme du Seigneur que comme Une simple ^'ariété de la Loi juive, une adaptation du mosaïsme à certains besoins des temps nouveaux. Mais Jésus écarte, sous le voile de l'allégorie, ce système de fusion et de compromis qui plus tard sera dénoncé ouvertement dans les épîtres aux Galatcs et aux Romains. Sans rien retirer des enseignements donnés sur la montagne : « Ne pensez pas qUe je sois venu abolir la Loi et les Prophètes », le Seigneur suggère ici que son œu^re est ATalment une création nouvelle et non pas Ime réédition du judaïsme, tel surtout que le comjDrenaient les pharisiens. Le christianisme est nouveauté, le judaïsme vétusté. Le christianisme n'est pas une marqueterie, le régime nouveau n'est pas tel que l'on puisse lui coudre à volonté telles ou telles prescrii^tions empruntées à des régimes différents. Personne ne s'aA'ise d'arracher à un

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