VIN NOUVEAU ET VIEILLES OUTRES
habit neuf uii morceau d'étoffe solide pour le coudre à Un vieil habit. Sinon, le rapiéçage emporte Une partie du vielix vêtement et la déchirure devient plus large. Qu'a-t-on gagné? on a déchiré l'habit neuf, et la pièce qui lui a été empruntée ne s'assortit pas avec le vieil habit. Lorsque vous essaierez de coudre Un lambeau de christianisme à un ensemble de prescriptions rabbiniqUes, le rapjjrochement lui-même montrera ce qu'il y a de disparate et d'mconciliable entre les deux régimes : l'un, tout de pratiques extérieures, l'autre saisissant Thomme par le cœUr et par l'âme. Le Seigneur revendique donc })our les siens la liberté d'une formation nouvelle, d'mi tempérament nouveau.
Seconde comparaison. Noter qu'elles ont toutes les deUx une couleur locale : il s'agissait des repas, à l'occasion du fcstm de Lévi ; on y apportait sa belle tunique, on y servait du vm. Personne, dit le Seigneur, dont la critique devient plus ferme encore, personne ne verse le vin nouveau, qui fermente avec jouissance, dans de ^'ieilles outres toutes gercées et amincies. Sinon, sous le travail de la fermentation, les outres éclateront, et tout sera perdu, contenant et contenu. Le vin jemie et généreux du christianisme doit être confié à des âmes jemies, qui accueillent, qui ne se scandalisent pas de son bouillonnement, de sa liberté et de sa joie. Il est sage de verser le vin nouveau dans des outres neuves, la doctrme généreuse dans des intelligences libres de préjugés ; et alors tout se conserve, les outres et le vin, et utraque conservantur. Le christianisme est mi ensemble complet, un tout organisé et vivant ; il n'a besoin que de lui-même et écarte les éléments qu'on voudrait lui ajouter du dehors. Le Seigneur ne se borne pas à montrer l'incomjjatibilité des deux systèmes ; il fournit la raison secrète de l'hostilité pharisaïque : Et nemo bibens velus, statim vult novum; dicit enim : vêtus inelius est. Le Juif est trop accoutumé au vin du mosaïsme pour se plaire au vm nouveau. A priori, il déclare que l'ancien est meilleur. A peine a-t-il trempé ses lè\Tes au breuvage que le Seigneur vient offrir à l'humanité, qu'il s'en détourne : son palais n'en peut goûter la saveur;
Il nous semble qu'avec ces derniers événements nous arrivons à la fin de la première année du ministère de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Un grand mouvement de popularité s'est déjà manifesté autour de lui. Sur la fin, des incidents se sont produits qui révèlent le fond des cœurs et laissent apercevoir sur quelle ligne
se produiront l'hostilité et la rupture. Mais tout est calme encore. Prise dans son ensemble, la première année fait augurer autre chose que oe qui sera réellement. Les documents relatifs à cette période sont plus rares, les récits moins abondants ; peut-être les auditeurs du Seigneur n'avaient-ils pas songé encore à recueillir par écrit ses actes et ses discours.