UXITÉ D'ACTION DU PÈRE ET DU FILS
de Dieu. Mais le repos de Dieu n'est pas l'inaction. Je travaille le jour du sabbat, mais mon Père travaille aussi. Je ne suis pas plus le violateur du sabbat que ne l'est mon Père ; dans ce septième jour, qui est celui de son repos, il ne cesse pas de soutenir, par une création continuée et par des créations nouvelles, l'ordre qu'il a primitivement établi. » L'affirmation était beaucoup plus grave que celle de la première Pâque : non content d'appeler Dieu son Père, JésUs associait son œuvre à l'œuvre du Père et revendiquait le même droit souverain. De telles paroles, ou bien sont vraies, ou bien ne sont <jue des blasphèmes. Et les Juifs ne pouvaient s'y méiDrendre. Faire des miracles, le jour du sabbat, avec des prescriptions qui abrogeaient la Loi, se justifier en cou\Tant ses œuvres de l'autorité même de Dieu, c'était affirmer avec Dieu une relation intime, personnelle, de filiation. Aussi, dit l'é^-angéliste, les Juifs songeaient d'autant plus à le faire mourir que, non content de \'ioler le sabbat, il appelait Dieu son Père et se faisait lui-même égal à Dieu.
Jo., V. — Respondit itaqiie Jésus, et dixit eis : ^^ Amen, amen dico vobis, non potesi Filius a se facere quidquam, nisi quod viderit Patrem facientem ; quaecivmque enim ille fecerit, haec et Filius shniliter facit. ^° Pater enim diligit Filium, et omnia demonstrat ei quae ipse facit ; et majora his demonstrabit ei opéra, ut vos miremini. ^^ Sicut enim Pater suscitât mortuos et vivificat, sic et Filius quos vult vivificat. ^^ Neque enim Pater jvdicat quemquam ; sed omne judicium dédit Filio, ^^ut omnes honorificent Filium, sicut honorificant Patrem. Qui non honorificat Filium, non honorificat Patrem, qui misit illum. ^^ Amen, amen dico vobis, quia qui vcrbum meum audit, et crédit ei qui misit me, habet vitam aeternam, et in judicium non venit, sed transiit a morte in vitam. 2^ Amen, amen dico vobis, quia venit hora, et nunc est, quando mortui audient vocem Filii Dei, et qui audierint vivent. ^^ Sicut enim Pater habet vitam in semetipso, sic dédit et Filio habere vitam in semetipso ; ^^ et potestatem dédit ei judicium facere, quia Filius hominis est. ^^ Noliie mirari hoc, quia venit hora, in qua omnes qui in monumentis sunt, audient vocem Filii Dei ; ^^ et procèdent qui bona fecerunt, in resurrectionem vitae ; qui vero mala egerunt, in resurrectionem judicii. ^^ N&n possum ego a meipso facere quidquam. Sicut audio, judico ; et judicium meum justum
est, quia non quaero voluntaiem meam, sed voluntatem ejus qui misit me.
Si la filiation du Seigneur avait jdU être ramenée aux termes d'une adoption filiale telle que la nôtre, s'il y avait qUelqUe exagération dans la pensée des Juifs, le Seigneur ne devait-il pas à la vérité, à nous, à lui-même, de les détromper? Mais bien loin d'atténuer son affirmation, le Seigneur la développe en un long discours avec l'introduction solennelle t « En vérité, en vérité, je vous le dis... » Dans la première partie, il j^roclame les prérogatives de sa filiation divine (19-23), et les avantages qu'il vàent apporter aUx hommes (24-30). Dans la seconde, le Seigneur groupe ensemble les titres qui autorisent sa parole (31-47). Le verset 17 est comme le texte de tout le discours : Pater meus usque modo operatur et ego operor.
Le Fils ne peut rien faire de lui-même. Il agit comme Fils. Agir comme Fils, c'est agir en union avec le Père ; c'est n'avoir avec lui qu'une même nature, un même principe d'opération, une même opération. Il n'est que Fils : dès lors, il ne peut rien faire de luimême ; il procède de son Père jusque dans son action, il est Fils dans son action. La Trinité serait dissociée et l'anarchie y régnerait si chacune des Personnes agissait pour son propre compte. C'est Une bienheureuse et divine incapacité. — Le Fils, procédant selon l'intelligence, ne peut faire « qUe ce qu'il voit son Père accomplir », non en vertu d'une imitation servile, mais par le pri\ilège de son miion avec lui, qui le fait être un avec son Père dans la nature et dans l'opération. Les mots humains n'ont pas été créés pour parler de la Sainte Trinité, et j^ourtant, dans l'espèce, ils sont admirablement exacts et leur transiDarence laisse apercevoir la j^rofondeur du mystère. Le Seigneur reprend, sous forme positive : « Tout ce que fait le Père, izoïr, (fecerit a le tort de suggérer une oj^ération terminée), le Fils le fait pareillement », non pas, répétons-le, par itération, par imitation, mais par son unité d'action avec le Père agissant. N'y a-t-il pas là une indication i^our l'idéal de notre vie chrétienne? Sans doute la relation du Fils au Père, impliquant l'unité de nature, demeure propre au Fils de Dieu ; mais enfin, nous approcherions de ces conditions glorieuses de la Sainte Trinité si nous étions tout fils, si nous n'étions que fils, entièrement livrés à Celui qui est tout à son Père, et dont l'activité ne jDeut qu'être identique à celle de son Père.