‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 82 sur 340 · UNITÉ D'ACTION DU PÈRE ET DU FILS · texte numérisé non relu

UNITÉ D'ACTION DU PÈRE ET DU FILS

Cette unité d'action entre le Père et le Fils vient sans doute du Fils, incaijable d'agir de lui-même, parce qu'il est tout Fils; elle vient aussi du Père, parce qu'il est tout Père, et, comme tel, aimant le Fils jusqu'à l'unité. En vertu de l'unité, il est incapable d'avoir un secret pour son Fils ; et, comme le Fils procède par l'intelligence, on peut dire que le Père lui « montre » tout ce qu'il fait lui-même. Et ils le font ensemble. II aime le Fils, d'une dilection non pas libre, mais naturelle et nécessaire ; et il lui communique toute sa divinité, toute sa pensée. C'est peu de chose que la gaérison du paralytique, accomplie par le Père, montrée au Fils, faite par le Fils en Unité avec le Père : le Père lui manifeste et fera avec lui d'autres œuvres, et telles, ô Juifs ! malgré votre incrédulité et vos répugnances d'aujourd'hui, qu'elles vous seront Un sujet d'admiration et de stUpeUr. En quoi consistent ces œuvres, la suite du texte nous l'apprendra.

Il est à peine besoin de montrer le lien qui unit ensemble tous ces versets. Ils se groupent dans la pensée commune de l'union intime du Père et du Fils ; ils se lient par les particules causales sans cesse répétées. Encore une fois, la guérison d'un paralytique est peu de chose : c'est la vie, la vie de l'être entier, et non plus seulement d'un membre, que DieU donne, en réveillant les morts. Le Père est source de vie, de la vie naturelle, de la vie surnaturelle, de la vie du temps et de l'éternité. Or, ce pouvoir est communiqué au Fils, qui donne la vie « à qui il veut » : aux Samaritains comme aux Juifs, aux gentils comme aux fils d'Abraham. Et le verset 22 semble impliquer que la puissance transmise au Fils va plus loin encore : puisque le Père consent à ne juger personne, et remet entre les mains du Fils tous ses droits de juge. Le Fils est donc à l'aurore de notre existence d'épreuve, car il donne la vie ; et aU terme, car il juge. Le motif général qui a porté le Père à accorder au Verbe Incarné tous ces pouvoirs magnifiques, c'est qu'il a voulu assurer au Fils l'unité d'honneur avec lui, malgré ou plutôt à raison de son humihté (Phil., ii, 6-11). Celui qui refuse l'honneur au Fils refuse l'honneur au Père qui l'a envoyé : il n'est pas possible à l'homme de les désunir. — Jusqu'ici, l'évangile a rappelé les prérogatives divines du Fils ; désormais, nous verrons comment les hommes qui croient à la filiation divine du Messie participent à ses privilèges ; le verset 23 forme tout à la fois conclusion et transition.

« En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole

et croit à celui qui m'a envoyé, possède la vie éternelle. » La certitude de nos avantages est garantie par le même serment divin qui a garanti la filiation divine. C'est notre foi qui est en nous princiiDC de filiation et facteur de vie étemelle : par elle, nous nous appuyons sur le Verbe Incamé, comme par sa filiation le Verbe s'appuie sur son Père. L'âme qui croit est située aussitôt dans son milieu divin. Elle est passée de la mort à la vie, elle j^ossède la vie : comment ^^iendrait-elle en jugement, c'est-à-dire comment craindrait-elle la séparation, la sentence d'exclusion? Et le Seigneur réjDète son affirmation solemielle : En vérité, en vérité, je vous le dis : l'heure ^dent, et elle est venue dès maintenant, où les morts, — ceux dont il a été parlé au verset précédent, les morts spirituellement, — entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'accueilleront auront la. vie. Nous savons d'où xient cette vie. Le Père a la vie en lui : il ne l'a reçUe de personne. Et il a donné à son Fils non seulement la vie, mais d'avoir la \de en lui. La créature ne la possède jamais que d'une façon précaire et empruntée, mais le Verbe la possède en lui-même en toute plénitude, et c'est de lui que nous tenons la nôtre : In ipso vita erat. De plus, le Père a donné au Verbe Incarné le pouvoir de juger, parce qu'il est le Fils de l'homme, afin de lui procurer l'indemnité éternelle de son humiliation. Autour du trône où il s'est assis au jour de l'Ascension, les anges chantent : « Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, de recevoir la jDUissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction ! » (A^joc, v, 12).

Le Fils de Dieu communique la yïq à ceux qui s'attachent à lui par la foi et le baptême : c'est la première étajDe ; dans la seconde, il la donnera ^alénière. La résurrection spirituelle d'ici-bas ne fait que devancer et promettre la restitution de la vie chez l'homme tout entier. Ne vous étomiez pas de ce que je viens de déclarer, dit le Seigneur : le temps viendra où la mort sera comjîlètement vaincue. L'heure ^'ient (le Seigneur n'ajoute pas ici, comme au verset 25, qu'eUe est venue), où tous ceux qui dorment dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu. Ils se réveilleront à son ordre souverain (I Thess., iv, 15) et comparaîtront devant lui : ressuscites, les mis pour la vie, parce qu'ils ont fait le bien ; les autres, ceux qui ont fait le mal, pour la condamnation et la séparation éternelle d'avec Dieu : « Éloignez-vous de moi, maudits... )) (Mt., XXV, 41).

Il est facile de comiDrendre que de telles affirmations et de

LE TEMOIGNAGE DU PERE 2oo

telles perspectives seraient demeurées bien douteuses pour la pensée jlli^•e, si le Seigneur n'en aAait appelé, pour garantir sa parole, à des preuves ou autorités de premier ordre. C'est ce qu'il fera jusqu'à la fin du discours. Mais auj^aravant, dans le verset 30, qui forme transition, le Seigneur re\'icnt encore sur cette intimité avec Dieu qui fonde la véracité de son témoignage. Il ne peut rien faire de lui-même : il juge souverainement sans doute, mais selon ce qu'il entend chez son Père. Comment sa pensée et son jugement ne seraient-ils pas exacts, alors qu'il pense et juge en unité de vie et d'action avec son Père, avec Dieu ? Le jugement des hommes n'est parfois inexact que jjarce qu'il se mêle à leur pensée un élément i^crsonnel, soit que leur i)récii)itation le fausse, soit que leur égoïsmc le solHcitc, soit que des influences irrégulières le fassent dévier. Mais ici, dans le jugement du Christ, il n'entre aucun élément qui puisse en altérer la pureté : parce que, dit le Seigneur, ce n'est pas ma volonté qUe je cherche, mais la volonté de celui qui m'a envoyé.

Jo., V. — ^^ Si ego iestimonium perhibeo de meipso, testimomum meum non est verum. ^2 Alius est qui iestimonium pe7-hibet de me, et scio quia verum est testimonium quod 2?e;7iîZ>^i{ de me. ^^ Vos misistis ad Joannem, et testimonium perhihuit veritati. 2* Ego autem non ah homine testimonium accipio ; sed haec dico ut vos salvisitis. ^^ Ille erat lucerna ardens et lucens. Vos autem voluistis ad horam exultare in luce ejus. ^^ Ego autem haheo testimonium majus Joanne. Opéra enim quae dédit mihi Pater ut perficiam ea, ipsa opéra quae ego facio testimonium perhibent de me, quia Pater misit me ; ^^ et qui misit me Pater, ipse testimonium perhibuit de me ; neque vocem eju^ unquam audistis, neque speciem ejus vidistis. ^^ Et verhuni eju^ non habetis in vobis manens, quia qiiem misit ille, huic vos non creditis. ^^ Scrutamini Scripturas, quia vos putatis in ipsis vitam aeternam habere ; et illae sunt quae testimonium perhibent de me. ^° Et non vultis venire ad me ut vitam habeatis. ^^ Claritatem ah liominibus non accipio. ^' Sed cognovi vos, quia dilectioneni Dei non habetis in vobis. ^^ Ego veni in nomine Patris mei, et non accipitis me ; si alius venerit in nomine suo, illum accipietis. ^* Quomodo vos potestis credere, qui gloriam ab invicem accipitis, et gloriam quae a solo Deo est non quaeritis? ^^ Nolite puiare quia ego accusaturus sim vos apud

Patrem ; est qui accusât vos Moyses, in quo vos speratis. ^^ Si enim crederetis Moysi, crederetis forsitan et mihi ; de me enim ille scripsit. *' Si autem illius litteris non creditis, quomodo verbis meis credetis?

On remarquera qu'à partir du verset 30 le Seigneur renonce à employer la troisième personne et parle ouvertement de lui. Aussi bien, nul ne pouvait se méprendre, même dans la première partie du discours, sur l'identité du Fils de Dieu, du Fils de l'homme, avec Jésus. Les Juifs, qui s'enhardiront dans la suite, actuellement n'interrompent pas, et le Seigneur est obligé d'aller lui-même chercher au fond de leur pensée Une objection qui ne se formule pas : « Il se rend témoignage à lui-même : c'est chose trop facile. Chacun peut en faire autant ; Un tel témoignage n'a ni portée ni fondement. » Et à dater de ce moment nous allons voir le Seigneur ruiner l'une après l'autre toutes les résistances des pharisiens, en énamérant les garanties dont il se couvre. Si j'étais seul à me rendre témoignage, ma parole pourrait être contestée : mais il en est Un autre qui témoigne à mon sujet, et je sais ce que vaut son attestation. — Quel est cet autre? Non pas saint Jean -Baptiste, mais le Père, comme il est expliqué aux versets 36 et 37. Cependant, le Seigneur va rappeler le témoignage de Jean, parce que, somme toute, il devrait suffire aux Juifs, et parce que Jésus veut le mettre en parallèle avec un témoignage plus irrécusable encore.

Vous-mêmes, pharisiens, avez i^ris depuis longtemps vos assurances. Une ambassade est allée, de votre part, demander à Jean qui il était : il a rendu témoignage à la vérité ; il a déclaré n'être point le Christ et il a désigné le Christ (i, 19 sq.). Ce n'est pas que j'aie besoin, moi, d'un témoignage humain, d'une glorification humaine ; mais enfin, j'en appelle à Jean parce que Dieu a disposé que tous « vinssent à la foi par lui » (i, 7), et pour que la foi en celui qu'annonçait Jean vous procure le sa'at. Jean était, comme Élie (Eccli., xlviii, 1), la lampe ardente et brillante, ardente de sainteté, assez brillante pour vous conduire vers moi, quoiqu'il ne fût pas « la lumière » ( Jo., i, 8). Cependant il n'a été pour vous qu'un simple météore, autour duquel vous a groupés la curiosité, uniquement pour tressaillir un instant, comme les ]3apillons à la clarté d'une lampe. Ni sa sainteté, ni son témoignage n'ont exercé d'influence réelle sur votre vie.

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