‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 84 sur 340 · LHOMME A LA MALN, DESSECHEE · texte numérisé non relu

LHOMME A LA MALN, DESSECHEE

formule uii peU mystérieuse, reproduite dans les mêmes termes par les trois synoptiques, comme conclusion de tout l'incident. Elle invite la j^ensée jui^'e à reconnaître en Jé-.us Une autorité supérieure à celle de l'homme. Car le Seigneur ne se dit pas supérieur sinij^lement aux interprétations pharisicnnes de la loi, et assez compétent pour écarter toutes coutumes et appréciations qui ne seraient pas conformes à l'esprit de la loi : il se dit le maître du sabbat, Dominus sabbati. Est-ce parce qu'il l'a faite, cette loi, et qu'il a autorité sur elle, comme premier législateur, comme l'ayant lui-même instituée? Ce serait l'affirmation qui a tant scandalisé naguère et irrité Jérusalem. Mais ici, il semble que le Seigneur ait voulu suggérer qu'il est le maître du sabbat au titre d'Homme-Dieu et comme nouvel Adam. Il dit : Filius hominis, et il veut établir une liaison de conséquence entre la formule présente et celle qui a précédé, et d'aj^rès laquelle « le sabbat est pour l'homme ». Le sabbat était pour Adam : il est bien plus encore jjour le second Adam, ix)ur Thumanité nouvelle unie à son chef ; les exigences et les besoins de cet Adam nouveau régleront désormais la loi du sabbat et interpréteront toute loi poisitive.

Mt,, XII. — ^ Et cum inde transissei, venit in synagogam eorum.- ^° Et ecce liomo manum habens aridam ; et interrogabant eum, dicenies : Si licet sabbatis curare? ut accusarent eum. ^^ Ipse autem dixit illis : Quis erit ex vobis homo qui habeat ovem unam, et si ceciderit haec sabbatis in foveam, nonne tenebit et levabit eam? ^2 Quayito magis melior est homo ove ! Itaque licet sabbatis benefacere. ^^ Tune ait homini : Extende manum tuam. Et extendit, et restituta est sanitati sïcut altéra. ^* Exeuntes autem pharisaei, consilium faciebant adversus eum, quomodo perderent eum.

Me, III. — ^ Et introivit iierum in synagogam, et erat ibi homo habens manum, aridam. ^ Et observabant eum si sabbatis curaret, ut accusarent illum. ^ Et ait homini habenti manum aridam : Surge in médium. * Et dicit eis : Licet sabbatis bene facere, an maie? animam salvam facere, an perdere? At iïli tacebant. ^ Et circumspiciens eos cum ira, contristatus super caecitate cordis eorum, dicit homini : Extende manum tuam. Et extendit, et restituta est manus illi. ^ Exeuntes autem phurisaei, staiim cum hero-

dianîs consilium facichant adversus eum, quomodo eiim perderent.

Le, VI. — - ^ Factum est autem et in alio sabbato, ut intraret in synagogam, et doceret. Et erat ibi homo, et manus ejtis dextra erat arida. ' Observabant autem scribae et pharisaei si in sabbato curaret, nt invenirent unde accusarent eum. ^ Ipse vero sciebat cogitationes eorum, et ait homini qui habebat manum aridam : Surge, et sta in médium. Et sur gens stetit. ^ Ait autem ad ilîos Jésus : Interrogo vos, si licet sabbatis benejacere, an malc? animam salvam facere, an perdere? ^^ Et circumspectis omnibus, dixit homini : Extende manum tuam. Et extendit ; et restituta est manus ejus. ^^ Ipsi autem repleti sunt insipientia, et colloquebantur ad invicem quidnam facerent Jesu.

Les textes de saint Mattliieu et de saint Marc nous laisseraient supjDOser que ce miracle a été accompli le même jour que le précédent, si le texte parallèle de saint Luc ne disait formellement qu'il s'agit d'un autre sabbat. Le Seigneur, fidèle à sa coutume, entre dans une synagogue j^oiir y enseigner. Or, il y avait dans l'auditoire un homme affligé d'une paralysie de la main droite. Il s'y trouvait aussi, comme toujours, des scribes et des pharisiens. Résolus d'avance à ce que le Seigneur fût en défaut, et le sachant libéral sur cette question du sabbat, ils l'éj^iaient ensemble. Le Seigneur ne se hâtait i^as. Ils tendirent eux-mêmes ce qu'ils croyaient être Un piège. Sans doute, ils signalèrent la iDrésence de l'infirme, et demandèrent à Jésus : « Est-il permis de guérir le jour du sabbat? » Peut-être avaient-ils eu connaissance de la guérison du jDaralj^tique, à la piscine de Béthcsda. QuelqUesims pou^'aient poser le cas de conscience avec un reste de bonne foi ; mais d'autres interrogent afin de trouver dans les paroles ou les actes du Seigneur un grief nouveau contre lai. Le Seigneur n'ignorait point les dispositions secrètes des pharisiens. Alors qu'ils comi^lotent en secret, il va leur répondre très ouvertement. Mais son procédé est habile. Guérir aussitôt l'infirme eût été chose trop sim^île : il lui faut chercher, soit à éclairer ses adversaires, soit à les confondre dans leur mauvaise foi.

Il fait donc sortir des rangs l'homme à la main desséchée, l'invite à se placer au milieu de l'espace libre, bien en évidence. A la question que lui ont posée les docteurs, il répond par Une interro-

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gation semblable : « Je ^•ous le demande à mon tour, dit le Seigneur : est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien, en sauvant Une vie, — ou bien faut-il plutôt faire le mal, en ne lui portant point secours? » Les iDharisicns se turent ; aussi bien, que pouvaient-ils répondre? Interdire le miracle, devant celui qui pouvait en bénéficier, devant la foule qui sympathise volontiers avec la souffrance, c'était maladroit et cruel ; avouer que la guérison est permise, c'était renoncer à l'espoir d'accuser le Seigneur et abandonner le plus spécieux grief qu'ils eussent, jusqu'alors, trou\"é contre lui. En face de leur silence prudent, le Seigneur poursuivit, et sur le ton, cette fois, de la discussion : « Quel est celui d'entre vous qui, ayant Une seule brebis, et la sachant tombée dans mie fosse, n'ira j^as, même un jour de sabbat, la saisir et la retirer? Mais combien un homme ne vaut-il pas mieux qu'une brebis ! J'en conclus qu'il est permis de faire du bien le jour du sabbat. « Saint Matthieu est le seul à rej^roduire ce raisonnement ; saint Luc en rapporte Un analogue, à propos de la guérison de l'hydroi^ique (xiv, 1-6). En constatant l'insuccès de sa démonstration, le Seigneur promena sur eux tous un regard irrité, et gémit tout bas sur l'endurcissement de leur cœur. Puis, s'adressant à l'infirme : « Étendez votre main », lui dit-il. Il rétendit, et cette main aride et morte redevint surle-champ aussi saine que l'autre. Le Seigneur n'avait même pas touché l'infirme : tout son travail avait été de solliciter un acte de foi et de faire le bien par sa vertu secrète.

La conclusion à tirer de ce miracle était celle-ci : Dieu n'autorise ni les imposteurs, ni les blasphémateurs, ni les impies ; il ne donne pas son pouvoir à ses ennemis : donc Jésus vient de Dieu et son interprétation de la Loi est exacte; donc il faut croire, le suivre, et s'en raj^porter à lui. Cependant, les j^harisiens sortirent non convertis : car les miracles ne suffisent pas à convertir les âmes de mauvaise foi. Ils étaient outrés de l'infraction, du • miracle qui avait consacré l'infraction, mais surtout de la posture fâcheuse où les avait réduits le procédé du Seigneur. Ils partirent courroucés, ne se possédant jjIus, et s'abouchèrent aussitôt avec les hérodiens, leurs jDires ennemis, ce qui donne la mesure de leur hostilité. Eux, les séparés, les rigoureux observateurs de la Loi, formant le jDarti le jdIus intransigeant et le plus fermé, ils font alliance avec le jDarti politique, éi^icurien et libre-penseur d'alors, avec les déserteurs du Judaïsme, ralliés au pouvoir

étranger et sacrilège d'Hérode ! Mais les hérodiens avaient la faveur du gouvernement ; comme celui-ci, ils devaient être enclins à diminuer toute popularité menaçante et hostiles aux revendications nationales. Si peu fier que soit ce rapprochement entre gens qui avaient vécu jusqu'alors aux deux pôles de la société, on devine bien qu'il pouvait efficacement servir les intérêts des uns et des autres. Ensemble, ils conférèrent sur ce qu'il y avait à faire : il fallait perdre Jésus et arrêter, dès sa naissance, Un mouvement dangereux. Le Seigneur est donc déjà ^^lus haï qu'Hérode et qUe les hérodiens. Dès à présent, sa mort est résolue, et la déclaration de Caïphe se préparc : Expedit vohis ut unus moriatur homo pro populo, et non tota gens pereat ( Jo., xi, 50). La passion va vite ; l'illusion personnelle mène aux extrêmes ; mais que dire de l'illusion partagée, de la folie en commun !

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