‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 88 sur 340 · LÉVANCII.E DE N.-S. J.-C · texte numérisé non relu

LÉVANCII.E DE N.-S. J.-C

2";4 TROISltXfE PARTIE. — CHAPITRE II

conscience de sa situation d'étranger et de profane, et à raison aussi de son humilité et de sa discrétion, qu'il dira : Domine, non sum dignus ut intres. Pourtant son âme est bienveillante, si elle n'est pas encore ralliée au judaïsme. Il a entendu parler de Jésus et api^ris son arrivée à Caphamaûm ; et pour obtenir le soulagement d'un serviteur très aimé, il envoie au-devant du Seigneur quelques anciens de la sjmagogue pour le prier de venir au secours du moribond. Ils sont chargés de dire en son nom : « Seigneur, mon ser^^teur est alité chez moi, paralytique, et en proie à de cruelles tortures ». Arrivés auprès de Jésus, les messagers lui jarésentent la requête, et avec insistance : « Il mérite bien, ajoutent -ils, que vous lui accordiez cela ; car il aime notre nation, et c'est lui qui nous a bâti la synagogue. » — « J'irai, répond le Seigneur, et je le guérirai. » Et il se met en route avec les anciens.

Mais tandis qu'il approchait de la maison, le centurion, chez qui la foi et l'humilité avaient triomphé de l'anxiété première, envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne vous donnez pas cette peine, car je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. C'est pour cela aussi que je ne me suis pas cru digne d'aller moimême vers ^"ous, Mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. « Il écarte l'honneur que Jésus lui veut rendre, et confesse sa toute-puissance : Seigneur, vous êtes souverain, vous pouvez tout ce que vous voulez ; il n'est pas besoin de votre présence réelle ni de votre contact pour que toutes choses s'accomplissent à ^"otre gré. Voyez, moi, je ne suis qu'un pauvre homme, n'ayant qu'un pouvoir limité, et j'ai des suiDérieurs au-dessus de moi. Pourtant, je suis obéi de ceux qui sont à moi. Aux soldats qui me sont soumis, je donne des ordres : Allez ! dis-je à celui-ci, et il va ; venez ! dis-je à l'autre, et il vient ; et à mon serviteur : faites cela, et il le fait. — Tout le raisonnement demeure inache^■é, mais c'est parce que la conclusion a devancé l'argument lui-même : Une parole de vous, et mon serviteur sera guéri. Quel exemple pour la Synagogue ! Elle doutait, elle s'inquiétait, elle dressait des pièges : et des gentils, des pécheurs méprisés par les rabbins les devançaient dans la foi !

En entendant les jjaroles de ce soldat, le Seigneur eut Un mouvement d'admiration. Prenons ceci comme un fait, comme une émotion réelle chez le Fils de l'homme, mais sans conclure à une surprise ni à une ignorance antérieure. Il y a lieu à admira-

LA VEUVE DE NAIM 2"o

tion quand la chose est admirable, qu'elle ait été antérieurement connue ou non. Et nous-mêmes, qui avons lu cent fois le récit évangéliquc, n'admirons-nous pas encore l'attitude du centurion? La Synagogue et la masse des Juifs n'avaient pas accoutumé le Seigneur à une telle plénitude d« foi ; et le mouvement joyeux du Seigneur ne vient que de la nouveauté du fait, de son caractère exceptionnel. Se retournant vers la foule qui le suivait, il dit : « En \érité, je vous le déclare, je n'ai pas troUAé en Israël une foi aussi grande. » L'occasion s'offrait pour le Seigneur d'introduire la question de la vocation des gentils. Saint Matthieu a recueilli avec soin des paroles qui réalisaient la prophétie d'Isaïe (XLV, 6; XLix, 12) et de Malachie (i, 11), --saint Luc les citera plus loin (xiii, 29). A l'exemple de saint Jean-Baptiste (Mt., ni, 9-10), Jésus rappelle aux Juifs qu'il ne suffit j)lus, pour appartenir au vrai peuple de Dieu, de se réclamer de la descendance et du sang d'Abraham. Un grand nombre, leur dit-il avec assurance, viendront de l'Orient et de l'Occident, des régions les plus opposées et les plus lointaines ; ils prendront place au festin du Royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob, avec les élus de la souche bénie ; tandis que seront rejetés dans les ténèbres, hors de la maison, hors du Royaume, là où il n'y a que pleurs et grincements de dents, les fils du Royaume : c'est-à-dire ceux qui y semblaient prédestinés soit par la Provddence di\ane, qui avait veillé spécialement sur eux, soit par la lignée à laquelle ils appartenaient, soit enfin par la longue préparation qui les acheminait vers le Christ. Et afin de montrer comment sa miséricorde se répand sur tous ; afin de renseigner une fois encore la Synagogue et les anciens qui sont venus eux-mêmes solliciter- le miracle, le Seigneur mande au centurion : « Allez, qu'il advienne pour vous selon votre foi. » Les envoyés s'en retournèrent à la maison, et constatèrent que le ser\'iteur malade avait été guéri à rheUre même où Jésus l'avait annoncé.

Le., VII. — ^^ Et factum est deinceps, ibat in civitatem quae vocatur Naim, et ibant cum eo discipuli ejus, et turba copiosa. 12 Cum autem appropinquaret portae civitatis, ecce defuncius efferebatur filius unicus matris siLae ; et liaec vidua erai, et turba civitatis muîta cum illa. ^^ Quam cum vidisset Dominus, misericordia motus super eam, dixit illi : Noli flere. ^^ Et accessit, et teti-

LIG TROISIEME ['AKTIE. — CHAfITRE 11

git loculum. Hi autem qui portabant, steterunt. Et ait : Adolescens, tibi dico, surge. ^^ Et resedit qui erat mortuus, et coepit loqui. Et dédit illum matri suae. ^^ Accepit autem omnes timor ; et magnificabant Deum, dicentes : Quia propheta magnus surrexit in nobis, et quia Deus visitavit plebem suani. ^' Et exiit hic sermo in universam Judaeam de eo, et in omnem circa regionem.

Ce récit n'apiDartient qu'à saint Luc ; il justifie par avance l'affirmation que nous lirons un peu plus loin : mortui resurgunt. — Un autre jour, le Seigneur se dirige vers une ville nommée Naïm, accompagné de ses discii^les et d'une grande foule. C'est le seul endroit de l'Écriture où soit prononcé le nom de Naïm, ou plutôt Nain. Elle est au sud-ouest du lac de Tibériade, non loin d'Endor. On voit que le Seigneur traversait la Galilée dans tous les sens. A la porte de la ville, son cortège en croisa un autre : c'était un fils unique que l'on jDortait en terre ; sa mère était veuve ; et un grand nombre de personnes de la ville l'entouraient. Elle pleurait; elle pleurait toute sa joie, toute sa tendresse, toute sa vie perdue, consciente désormais de son absolue solitude. Jésus la vit, et son cœur s'émut de compassion pour elle. « Ne j^leurcz pas, » lui dit-il. La parole eût été cruelle, si le Seigneur n'avait jDas été le maître souverain de la vie et de la mort. Il s'approcha et toucha le cercueil, mais d'un geste d'autorité qui arrêta les porteurs. Le cercueil étant décou^'ert, et le suaire tout seul cachant la tête du défunt, Jésus pouvait s'adresser directement à lui. « Jeune homme, dit-il, je voUs l'ordonne, levez- vous ! » Le jeune homme aussitôt se releva, s'assit dans le cercueil et j)rit la iDarole, sans doute jDour remercier le Seigneur, qui le prit par la main et le rendit à sa mère. L'évangile, toujours sobre et se refusant à introduire l'émotion dans son récit, ne nous dit rien des sentiments du fils et de la mère, mais il note la crainte rehgieuse qui s'empara de tous les assistants, et leurs réflexions. Us glorifiaient Dieu et le bénissaient de ce qu'un grand prophète s'était levé i^armi eux, et de ce qu'après de longs jours de silence. Dieu avait enfin ^•isité son peuple. Le bruit de ce miracle, avec les réflexions du peuple et le jugement porté sur le nouveau Prophète, se réjîandit dans toute la Judée, c'est-à-dire la Palestine, et tout le jDays d'alentour.

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