MESSAGE DE JEAN-B\PT1STE
Mt., XI. — 2 Joannes autem cum audisset in vinculis opéra Christi, miitens duos de discipulis suis, ^ ait illi : Tu es qui venturus es, an alium expectamus? * Et respondens Jésus, aitillis : Euntes renuntiate Joanni quae audistis et vidistis. ^ Caeci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi ciudiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur. ^ Et beaius est qui non jusrit scandalizatus in me.
Le, VII. — ■ 18 Et nuntiaverunt Joanni discipuli ejus de omnibus lus. 1® Et convocavit duos de discipulis suis Joan :es, et mîsit ad Jesum, dicens : Tu es qui venturus es, an alium expectamus? 2° Cum autem venissent ad eum viri, dixerunt : Joannes Baplista misit nos ad te, dicens : Tu es qui venturus es, an alium expectamus? ^^ In ipsa autem îiora multos curavit a languoribus, et plagis, et spiritibus malis, et caecis multis donavit visum. ^2 Et respondens dixit illis : Euntes renuntiate Joanni quae audistis et vidistis : quia caeci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur. ^3 Et beatus est quicumque non fuerit scandalizatus in me.
Dci)uis de longs mois, saint Jean-Baptiste était incarcéré à Machéronte. Hérode Antipas Ivii témoignait quelque déférence et s'entretenait avec lui volontiers (Me., vi, 20). La captivité de Jean n'était pas tellement rigoureuse que ses disciples n'eussent accès auprès de lui. Ils lui racontèrent ce qui se passait dans la Galilée : comment Jésus de Nazareth accomplissait de grands l^rodiges, entraînait des foules à sa suite, accueillait les pécheurs, faisait bon marché de la casuistique des pharisiens et entrait en conflit avec eUx. Les récits qui passent par beaucoup de bouches se teignent, en chemin, des dispositions variées de chacun et, finalement, sont de moins en moins d'accord avec la réalité. N'oublions pas les sentiments de rivalité qui animaient certains disciples de Jean à l'égard des disciples du Seigneur, et un peu à l'égard du Seigneur lui-même (Jo., m, 25-26) ; ces dispositions n'avaient pu que s'accentuer après l'emprisonnement du Précurseur. On conçoit bien que les rapjjorts qui parvenaient à celui-ci fussent très divers. Quoi qu'il en soit, saint Jean manda un jour deux de ses disciples et les députa vers Jéius, avec mission de lui demander : « Etes- vous celui qui doit venir, ou devonsnous en attendre un autre? »
2T8' TROISIEME l'ARTlE. — CHAPITRE II
La question est reproduite dans les mêmes termes par les deux é\angélistcs. Elle crée une difficulté réelle et les solutions sont diverses. Écartons d'abord celle de Tertullien, pour qui la foi de saint Jean-Baptiste aurait subi une réelle éclipse, par soustraction de la lumière du Saint-Esprit {Adversus Marcionem, l.IV, c. xviii; De Baptismo, c. x). Si Jean-Baptiste n'avait pas cru au Seigneur, il ne lui aurait pas envoyé d'ambassade ; il eût été puéril d'aller demander à un homme de qui l'on doute un témoignage sur son propre cas ! Et quelle démonstration aurait pu convaincre celui que ni la voix céleste, ni la vue de la colombe, ni la parole intérieure n'avaient pu persuader? — L'explication qui a rallié le i^lus de suffrages, et celui notamment de saint Jean Chrysostome, veut qUe l'intention de saint Jean ait été d'éclairer ses disciples, et non lui-même ; de rendre ainsi sous une forme détournée un nouveau témoignage au Seigneur. Ils étaient étonnés, scandalisés, et ne reconnaissaient j^oint en Jésus le signalement du Messie. « Allez donc le voir, aurait dit saint Jean, rendez-vous compte par vous-mêmes, et demandezlui la lumière. » Mais ici encore le texte de l'évangile semble contraire : c'est bien de Jean-Baptiste que vient la question, c'est à lui que la réponse est adressée. D'ailleurs, étant donné l'état d'esprit des discii^les de Jean, son autorité était plus efficace que toute autre pour les convaincre.
Cherchons encore. Sans doute, la foi de saint Jean demeure intacte ; il ne peut démentir, lui, le saint incomjDarable, l'acte de foi si complet qui a commencé son ministère ; mais il est encore un homme. Il touche à la fin de sa vie : c'est l'heure des tentations suprêmes, de celles qUi éprouvent et couronnent la sainteté. Il advient parfois aUx meilleurs ouvriers de DieU d'être visités, vers la dernière heure de leur vie, par une tentation redoutable : une sorte de vision du néant : « Si je m'étais trompé! Si ma vie était vainc! S'il n'y avait ni Dieu, ni âme, ni éternité... » Ainsi leur est demandé un acte de foi qui scelle définitivement leur persévérance et leur fidélité. Or, la captivité de Jean-Baptiste se prolonge; le roi impudique auquel il a ra])pelé la loi divine n'a pas obéi à ses réclamations ; celui-là même dont il connaît bien et la personne et la mission, cet Agneau de Dieu qu'il a désigné du doigt comme étant le SaUveUr d'Israël, pourquoi tardet-il? pourquoi s'est-il retiré dans l'obscurité de la Galilée? pourquoi consent- il à entrer dans toutes ces contestations avec la