LE DÉMONIAQUE AVEUGLE ET MLET
pas un sot. Il ne saurait t^a^•aille^ contre lui-même. Il ne délègue pas à autrui le pouA-oir de détruire Satan. Son roj^aume est sans doute le royaume de la contradiction et du désordre : mais il n'est anarchique que parce qu'il veut le mal, et il est un dans sa haine contre Dieu. Tout royaume divisé contre lui-même est voué à la dévastation et à la ruine : les maisons s'écrouleront les unes sur les autres. Toute cité ou toute famille qui se divise contre elle-même, dans une lutte de frères contre frères, comment pourrait-elle subsister? L'unité est la loi de l'être, et l'entente la condition de toute société. Satan le sait bien. Quel intérêt prendrait-il à se détruire? S'expulserait-il donc lui-même? Mais alors, comment prétend-il établir son règne? S'il en était ainsi, ce serait la fin de son empire. Il faut donc chercher ailleurs que dans un pacte a\'ec Béelzébub l'explication de mon pouvoir sur les démons.
A cet argument de bon sens, dont la forme et la i^ortée sont universelles, le Seigneur ajoute un argument ad hominem, qui fera éclater la mauvaise foi de l'interprétation pharisienne. « Vous dites que c'est au nom de Béelzébub que je chasse les démons? Mais vos fils, au nom de qui, eux, les chassent-ils? » Filii vestri désigne, non pas les enfants des Juifs en général,' ni les fils des pharisiens, mais leurs disciples, à qui l'on enseignait les exorcismes et les formules d'adjuration contre les démons. Josèphe nous apprend que Salomon avait écrit certaines formules d'exorcisme très efficaces, et il ajoute : « Cette thérapeutique s'exerce encore aujourd'hui parmi nous » (ArcheoL, 1. VIU, c. II). Saint Luc (ix, -19-50) nous parle d'un exorciste chassant les démons au nom du Seigneur, encore qu'il ne fût pas son disciple, et que les ajDÔtres dénoncèrent vainement à leur Maître « Laissez-le faire, dit le Seigneur, celui qui n'est pas contre vous est pour vous. » Nous savons par les Actes (xix, 13-16) ce qui advint aUx sept fils du prmce des prêtres Scévas, qui prenaient sur eux d'exorciser au nom de Celui qu'annonçait saint Paul. La question du Seigneur signifie donc : Et vos disciples à vous, est-ce donc aussi en vertu d'un pacte avec Béelzébub qu'ils chassent les démons? "Vous ne répondez pas? Eh bien, que vos disciples soient eux-mêmes les témoins et les juges de votre hameuse partialité. Pourquoi, en effet, le pouvoir que les pharisiens communiquent avec leurs formules serait-il de Dieu, et le pouvoir exercé d'autorité et sans formule par Jésus de Naza-
reth serait-il de Satan? D'où vient cette différence d'interprétation? ■ — Mais si c'est par l'Esprit de Dieu (par le doigt de Dieu, dit saint Luc) que j'expulse les démons, et vous êtes obligés de le reconnaître, c'est donc que le Royaume de DieU commence à se réaliser parmi vous ; les temps messianiques sont commencés pour Israël. En Dieu, le bras, la main, signifient les facultés d'exécution, et le doigt de Dieu, c'est, en langage juif, un des synonjTnes de Dieu même.
Les paroles qui suivent rappelaient aux auditeurs un texte d'Isaïe: Nuinquid toUetur a joHi praeda? aut qiiod captum fuerit a robusto, salvum esse poterit (xlix, 24)? Sur les lè^Tes du Seigneur, elles sont une démonstration nouvelle, une illustration de ce qui vient d'être dit : c'est par la vertu de Dieu que les démons sont expulsés, et ainsi est fournie la preuve que le Royaume de Dieu se substitue déjà peu à peu au royaume usurj^é de Satan. On ne saurait pénétrer dans la maison de l'homme robuste, et lui arracher ses biens, qu'après l'avoir tout d'abord enchaîné luimême ; alors seulement on mettra sa maison aU i^illage. Aussi longtemps que le fort, bien armé, parvient à garder sa maison, ce qu'il possède est en paix sous sa main. Mais survienne un plus fort que lui : il le vaincra, il s'emi^arera des armes mêmes, de tout l'attirail en qui le puissant mettait sa confiance et sa fierté, et il distribuera ses dépouilles. Le fort, c'est Satan. Son royaume est un, sa maison est unie. Tous les anges inférieurs à lui lui demeurent hiérarchiquement soumis joour le mal : ce sont les instruments du jouissant. Et la conclusion est fort claire : si le Fils de l'homme s'empare des instruments du diable et chasse des possédés les anges impurs sans que Satan les puisse défendre, ce n'est pomt en vertu d'un j^acte : c'est parce que, aU préalable, il a enchaîné Satan lui-même et s'est révélé plus fort que lui.
Ainsi est décrite par avance toute l'économie de la Rédemption. On remarquera comment le Seigneur jDrépare graduellement les âmes à la reconnaissance de sa divinité ; une intelligence bien faite devait se demander : Qui donc est plus fort que le prince des démons?
Et cette hostilité entre le fort et le plus fort, entre le Christ et Satan est de telle nature, continue le Seigneur, que tout compromis entre les deux règnes est impossible, toute neutrahté interdite. On ne saurait se désintéresser, se tenir à distance, se borner à l'appréciation des coups échangés : il faut prendre parti. Qui