‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 97 sur 340 · LE PÉCHÉ CONTRE LE SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ CONTRE LE SAINT-ESPRIT

non est mecum, contra me est : quiconque n'est pas avec moi est contre moi ; quiconque ne recueille pas avec moi les épis, au lieu de les grouper, celui-là les disperse. Aller avec d'autres moissonneurs que moi, c'est s'appauvrir de tout ce qUe l'on croit gagner. — ' Serait-il injustifié de reconnaître dans ce texte une locution proverbiale dont se servirait le Seigneur pour clore, par une assertion commune et incontestée, la discussion relative à l'intervention de Satan contre lui-même?

Mt., XII. — 3^ Ideo dico vohis : omne peccatum et blasphemia remittetur liominibus ; Spiritiis aiitem hlaspliemia non remittetur. ^^ Et quicumque dixerit verbwn contra Filiwn hominis, remittetur ei; qui autem dixerit contra Spiritum Sanctum, non remittetur ei, neque in hoc saeculo, neque in futuro. ^^ Aut facite arborent bonam, et fructum ejus bonum ; aut facite arborent malam, et fructum ejus malum : siquidem ex fructu arbor agnoscitur. ^* Progenies viperarum, quomodo potestis bona loqui, cum sitis 7nali? ex abundantia enim cordis os loquitur. ^^ Bonus homo de bono thesauro profert bona ; et malus homo de malo thesauro profert mala. ^® Dico autem vobis, quoniam omne verbwn otiosum quod locuti fuerint homines, reddent rationeni de eo in die judicii. ^' Ex verhis enim tuis justificaberis, et ex verbis tuis condemnaberis.

Me, III. --28 ^imen dico vobis, quoniam omnia dimittentur flliis hominum peccata, et blasphemiae quibus blasphemaverint ; 2^ qui autem blasphemaverit in Spiritum Sanctum non habebit remissionem in aeternum, sed reus erit aeterni delicti. '^'^ Quoniam dicebant : Spiritum immundum habet.

L'alternative rigoureuse : « Celui qui n'est i^as avec moi est contre moi » s'adressait surtout à la foule ; les paroles qui viennent ensuite visent les pharisiens : elles soulignent la malice et la responsabilité d'hommes qui, elix, ont résolument fait leur choix entre le Christ et Satan, qui luttent tout à la fois et contre Dieu et contre leur âme. « Vous prétendez, et c'est là un blasphème, qtie je suis l'instrument d'un esprit impur? aussi, en vérité, je vous le dis : tout péché et tout blasphème sera remis aux enfants des hommes ; quiconque parlera contre le Fils de l'homme pourra recevoir son pardon : mais quiconque parlera et blasphémera

contre le Saint-Esprit ne ^ece^Ta jamais de rémission, ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir : il est coupable d'une faute éternelle. » La même doctrine se retrouve en saint Luc, xii, 10 : elle exige quelques réflexions.

Le Seigneur agissait sous l'influence de l'Esprit de Dieu (Le, IV, 1, 14, 18 ; Hebr., ix, 14). Au même Esprit obéissent ceux qui sont les enfants de Dieu, en vertu de leur union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu (Rom., viii, 14). C'était à cette action de l'Esprit de Dieu, présent dans le Messie, qu'il était naturel d'attribuer l'exi^ulsion des esprits impurs. Or, plutôt que d'en venir à cette conclusion si normale, la passion des scribes et des pharisiens blasphémait l'Esprit-Saint qui agissait dans le Seigneur, elle le confondait avec resjDrit du mal. C'est là le péché sans pardon, le péché éternel : parce qu'il recèle Une opposition déloyale et oi^iniâtre à la vérité aperçue, parce qu'il crée un obstacle absolu à la grâce, parce qu'il ferme résolument l'âme à la lumière. C'est le péché irrémissible, non que la miséricorde de Dieu soit impuissante à pardonner un péché, quel qu'il soit : mais parce qu'il témoigne d'un état d'endurcissement, de raidissement contre la miséricorde. C'est l'empoisonnement des sources mêmes de la grâce. Le remède à une nature déchue, le seul remède, c'était le Seignem' : et en prétendant que le Seigneur accomplissait ses teu\Tes au nom de Béelzébub, les pharisiens s'interdisaient le remède. Se tromper de prime abord sur la vraie personnaUté et la niission du Fils de l'homme, blasphémer à son sujet par ignorance, par légèreté, à raison de certains préjugés, est faute i^ardonnable : la mentalité juive était si peu préparée à l'apparition d'un Messie humble et souffrant ! N'est-il pas \Trai qu'il y a mie différence extrême entre le pharisien qui attribue au diable les bienfaits du Seigneur, et Paul de Tarse qui dit de lui-même : « J'ai d'abord été blasphémateur et persécuteur, » et doit ensuite ajouter : « mais Dieu m'a fait miséricorde, parce que j'ai agi dans l'ignorance et l'incrédulité » (I Tim., i, 13)? Le péché contre le Saint-Esprit est une résistance consciente et résolue aux influences divines, aux grâces du dedans comme aux signes et aux miracles de l'extérieur.

C'esten effet au centre de nous-mêmes, à la source de notre acti- \até, qu'il faut porter l'effort de cette loyauté active qui nous Uvre à la lumière. C'est le vrai point de départ de toute la vie- L'homme possède cette redoutable puissance de définir, par son amour ure-

Page 1