‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 13 sur 204 · En vérité, je deviendrai un Bouddha · texte numérisé non relu

En vérité, je deviendrai un Bouddha

21. — Le prince revint à la chambre de sa femme pour jeter un dernier regard d'adieu à ceux qu'il chérissait tendrement, plus que tous les trésors de la terre. Il eût voulu une fois encore prendre son fils dans ses bras et lui donner le baiser des adieux. Mais l'enfant dormait dans les bras de sa mère et il ne pouvait l'enlever sans les éveiller tous les deux.

22. — Alors Siddhârtha resta un moment à contempler sa femme si belle et son fils adoré, et son cœur se brisa. La douleur du départ l'accabla puis-

samment. Bien que son esprit fût résolu au point que rien, ni bien ni mal, n'eût pu ébranler sa résolution, les larmes coulèrent de ses yeux et il fut audessus de son pouvoir de retenir ou de supprimer leur cause.

23. — Le prince s'arracba (de la chambre) avec une fermeté virile, supprimant ses sentiments mais n'éteignant pas sa mémoire. Il monta son rapide Kanthaka^^ et, trouvant les portes du château larges ouvertes, il partit dans le silence de la nuit, suivi seulement par son fidèle écuyerTchanna^^.

24. — C'est ainsi que le prince Siddhârtha renonça aux plaisirs du monde, abandonna son royaume, rompît toutes les chaînes et entra dans la solitude.

25. — L'ombre couvrait la terre, mais les étoiles rayonnaient brillamment dans les cieux.

YIIL — Le roi Bimhisâra,

1. — Siddhârtha avait coupé sa chevelure flottante et échangé sa robe royale contre un vêtement grossier couleur de terre. Ayant renvoyé à Kapilavastu Tchanna, le conducteur de char, avec le noble coursier Kanthaka pour porter au roi Çouddhodana^'^ l'avis que le prince avait quitté le monde^ le Bodhisattva^^ errait le long des routes un bol de mendiant à la main.

l'évangile bu BOUDDnA 25

2. — Cependant la majesté de son esprit se cachait mal sous la pauvreté de son aspect. Son allure fière trahissait son origine royale et ses yeux rayonnaient d'un zèle fervent pour la vérité. La beauté de son adolescence était transfigurée par la sainteté qui entourait sa tête comme un halo.

3. — Tous ceux qui le voyaient le contemplaient avec étonnement. Les plus pressés arrêtaient leurs pas et regardaient en arrière, et il n'était personne qui ne lui rendît hommage.

4. — Étant entré dans la cité de Râdjagrihâ^^, le prince allait de maison en maison attendant silencieusement qu'on lui offrit de la nourriture. Partout où allait le Bienheureux les gens lui donnaient ce qu'ils avaient; ils s'inclinaient modestement devant lui et se sentaient remplis de gratitude parce qu'il daignait approcher de leurs maisons.

o. — Vieux et jeunes étaient émus et disaient : « Voici un noble Mouni ^^ ! Son approche est une bénédiction. Quelle imminente joie pour nous! »

6. — Et le roi Bimbisâra^^ remarquant l'émotion de la cité s'enquit de sa cause, et ayant appris la nouvelle envoya un de ses serviteurs observer l'étranger.

7. — Ayant appris que le Mouni devait être un Çâkya de noble famille et qu'il s'était retiré dans les bois sur le bord d'une rivière rapide pour manger la nourriture qui remplissait son bol, le roi eut le cœur ému; il mit sa robe royale, plaça sa couronne d'or sur sa tête et accompagné de vieux et sages con-

seillers alla à la rencontre de son hôte mystérieux.

8. — Le roi trouva le mouni de la race Çâkya assis sous un arbre. Admirant le calme de son visage et la distinction de ses manières, Bimbisâra le complimenta respectueusement et dit :

9. — « 0 Çramana^^, tes mains sont faites pour tenir les rênes d'un empire et non un bol de mendiant. J'ai compassion de ta jeunesse. Si je ne pensais pas que tu es de race royale, je le supplierais de t'associer à moi pour gouverner mon royaume et de partager mon pouvoir royal. Le désir du pouvoir convient aux esprits les plus magnanimes^ et l'opulence n'est pas à mépriser. Gagner des trésors et perdre sa religion n'est pas un vrai gain. Mais celui qui possède à la fois ces trois biens, puissance, opulence et religion et en jouit avec discrétion et sagesse, celui-là je l'appelle un grand maître. »

Page 1