Alors le Béni se dirigea vers Vaiçâlî, av
une nombreuse suite de frères, el il s'arrêta au bosquet de la courtisane Ambapâlî^^*. Alors il dit aux frères : « Un frère, ôbhikchous, doit être diligent et attentif. Un frère, quand il est dans le monde, doit vaincre la douleur que produisent l'attachement corporel, la luxure des sens et les erreurs d'un raisonnement faux. Quoi que vous fassiez agissez toujours avec une complète présence d'esprit. Soyez attentifs en mangeant, en buvant, que vous vous promeniez ou que vous demeuriez en place, en dormant ou en vous éveillant, en parlant ou en restant silencieux. »
2. — Or la courtisane Ambapâlî ayant appris Tarrivée du Bienheureux et qu^il s'était arrêté dans son bosquet de manguiers, alla en voiture aussi loin que les voitures pouvaient passer et là elle mit pied à terre. Puis s'étant rendue à pied au lieu où se trouvait le Bienheureux, elle s'assit respectueusement à son côté. Ainsi qu'une femme réservée qui sort pour accomplir ses devoirs religieux, ainsi elle parut dans un vêtement simple sans aucune parure, et cependant elle était merveilleuse à voir.
3. — Alors le Bienheureux pensa : « Cette femme se meut dans les cercles du monde ; elle est la favorite des rois et des princes; cependant son cœur est calme et tranquille. Jeune d'années, riche, entourée de plaisir, elle est réfléchie et ferme. Gela est rare, en vérité, dans le monde. Les femmes en général, sont peu pourvues de sagesse et plongées dans la vanité; mais elle, bien que vivant dans le luxe, a acquis la sagesse d'un
maître, trouve son plaisir dans la piété et est capable de recevoir la vérité dans sa plénitude ».
4. — Lorsqu'elle se fut assise , le Bienheureux l'instruisit, Téveilla et la réjouit par ses discours religieux.
5. — Tandis qu'elle écoutait la loi, son visage brillait de plaisir. Alors elle se leva et dit au Béni : « Le Beinheureux daignera-t-il me faire l'honneur de prendre demain son repas dans ma maison avec tous les frères »?Et le Bienheureux, par son silence, donna son consentement.
6. — Or les Litchavis**^, famille opulente de race princière, ayant appris que le Bienheureux était arrivé à Vaiçâlî et demeurait dans le bosquet d'Ambapâli, montèrent sur leurs magnifiques voitures et se rendirent avec leur suite à la place où était le Béni. Les Litchavis étaient somptueusement vêtus en couleurs brillantes et parés de bijoux précieux.
. 7. — Ambapâlî poussa son char contre ceux des jeunes Litchavis, essieu contre essieu, roue contre roue et joug contre joug, et les Litchavis dirent à Ambapâlî, la courtisane : « Comment se fait-il, Ambapâlî, que tu diriges ainsi ta voiture contre nous?
8. — « Mes Seigneurs, dit-elle, je viens à l'instant d'inviter le Bienheureux et ses frères pour leur repas de demain ».
9. — Les princes répondirent : « Ambapâlî! cèdenous ce repas pour cent mille (pièces d'or).