Mes Seigneurs, m'offririez vous Vaiçâlî
tout entière avec le territoire qui en dépend, je ne vous céderais pas un si grand honneur! »
11. — Alors les Litchavis continuèrent leur route vers le bosquet d'Ambapâlî.
12. — Quand le Bienheureux vit de loin arriver les Litchavis, il s'adressa aux frères et dit : « 0 bhikchous^ que ceux des frères qui n'ont jamais vu les dieux regardent cette troupe des Litchavis, car ils sontvêlus aussi somptueusement que des immortels ».
13. — Quand ils furent allés aussi loin que le terrain était praticable aux voitures, les Litchavis descendirent, vinrent à pied au lieu où était le Bienheureux et s'assirent respectueusement à côtéde lui. Et quand ils se furent assis ainsi, le Bienheureux les instruisit, les éveilla et les réjouit par ses discours religieux.
14. — Alors ils parlèrent au Bienheureux et dirent : « Le Béni daignera-t-il prendre demain son repas, avec les frères, dans notre palais?
15. — « 0 Litchavis, dit le Bienheureux, j'ai promis de dîner demain chez Ambapâlî, la courtisane ».
16. — Alors les Litchavis, ayant exprimé leur approbation des paroles du Bienheureux, se levèrent de leurs sièges, se prosternèrent devant le Béni et le tenant à leur droite en passant devant lui ils partirent de ce lieu ; mais quand ils furent arrivés chez eux ils levèrent leurs mains au ciel, en disant : « Une femme mondaine l'a emporté sur nous; nous avons été devancé» par une fille frivole ! »
17. — A la fin de la nuit, Ambapâlî,'la courtisane* fit préparer dans sa maison du riz sucré et des gâteaux, et envoya un messager annoncer au Bienheureux que c'était le moment, en disant : « L'heure est sonnée, Seigneur; le repas est prêt! »
18. — Le Bienheureux se vêtit de bonne heure dans la matinée, prit son bol et vint avec les frères au lieu oii se trouvait la maison d'Ambapâlî; et quand ils furent arrivés, ils s'assirent sur lessièges préparés pour eux. Alors Ambapâlî, la courtisane, plaça le riz sucré et les gâteaux devant les moines, le Bouddha étant à leur tête, et les servit jusqu'à ce qu'ils refusassent de manger davantage.
19. — Ensuite quand le Bienheureux eut fini son repas, la courtisane fit apporter un tabouret bas et s'assit à son côté, puis elle s'adressa au Béni, et dit : u Seigneur, j'offre cette maison à l'ordre des bhikchous dont le Bouddhaest chef ». Et le Bienheureux accepta le don; puis après Tavoir instruite, éveillée et réjouie par l'édification religieuse, il se leva de son siège et partit de ce lieu.
XCUI. — Sermon d adieu du Bouddha.
\ . — Après que le Bienheureux fut resté aussi longtemps qu'il voulut dans le bosquet d'Ambapâlî, il alla
à Vênouvana^^^, près de Vaiçâlî. Là le Bienheureux parla aux frères et leur dit : « 0 mendiants, prenez votre résidence pour la saison pluvieuse *^^ ici autour de Vaiçâlî chacun suivant le lieu où peuvent demeurer ses amis et ses proches. Je commencerai la saison des pluies ici à Vênouvana ».
2. — Comme le Bienheureux commençait ainsi la saison des pluies, une grave maladie fondit sur lui et il souffrit des douleurs cuisantes presque jusqu'à mourir. Mais le Bienheureux, plein de résolution et maître de lui-même, les supporta sans se plaindre.
3. — Alors cette pensée se présenta au Bienheureux : « Il ne serait pas convenable pour moi que je sortisse de la vie sans avoir parlé aux disciples, sans avoir pris congé de Tordre. Faisons donc un puissant effort de volonté pour vaincre encore cette maladie et me ressaisir à la vie jusqu'à ce que le temps fixé soit venu ».
4. — Et le Bienheureux par un énergique effort de volonté vainquant la maladie se ressaisit jusqu'à ce que vînt le temps fixé par le destin. Et la maladie diminua.
5. — Ainsi le Bienheureux commença à guérir; et quand il fut complètement délivré de la maladie, il sortit du monastère et s'assit sur un siège préparé en plein air. Alors le vénérable Ananda, acccompagné de beaucoup d'autres disciples, s'approcha de la place où le Bienheureux se trouvait, et s'étant assis respectueusement à son côté, dit : « J'ai vu, Seigneur,
que le Béni est en bonne santé el j'ai vu combien le Bienheureux a souffert. Et quoique à la vue de la maladie du Bienheureux mon corps fût devenu faible comme une plante grimpante, que l'horizon fût devenu sombre pour moi, et que mes facultés fussent obscurcies, néanmoins je pris cependant un peu de courage à la pensée que le Bienheureux ne voudrait point sortir de l'existence avant d'avoir au moins laissé des instructions relativement à l'ordre ».
6. — Donc le Bienheureux parla àAnandapour l'ordre tout entier et dit :
7. — « Qu'est-ce, Ananda, que l'ordre attend de moi? J'ai prêché la vérité sans faire aucune distinction entre la doctrine exolérique et la doctrine ésotérique; car par respect pour la vérité, Ananda, le Tathâgata n'a rien qui ressemble Si\ïpoi?ig /er/wc d'un maître qui cache quelque chose,
8. — « Certainement, Amanda, s'il était quelqu'un qui nourrît cette pensée, « C'est moi qui conduirai la confrérie », ou « L'ordre repo&e sur moi», il devrait donner des instructions pour tout ce qui concerne l'ordre. Or le Tathâgata, Ananda, ne pense point que c'est lui qui doit conduire la confrérie, ou que l'ordre est dans sa dépendance.
9. — « Alors, pourquoi le Tathâgata laisseraît-il des instructions sur quelque sujet concernant l'ordre?
10. — « Je suis devenu vieux, maintenant, ô Ananda, et chargé d'années ; mon voyage touche à sa
fin; j'ai atteint la totalité de mes jours; je vais avoir quatre-vingts ans.
11. — « De même qu'un chariot usé n'avance plus qu'avec beaucoup de difficulté, ainsi le corps du Tathâgata ne se soutient plus qu'avec beaucoup de soins nouveaux.
12. — « C'est seulement, Ananda, quand le Tathâgata, cessant de s'occuper d'aucune chose extérieure, se plonge dans cette ardente méditation de cœur qui ne se rapporte à aucun objet corporel, c'est seulement alors que le corps du Tathâgata est à l'aise.
13. — « C'est pourquoi, ô Ananda, soyez des lampes pour vous-mêmes. Reposez-vous sur vousmêmes et ne vous reposez pas sur quelque assistance extérieure.
14. — « Attachez-vous ferme à la vérité pour votre lampe. Cherchez la délivrance dans la vérité seulement. Ne demandez assistance à personne autre que vous-mêmes.
15. — ce Etcomment, Ananda, un frère peut-il être une lampe pour lui-même, ne se reposer que sur lui seul et non sur une assistance extérieure, en tenant ferme la vérité comme sa lampe, et en cherchant le salut dans la vérité seule, sans demander assistance à personne autre que lui-même?
16. — « Pour cela, Ananda, que le frère, puisqu'il habite dans un corps, considère ce corps de telle façon qu'étant énergique, attentif et résolu il puisse, tandis
qu'il vit dans le monde, vaincre la douleur qui résulte des désirs |du corps.
l7. — « Tandis qu'il est soumis aux sensations, qu'il continue à considérer les sensations de manière que^ étant énergique, attentif et résolu, il puisse, en ce monde, vaincre la douleur qui résulte des sensations.
48. — « Et de même, aussi, quand il pense ou raisonne ou sent, qu'il considère ses pensées de façon que, étant énergique, attentif, et résolu, il puisse, en ce monde, vaincre la douleur qui résulte du désir ou des idées, du raisonnement ou du sentiment.
19. — « Ceux qui, maintenant oii après ma mort, seront une lampe pour eux-mêmes, comptant sur euxmêmes seulement et ne se reposant point sur quelque assistance extérieure, maiss'attachant à la vérité pour lampe et cherchant leur salut dans la vérité seule, no demanderont Tassistance de personne autre que d'euxmêmes, ce sont ceux-là, Ananda, parmi mes bhikchous, qui atteindront la véritable élévation sublime. Mais ils doivent être avides d'apprendre. »
XGIV. — Le Bouddha annonce sa mort.
1. — Le Tathâgata dit à Ananda : « Jadis, Ananda, Mârai88j le méchant, approcha trois fois du saint Bouddha afin de le tenter.
2. — « Lorsque le Bodhisattva quitta le palais, Mâra était à la porte et Tai-rêta : « Ne pars point, ô mon Seigneur, s'écria Mâra, dans sept jours, à partir d'aujourd'hui, la roue de l'empire apparaîtra et te fera le souverain des quatre continents et des deux mille îles adjacentes. Reste, donc, mon SeigneurI »
3. — « Le Bodhisattva répondit : « Je sais bien que la roue de l'empire apparaîtra pour moi ; mais ce n'est pas la royauté souveraine que j'ambitionne. Je veux devenir un Bouddha et faire crier de joie le monde entier.
4. — « Une seconde fois, Ananda, le pervers s'approcha du Tathâgata quand, après avoir pratiqué de dures mortifications, il baigna son corps et s'éloigna de la rivière Nairandjanâ. Mâia dit alors : « Tu es émacié par le jeûne, et la mort est proche. A quoi bon cet effort? Daigne vivre, et tu auras le pouvoir de faire de bonnes œuvres »
5. — « Alors le Bienheureux répondit: « 0 toi, ami de l'indolent, toi maudit; dans quel dessein es-tu venu?
6. — « Périsse la chair si l'esprit devient plus calme et l'attention plus ferme.
7. — u Qu'est-ce-que la vie en ce monde? Mieux vaut pour moi mourir dans la bataille, que vivre dans la défaite. »
8. — (( Et Mâra quitta le Tathâgata en disant : « Pendant sept années, j'ai suivi le Bienheureux pas à pas, mais je n'ai jamais pris en faute l'Illuminé. »
9. — « Une troisième fois, Ananda, le tentateur s'approcha du Bienheureux, alors qu'il se reposait sous l'arbre INyagrôdha du berger sur le bord de la rivière Nairanjanâ, immédiatement après avoir atteint la grande illumination. Alors Mâra, le pervers, vint au lieu où était le Bienheureux et, debout, auprès de lui^ lui parla en ces mots : « Sors maintenant de l'existence, Seigneur ! Que le Bienheureux meure maintenant! Maintenant le temps est venu de mourir pour Bienheureux! »
10. — « Et quand Mâra eut parlé ainsi, le Bienheureux dit ; « Je ne mourrai point, ô méchant, avant que non seulement les frères et les sœurs de l'ordre, mais aussi les disciples laïques des deux sexes soient devenus de véritables auditeurs, sages et bien instruits, préparés et savants, versés dans les Écritures, accomplissant les plus grands et les moindres devoirs, corrects dans leur vie, se conduisant selon les préceptes, — avant qu'ayant eux-mêmes appris la doctrine, ils soient capables de répondre aux autres au sujet de la doctrine, de la prêcher, de la faire connaître, de rétablir, de l'ouvrir, del'expliquer dans les moindres détails et de la rendre claire^ — avant qu'ils soient capables, lorsque d'autres inventeront des doctrines vaines, de les vaincre et de les réfuter et ainsi de répandre au loin la vérité qui opère des miracles î Je ne mourrai pas avant que la pure religion de ]a vérité ait réussi, prospéré, se soit répandue au loin, soit devenue populaire dans toute sa pleine extension, -^
L*ÉVANGILG DU BOUDDHA 275
avant, en un mot, que j'aie été bien acclamé parmi les hommes ! »
11. — « Ainsi, trois fois Mâra s'approcha de moi, dans les temps passés. Et maintenant, Ananda, Mâra, le pervers, est revenu aujourd'hui au lieu où je me trouvais et, debout auprès de moi, m'a adressé les mêmes paroles : « Sors de l'existence, Seigneur! » Et quand il eut ainsi parlé, Ananda, je lui répondis et lui dis : « Sois satisfait, le Thathâgata ne tardera pas à s'éteindre pour toujours.
12. — Et le vénérable Ananda parla au Bienheureux et dit: « Daigne, Seigneur, demeurer avec nous, ô Bienheureux ! pour le bien et le bonheur des grandes multitudes, par pitié pour le monde, pour le bien et le profit de l'humanité ! »
13. — Le Bienheureux dit : « Assez maintenant, Ananda, n'implore pas le Talhâgata ! »
14. — De nouveau, une seconde fois, le vénérable Ananda implora le Bienheureux avec les mêmes paroles, et il reçut du Bienheureux la même réponse.
15. — Encore, une troisième fois, le vénérable Ananda conjura le Bienheureux de prolonger sa vie, et le Bienheureux dit : « As-tu là foi, Ananda? »