‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 33 sur 204 · XX. — Kâçyapa · texte numérisé non relu

XX. — Kâçyapa

1. — En ce temps, à Ourouvilvâ^^ demeuraient les Djatilas^*^, sectateurs de Krichna^^ qui adoraient le feu; et Kâçyapa était leur chef.

2. — Dans l'Inde entière Kâçyapa était renommé, son nom était honoré comme celui de l'un des hommes les plus sages qui fussent sur la terre, et il faisait autorité en religion.

3. — Et le Bienheureux vint vers Kâçyapa d'Ourouvilvâ, le Djatila, et dit : « Laisse-moi passer la nuit dans la chambre oii tu gardes votre feu sacré. »

4. — Kâcyapa voyant le Bienheureux dans toute sa majesté et sa beauté pensa : « Voici un grand mouni et un noble maître. S'il passe la nuit dans la chambre où l'on g-arde le feu sacré, le serpent le mordra et il mourra. » Et il dit : « Je ne m'oppose pas à ce que tu passes la nuit dans la chambre oii est gardé le feu sacré; mais le démon-serpent te tuera et je serais fâché de te voir périr. »

5. — Mais le Bouddha insista et Kâçyapa le laissa entrer dans la chambre oii le feu sacré était gardé.

6. — Et le Bienheureux s'assit, tenant son corps droit, et s'entourant de vigilance.

7. — Dans la nuit, le dragon vint au Bouddha, vomissant avec rage son redoutable poison et remplissant l'air de vapeur brûlante, mais il ne put lui faire aucun mal, et le feu se consumait lui-môme tandis que Celui que le monde révère demeurait impassible. Et le démon venimeux fut pris d'une telle rage qu'il mourut dans sa colère.

8. — Quand Kâçyapa vit la lumière qui sortait éclatante de la chambre, il dit : « Hélas, quel malheur! En vérité l'air de Gautama, le grand Çâkyamouni, est beau, mais le serpent va le détruire. »

9. — Au matin le Bienheureux montra le corps du démon à Kâçyapa en disant : « Son feu a été vaincu j)ar mon feu. »

10. — Et Kâçyapa pensa : Çâkyamouni est un grand Çramana et possède des pouvoirs sublimes, mais il n'est pas aussi saint que moi. »

H. — Il y avait ences jours-là une fêle etKâçyapa pensa : « Le peuple va venir ici de toutes les parties de la contrée et verra le grand Çâkyamouni. S'il leur parle, ils croiront en lui et m'abandonneront. » Et il devint jaloux.

12. — Quand le jour de la fête fut arrivé, le Bienheureux se retira et ne vint pas vers Kâçyapa. Et Kâçyapa alla trouver le Bouddha et lui dit : « Pourquoi le grand Çâkyamouni ne vient-il pas? n

13. — Le Tathâgata répondit : « N'as-tu pas pensé, ô Kâçyapa, qu'il serait mieux que je restasse à l'écart de la fête? »

14. — Et Kâçypa fut étonné et pensa : « Çâkyamouni est grand, mais il n'est pas aussi saint que moi» »

15. — Et le Béni s'adressa à Kâçyapa et dit : « Tu vois la vérité, mais lu ne l'acceptes pas à cause de l'envie qui réside dans ton cœur. L'envie est-elle de la sainteté? L'envie est le dernier vestige de personnalité qui soit resté dans ton esprit. Tu n'es pas saint, Kâçyapa ; tu n'es pas encore entré dans le chemin. »

16. — Et Kâçyapa cessa de résister. Sa jalousie s'évanouit et, se prosternant devant le Bienheureux il dit : « Seigneur, notre Maître, permets-moi de recevoir l'initiation du Bienheureux. »

17. — Et Bhagavat ^^ dit : « Tu es, Kâçyapa, le chef des Djatilas, va donc d'abord les informer de ton intention et laisse-les faire ce que vous aurez jugé convenable. »

18. — Alors Kâçyapa alla vers les Djatilasget dit : « J'aspire à mener la vie religieuse sous la direction du grand Çâkyamouni, qui est le Bouddha, notre Seigneur. Faites ce que vous jugerez le meilleur. »

19. — Et les Djatilas répondirent : « Nous avons conçu une profonde affection pour le grand Çâkyamouni, et si vous vous joignez à sa confrérie, nous en ferons autant. »

20. — Alors les Djatilas jetèrent dans la rivière les ustensiles du culte du feu et allèrent vers Bhagavat.

21. — Nadî Kâçyapa et Gayâ Kâçyapa, frères du grand Ourouvilvâ Kâçyapa, hommes puissants et chefs parmi le peuple, demeuraient au dessous du courant, et quand ils virent les ustensiles employés pour le culte du feu flottant dans la rivière, ils dirent : « Il est arrivé quelque accident à notre frère. )) Et ils vinrent avec leurs peuples à Ourouvilvâ. Ayant appris ce qui s'était passé, ils allèrent aussi au Bouddha.

22. — Le Bienheureux voyant venir à lui les Djatilas de Nadî et de Gayâ, qui pratiquaient de rigoureuses austérités et adoraient le feu, prêcha un sermon sur le feu et dit: « Tout est brûlant, ô Djatilas. L'œil est brûlant, les pensées sont brûlantes, tous les sens sont brûlants. Ils sont brûlants du feu de la passion. Ici est la colère, ici est l'ignorance, là est la haine et tant que le feu trouvera des choses inflammables dont il puisse se nourrir, aussi longtemps il brûlera et il y aura naissance et mort, déchéance, peine, lamentation, souffrance, désespoir et chagrin. Considérant

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ceci, un disciple de la vérifé verra les Quatre Vérités et marchera dans le noble Octuple Chemin. Il se défiera de son œil^ il se défiera de ses pensées, il se défiera de tous ses sens. Il se dépouillera de la passion et deviendra libre. Il sera affranchi de Tégoïsme et parviendra à l'état béni de Nirvana ^'^. »

23.— Et les Djatilas furent réjouis et prirent refuge dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha.

XXL — Le Sermon de Râdjâgrihâ,

1 . — Et le Bienheureux ayant habité quelque temps à Ourouvilvâ vint à Râdjâgrihâ ^^ accompagné d'un grand nombre de bhikchous^ dont beaucoup avaient auparavant été Djatilas, et le grand Kâçyapa, précédemment chef des Djatilas, était avec lui.

2. — Quand le roi de Magadha, Sainya^^ Bimbisara, apprit l'arrivée de Gautama Çâkyamouni, de qui le peuple disait: « IlestleSaint,leBouddhabienheureux qui guide les hommes comme un cocher maîtrise un bouvillon, l'Instituteur de ce qui est haut et de ce qui est bas », il sortit entouré de ses conseillers et de ses généraux et vint à la place où était Bhagavat.

3. — Là ils virent le Bienheureux en compagnie de Kâçyapa, le grand maître religieux des Djatilas, et ils furent étonnés et pensèrent : « Le grand Çâkyamouni

s'est-il placé sous la direction spirituelle de Kâçyapa, ou Kâçyapa est-il devenu disciple de Gautama? »

4. — Et le Tathâgata lisant les pensées du peuple, dit à Kâçyapa : « Quelle science as-tu gagnée, ô Kâçyapa, et qui t'a déterminé à renier le feu sacré et à cesser tes austères pénitences ? »

5. — Kâçyapa dit : « Le profit que je tirais de l'adoration du feu était la continuation dans le cercle de l'individualité avec tous ses chagrins et ses vanités. J'ai abandonné ce service, et au lieu de continuer les pénitences et les sacrifices, je suis allé à la recherche du sublime Nirvana. »

||r: 6. — Le Bouddha voyant que toute l'assemblée était comme un vase prêt à recevoir la doctrine, parla au roi Bimbisara :

7. — « Celui qui connaît la nature de sa personnalité et comprend comment ses sens agissent, ne trouve pas de place pour le Moi, et ainsi il atteindra la paix sans fin. Le monde conserve la pensée du Moi, et de là naît la compréhension fausse.

8. — « Quelques-uns disent que le Moi persiste après la mort, quelques autres disent qu'il périt. Tous ont tort et leur erreur est des plus graves.

9. — « Car, s'ils disent que le Moi est périssable, l'avantage qu'ils s'efforcent d'atteindre doit périr aussi, et à un moment donné il n'y aura plus d'après (d'éternité). Cette délivrance de l'égotisme coupable est sans mérite.

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