Lorsque, d'un autre côté, quelques-uns
disent que le Moi ne périra pas ; alors au milieu de toute vie et mort il y a seulement une entité sans naissance et immortelle. Si tel est leur Moi, alors il est parfait et imperfectible par les actes. Le Moi durable, impérissable, ne pourrait jamais changer. Le Moi serait seigneur et maître et il n'y aurait nulle utilité de perfectionner le parfait ; les objectifs moraux et le salut seraient inutiles.
1 1. — Mais maintenant nous voyons les manifestations de la joie et du chagrin. Oii y a-t-il quelque stabilité? Si ce n'est pas un Moi qui fait nos actes, alors il n'y a pas de Moi ; il n'y a pas de personnalité agissante derrière la paix, pas de personnalité percevante derrière le savoir, pas de seigneur derrière le vivre !
12. — « Maintenant soyez attentifs et écoutez : Les sens rencontrent l'objet et de ce contact naît la sensation. De là découle le souvenir. Ainsi, de même qu'à travers une lentille la puissance du soleil fait naître le feu, de même, par la connaissance produite par les sens et l'objet, naît ce seigneur que vous appelez Moi. Le rejeton naît de la semence; la pousse et la graine ne sont pas un seul et même objet et cependant elles ne sont pas différentes. Telle est la naissance dans la vie animale.
13. — (( Vous qui êtes les esclaves du Moi, qui peinez du matin au soir au service du Moi, qui vivez avec la terreur constante de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort, recevez la bonne
nouvelle que votre cruel maître n'existe pas.
14. — « Le Moi est une erreur, une illusion, un rêve. Ouvrez les yeux et éveillez-vous. Voyez les choses telles qu'elles sont et vous serez réconfortés.
15. — « Celui qui est éveillé n'a plus peur des cauchemars. Celui qui a reconnu la nature de la corde qui semblait être un serpent, cesse de trembler.
16. — (( Celui qui a reconnu que le Moi n'existe pas se débarrasse de toutes les passions et des désirs de l'égoïsme.
17. — « L'attachement aux choses, l'envie, et la sensualité, héritages des existences antérieures, sont les causes de la misère et de la vanité dans le monde.
18. — (( Répudiez la disposition avide de votre égoïsme et vous parviendrez à cet état d'esprit calme et sans péché qui procure la paix parfaite, la bonté et la sagesse.
19. — (( Comme une mère, même au risque de sa propre vie^ protège son fils, son fils unique, de même que celui qui a reconnu la vérité voue un amour sans mesure à tous les êtres.
20. — « Qu'il cultive un amour sans mesure, illimité, sans mélange d'aucune idée de faire des distinctions ou de montrer des préférences, à l'égard du monde entier, au dessus, au dessous, alentour.
21. — « Que l'homme reste ferme dans cet état d'esprit pendant qu'il est éveillé, qu'il se tient debout, qu'il se promène, qu'il est assis ou qu'il est couché.
72 l'évangile du boudda
22. — Cet élat d'esprit est ce qu'il y a de préférable au monde. C'est le Nirvana !
23. — (( Cesser tout acte mauvais, mener une vie vertueuse et purifier son cœur, telle est la religion de tous les Bouddhas. »
24. — Quand l'Illuminé eut fini son sermon, le roi de Magadha dit au Bienheureux ;
25. — « Jadis, Seigneur, quand j'étais prince, je formai cinq vœux. Je souhaitai, oui, de devenir roi. C'était mon premier vœu et il a été exaucé. Ensuite je souhaitai: Puisse le Saint Bouddha, le Parfait, apparaître sur la terre pendant mon règne et venir dans mon royaume. Ce fut mon second vœu et maintenant il est exaucé. Ensuite je souhaitai: Puissè-je lui rendre mes hommages. Ceci fut mon troisième vœu et maintenant il est exaucé. Mon quatrième vœu fut : Puisse Bhagavat me prêcher la doctrine. Et maintenant il est exaucé. Cependant le plus grand de mes vœux fut le cinquième : Puissé-je comprendre la doctrine du Béni I Et ce vœu aussi est exaucé.
26. — « Glorieux Seigneur? Très glorieuse est la vérité prêchée par le Tathâgata ! Notre Seigneur, le Bouddha rétablit ce qui a été bouleversé ; il révèle ce qui a été caché; il montre le chemin au vagabond qui s'est égaré ; il allume une lampe dans les ténèbres afin que ceux qui ont des yeux pour voir puissent voir.
27. — « Je prends mon refuge dans le Bouddha! Je prends mon refuge dans le Dharma! Je prends mon refuge dans le Sangha I »
28. — Par l'exercice de sa verlu et par sa sagesse le Talhâgata montra son pouvoir spirituel, illimité. Il subjugua et mit d'accord tous les esprits. Il leur fit voir et recevoir la vérité et par tout le royaume les semences de vertu furent semées.