C'était bien réellement son fils; c'étaient les
traits de Siddhârtha. Comme le grand çramana était près de son cœur, et cependant quelle distance les séparait. Ce noble mouni n^était plus Siddhârtha, son fils; il était le Bouddha, le Bienheureux, le Saint, le Seigneur de vérité, l'Instituteur du monde.
6. — Le roi Çouddhôdana, considérant la dignité religieuse de son fils, descendit de son char et ayant le premier salué son fîls, dit : « 11 y a maintenant sept ans que je ne vous ai vu. Avec quelle impatience j'attendais ce moment! »
7. — Le Bouddha prit un siège en face de son père et le roi regardait avidement son fils. Il eut voulu l'appeler par son nom, mais il ne Tosait pas. (( Siddhârtha, s'écriait-il tout bas dans son cœur, Siddhârta, reviens près de ton vieux père et sois son fils de nouveau I » Mais voyant la fermeté de son fils, il contint ses sentiments et la douleur l'accabla.
8. — Ainsi le roi, assis en face de son fils, se réjouissait dans son affliction et s'affligeait dans sa joie. Il pouvait à bon droit être fier de son fils, mais son orgueil se brisait à la pensée que cet illustre fils ne serait pas son héritier.
6. — « Je voudrais t'ofîrir mon royaume, dit le roi; mais si je le faisais, tu n'en ferais pas plus de cas que d'une pincée de cendres. »
10. — Et le Bouddha dit : « Je sais que le cœur du roi est plein d'amour et qu'à cause de son fils il ressent un profond chagrin. Mais que les liens d'amour qui vous attachent au fils que vous avez
perdu embrassent avec une bonté égale tous les êtres, et à la place de ce fils vous en recevrez un plus grand que Siddhârlha ; vous recevrez le Bouddha, le Maîlrc de vérilé, le Prédicateur de justice, et la paix du Nirvana pénétrera dans votre cœur. »
11. — Çouddhôdana trembla de joie quand il entendit les paroles mélodieuses de son fils, et joignant ses mains s'écria les larmes aux yeux : « Merveilleux est ce changement! Le chagrin accablant s'est dissipé. D'abord mon cœur affligé était pesant, mais maintenant je récolle le fruit de votre grand renoncement. 11 est bon que, mû par votre puissante sympathie, vous ayez repoussé les satisfactions du pouvoir royal et accompli votre noble projet dans la dévotion religieuse. Ayant trouvé la voie, vous pouvez maintenant prêcher la loi d'immortalité au monde entier qui aspire à la délivrance. ».
12. — Le roi retourna au palais tandis que le Bouddha demeura dans le bois devant la cité.
XXVIU. — Yaçôdharâ.
1 . — Le matin suivant le Bouddha prit son bol et sortit pour mendier sa nourriture.
2. — Et la nouvelle se répandit: « Le prince Siddhârtha va de maison en maison pour recevoir l'an-
mône dans la cité où jadis il avait coutume de passer dans un char accompagné de sa suite. Sa robe est couleur de terre rouge et dans sa main il tient un vase de terre. »
3. — En entendant cette étrange rumeur,, le roi sortit eji grande hâte et s'écria : « Pourquoi me faites-vous cette injure? Ne savez-vous pas que je puis facilement fournir à votre nourriture et à celle de vos bhikchous ? »
4. — Et le Bouddha répondit : « C'est la coutume de ma race. »
5. — Mais le roi répliqua : « Comment cela peut-il être? Vos ancêtres furent des rois, et aucun d'eux ne mendia jamais sa nourriture. »
6. — « 0 grand roi, répondit le Bouddha, vous et votre race vous pouvez réclamer une origine royale : moi, je descends des Bouddhas des anciens âges. Mendiant leur nourriture, ils vivaient d'aumônes. »
7. — Le roi ne fit aucune réponse et le Bienheureux continua: « Il est d'usage, ô roi, que celui qui a trouvé un trésor caché offre à son père le joyau le plus précieux. Permettez-moi, donc, d'ouvrir mon trésor qui est la loi et acceptez de moi cette gemme. »
8. — Et Bhagavat récita les gâthâs suivantes : « Sortez du rêve et ne tardez pas, Écoutez la Loi.
Pratiquez la justice et voici
Que l'éternelle félicité vous appartient ».