XXXI. — Djîvaka, le médecin
1. — Longtemps avant que Je Bienheureux eut atteint l'illumination, la mortification volontaire avait été en usage parmi ceux qui cherchaient avidement le salut. Le but final qui leur apparaissait était la délivrance de l'âme de toutes les nécessités corporelles, et enfin du corps lui-même. Aussi ils évitaient tout ce qui peut constituer un luxe en fait de nourriture, de demeure, de vêtements et vivaient comme les bêtes sauvages dans les bois. Quelques-uns vivaient nus, tandis que d'autres se vêlaient de haillons ramassés dans les cimetières ou sur les tas d'immondices.
2. — Quand le Bienheureux renonça au monde, il reconnut de suite l'erreur des gymnosophistes, et considérant l'indécence de leur usage il se couvrit de haillons jetés au rebut.
3. — Quand il eut atteint l'illumination et répudié toutes les mortifications inutiles, le Bienheureux continualongtemps, ainsi que ses bhikchous, à porter des haillons jetés dans les cimetières et sur les tas d'ordures.
4 . — Alors il arriva que les bhikchous furent atteints de maladies de toutes sortes, et Bhagavat leur permit et leur ordonna explicitement de faire usag-e de médecines et entre autres il enjoignit même, toutes les fois qu'il était nécessaire, de se servir d'onguents
5. — Un des frères eut mal au pied, et le Bienheureux ordonna aux bhikchous d'avoir des chaussures.
6. — Or il arriva qu'une maladie frappa le corps du Bienheureux lui-même, et Ananda alla chercher Djîvaka^^^ médecin du roi Bimbisâra.
7. — Et Djîvaka, fidèle sectateur du Saint, traita le Bienheureux avec des remèdes et des bains jusqu'à ce que le corps de Bhagavat fût complètement rétabli.
8. — - En ce temps-là, Pradyôta^^^^ roi d*Oudjjayinî, fut atteint de jaunisse, et Djîvaka, le médecin du roi Bimbisâra fut consulté. Lorsque le roi Pradyôta fut rendu à la santé, il envoya à Djîvaka un vêtement de la plus belle étoffe. Et Djîvaka se dit : « Ce vêtement est fait de la meilleure étoffe, et nul n'est digne de le porter que le Bienheureux, le parfait et saint Bouddha, ou le roi de Mag-adha, Sainya Bimbisâra. »
9. — Alors Djîvaka prit le vêtement et alla au lieu 011 se trouvait Bhagavat ; s'étant approché et ayant salué respectueusement le Bienheureux, il s'assit auprès de lui et dit : « Seigneur, je demande une grâce au Bienheureux! »