Il y avait dans la suite de Sirhha un officier
iO
qui avait entendu la conversation du Bienheureux du général, et quelque doute demeurait dans soi cœur.
2. — Cet homme vint vers Bhagavat et dit : « Oi prétend, Seigneur, que le çramana Gautama nii l'existence de l'âme. Ceux qui parlent ainsi disent-ili la vérité, ou bien portent-ils un faux témoignag< contre le Bienheureux? »
3. — Et Bhagavat répondit : « Il y a un point sui lequel ceux qui parlent ainsi disent la vérité ; d'ui autre côté, il y a un point sur lequel ceux qui parlenj ainsi ne disent pas la vérité sur mon compte.
4. — « Le Talhâgata enseigne qu'il n'y a point d( moi. Celui qui dit que l'âme est son moi, et que le moi est le penseur de ses pensées et l'acteur de set actes, enseigne une fausse doctrine qui mène à ,h confusion et aux ténèbres.
5. — « D'un autre côté, le Tathâgata enseigm qu'il y a un esprit. Celui qui par âme entend Tespril et dit que cet esprit existe, enseigne la vérité quj mène à la clarté et à l'illumination. »
6. — L'officier dit : « Le Tathâgata affirme-t-il don< qu'il existe deux choses ? Ce que nous percevons pai nos sens et ce qui est mental? ^)
7. — Le Bienheureux répondit : « En vérité, j< vous le dis, votre esprit est mental, mais ce que voui percevez par vos sens et également mental. Il n'esl rien dans le monde ou en dehors qui ne soit pas esprit ou ne puisse devenir esprit. Il y a une spiri-
tualité dans toute existence, et l'argile même que foulent nos pieds peut être transformée en enfants de vérité. »
LUI. — Identité et non-identité.
1 . — Koûtadanta ^^^ le chef des brahmanes du village de Dânamati*^*, s'étant approché respectueusement du Bienheureux, le salua et dit : « On m^a dit, ô çramana, que tu es le Bouddha, le Saint, l'Omniscient, le Seigneur du monde. Mais si tu étais le Bouddha ne viendrais-tu pas comme un roi dans toute ta gloire et ta puissance?))
2- — Le Bienheureux répondit : « Tes yeux sont fermés. Si les yeux de ton esprit n'étaient point obscurcis tu verrais la gloire et la puissance de la vérité. »
3. — Koûtadanta reprit : « Montre-moi la vérité et je la verrai. Mais ta doctrine est sans consistance. Si elle était consistante elle durerait ; mais comme elle ne Test point, elle disparaîtra. ))
4. — Le Bienheureux répliqua : « La vérité ne passera jamais. »
5. — Koûtadanta dit : « J'ai entendu dire que tu enseignes la loi, et cependant tu démolis la religion. Tes disciples méprisent les rites et refusent de sacrifier, quoique la piété envers les dieux ne puisse se
manifester que par des sacrifices. La véritable essence de la religion se compose du culte et du sacrifice. »
6. — Le Bouddha répondit : « Le sacrifice du moi est plus grand que l'immolation de taureaux. Celui qui sacrifie aux dieux ses désirs coupables comprendra l'inutilité de faire périr des animaux devant l'autel. Le sang n'a aucune vertu purificatrice, mais le déracinement de la luxure fera le cœur pur. Mieux vaut obéir aux lois de la justice que d'adorer les dieux. »
7. — Koûtadanta étant pieux et inquiet du sort futur de son âme avait sacrifié des victimes innombrables. 11 comprenait maintenant la folie de l'expiation par reffusion du sang. Cependant, n'étant pas encore satisfait des enseignements du Tathâgata, Koûtadanta reprit : « Tu crois, Maître, que l'âme renaît ; qu'elle passe dans l'évolution de la vie ; et que soumis à la loi du Karmâ*^^ nous devons récolter ce que nous semons. Cependant tu enseignes la nonexistence de l'âme ! Tes disciples prônent Textinction absolue du moi comme étant la félicité suprême de Nirvana. Si je suis simplement une combinaison de Saniskâras, mon existence doit cesser lorsque je mourrai. Si je suis simplement un composé de sensations, d'idées et de désirs, où pourrai-je aller lors de la dissolution de mon corps? Où se trouve la félicité infinie dont parlent tes disciples? C'est un mot vide de sens et une illusion du moi; car je vois
le néant face à face quand je réfléchis à tes doctrines. »