Comment cela? » demanda Koùtadanta
57, — « Où est ton moi? » demanda le Bienheureux. Et comme Koùtadanta ne répondait pas, il continua : « Ce moi auquel tu tiens tant est un changement perpétuel. H y a quelques années tu étais un petit entant; puis un jeune garçon; puis tu es devenu un jeune homme, et maintenant tu es un homme fait. Y a-t-il aucune identité entre le petit enfant et Thomme? Il n'y a identité que dans un sens seulement. En vérité^ il y a plus d'identité entre la flamme de la première veille et celle de la troisième, alors même que la lampe aurait été éteinte pendant la seconde veille. Et maintenant quel est le vrai moi dont lu réclames à grands cris la préservation? Celui d'hier, celui d'aujourd'hui, ou celui de demain? »
58. — Koùtadanta fut embarrassé. « Seigneur du monde, s'écria-t-il, je vois mon erreur, mais je suis encore dans la confusion. »
59, — Le Tathâgata continua : « C'est par un procédé d'évolution que les samskâras viennent à l'existence. Aucun samskâra ne naît sans un commencement graduel. Tes samskâras sont les résultats de tes actes dans des existences antérieures. La combi-
naison de les sarhskâras constitue ton âme. En quelque lieu qu'ils pénètrent, ton âme y émigré. Tu continueras à vivre dans tes sarhskâras et tu récolteras dans de futures existences la moisson que tu sèmes maintenant et que tu as semée dans les temps passés. »
60. — (( En vérité, Seigneur^ » répondit Koûtadanta, « ce n'est point une juste rétribution. Je ne puis admettre comme juste que d'autres récoltent après moi ce que je sème maintenant. »
61. — Le Bienheureux se tut un moment, puis reprit : « Tout enseignement sera-t-il donc inutile? Ne comprends-tu pas que ces autres personnes sont toi-même? Toi-même, et non d'autres, tu récolteras ce que tu sèmes.
62. — « Suppose un homme mal élevé et misé* rable, souffrant de la bassesse de sa condition. Enfant, il fut paresseux et indolent, et devenu grand il n'avait appris aucun métier pour gagner sa vie. Diras-tu que sa misère n'est pas le résultat de ses propres actions parce que l'homme adulte n'est plus la même personne que fut le jeune garçon?
63. — « En vérité, je te le dis, ni dans les cieux, ni dans les profondeurs de la mer, ni si tu te caches dans les cavernes des montagnes, tu ne trouveras un lieu où tu puisses échapper au résultat de tes mauvaises actions. »
64. — « De même tu recevras sûrement les biens récompenses de tes bonnes actions.
65. — « Celui qui après un long voyage revien sain et sauf dans sa maison reçoit la bienvenue du ses parents, de ses amis et de ses connaissances. I)( même les résultats de ses bonnes œuvres accueillen rbomme qui a marché dans le chemin de la justice lorsqu'il passe de la vie présente dans la vie d'au delà. »
66. — Koûtadanta dit : « J'ai foi dans la gloire e l'excellence de tes doctrines. Mon œil ne peut pas encore supporter l'éclat de la lumière; cependant j( comprends maintenant que le moi n'existe pas et la vérité point pour moi. Les sacrifices ne peuvent riei pour le salut, et les invocations sont paroles oisives, Mais comment trouverai-je le chemin de la vie éternelle? J'ai appris tous les Védas par cœur et n'a point trouvé la vérité. »
67. — Le Bouddha dit : « Le savoir est une bonne chose; mais il ne sert de rien. La véritable science m peut s'acquérir que par la pratique. Pratique celte vérité que ton frère est semblable à toi. Marche danj l'excellent chemin de la vérité et tu comprendrai que le moi c'est la mort et la vérité l'immortalité.
68. — Koûtadanta s'écria : « Puissé-je prendre refuge dans le Bouddha, dans le Dharma et dans h confrérie! Accepte-moi pour disciple et fais-moi prendre une part du bonheur de l'immortalité! »