‹ L'Évangile du cœur de JésusChapitre 17 sur 31 · L'ESTIME · texte numérisé non relu

L'ESTIME

Etre indulgent pour l'homme, c'est beaucoup, surtout quand l'indulgence vient de Dieu. Il y aurait peut-être mieux encore, si l'on osait croire au plus grand de tous les miracles de Bonté. Quoi donc ? Ce serait que ce même Dieu trouvât dans ce même homme quelque chose à estimer, à louer, mieux encore : à admirer.

Car si le Créateur avant le péché, a pu constater, avec la satisfaction de l'ouvrier au bout de sa tâche, que « la création était bonne, » il n'en est plus tout à fait de même maintenant. Le péché a tout détérioré. Et de tous ces êtres qui sont désormais des êtres de misère, le plus misérable est certainement celui qui est à la fois l'au-

l32 l'évangile du CŒUR DE JÉSUS

teur du mal et le plus profondément atteint par lui.

Nous étions, devant Dieu, une poussière, c'està-dire quelque chose détenu, de sans valeur, mais enfin qu'une bouffée de vent soulève, qu'un rayon de soleil enveloppe de gloire. Nous ne sommes plus qu'un peu de cendre, quelque chose de triste, comme tout ce qui rappelle une ruine, de dangereux parce que mal éteint. Facti sumus tanquam immundus nos1, dit le prophète Isaïe en un mot bien difficile à traduire. Loin de mériter quelque considération, « nous ne sommes plus présentables ! »

Nous voilà, en substance. Quant à nos œuvres, que pouvons-nous bien faire qui soit capable d'émerveiller Dieu ? de nous valoir autre chose de sa part que la plus gratuite commisération ? Qu'y a-t-il en nous, dont il ne nous ait fait l'aumône • ? Quelle action pouvons-nous accomplir qui ne soit accomplie par les moyens qu'il nous fournit à mesure ? A supposer que nous puissions tirer quelque chose de notre fonds

1 1s., lxiv, 6. a I Cor., iv, 7.

de pauvreté et d'impuissance, quel besoin en aurait-il ? Quand bien même nous nous consumerions en efforts éperdus, quand même nous donnerions à son service et à sa gloire tout ce qu'il est possible à la nature humaine de donner, nous n'aurions d'autre droit que de répéter la parole del'Evangile: «Nous sommes d'inutiles serviteurs : nous n'avons fait que notre devoir ! » ' Et nonseulement nous n'avons rien apporté à la gloire et à la richesse de Dieu, mais nous devons nous estimer très honorés nous-mêmes qu'il ait bien voulu accepter nos services !

Cet état de choses — qui est le vrai, tant que Dieu n'a pas un cœur humain pour nous apprécier humainement, — nous explique bien des mystères de froideur et de dureté apparentes qui nous étonnent dans l'ancien Testament. Si Ton demande maintenant pourquoi Moïse, après tant de glorieux labeurs, est privé, à la suite d'une courte défaillance, d'entrer dans la Terre promise; pourquoi Saiil après d'héroïques combats est si facilement rejeté ; pourquoi Salomon, après de si nom-

1 Luc., XVII, 10.

1 34 l'évangile du CŒUR DE JÉSUS

breux titres acquis, est tout à coup abandonné par la grâce de Dieu, la réponse est trouvée : tant que Dieu n'est rien autre qu'une Infinie Grandeur « tout serviteur lui est inutile, tout service rendu n'est qu'un devoir strict accompli ! »

Mais attendons.

Qu'un jour vienne ou Dieu « sera comme l'un de nous. » Qu'il soit, lui aussi, petit, chétif, souffrant. Qu'il connaisse la tentation, la tristesse, la peur, le dégoût. Qu'il voie de près la faiblesse et qu'il la partage. Qu'il constate ce que coûte à la nature humaine cet effort de l'esprit qui s'appelle un acte de foi, cet héroïsme de volonté qui s'appelle un sacrifice. Qu'il ait, au surplus, un cœur bien fait pour vibrer devant tout ce qui est pathétique, émouvant, assez beau pour être inattendu de la part d'êtres aussi misérables que nous. Son attitude changera. Son Cœur trouvera dans nos cœurs de quoi tressaillir et de quoi admirer. Il ne lui suffira pas de manifester pour l'indigence humaine une sincère et bienfaisante pitié. Il concevra encore une estime positive et, plus d'une fois, vivement manifestée, pour

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les spectacles de force et de pureté que lui offrira la terre, pour les cris de foi qu'elle fera entendre, pour ses pleurs de repentir, pour ses mouvements subits de générosité, pour ses acclamations enthousiastes.

De fait, les manifestations d'estime, les témoignages d'admiration que le Sauveur a prodigués aux hommes, abondent au cours du récit évangélique.

L'histoire en commence par cette merveilleuse scène de la rencontre de Jésus et de Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain. De même que la Mère de Dieu était venue à la mère de Jean, et non pas celle-ci à celle-là, c'est Dieu qui vient à l'homme le premier, et qui lui demande le baptême. Jean- Baptiste, en voyant s'avancer vers lui Celui dont il parlait avec un sentiment d'adoration si pénétré, avec une humilité, une vénération si profonde, est ému jusqu'au fond de l'âme. Il dit un mot dont les anciens patriarches, d'Abraham à Job, auraient seuls pu comprendre l'accent : « C'est moi qui devrais être baptisé par vous, et c'est vous

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qui venez à moi ! » 4 Alors Jésus répliqua : « Laissez faire : c'est ainsi que nous devons remplir toute justice. 39 2 On dirait que le Sauveur craint que sa démarche si humble n'honore pas assez son serviteur : il ne veut pas qu'on regarde ce témoignage comme une manifestation de pure bienveillance, un hommage gratuit, et de partipris. La pensée qui l'amène auprès de Jean-Baptiste est une pensée sentie, une pensée de justice : « Sic nos decet adimplere omnem justitiam ! »

Il admire la vertu de Jean-Baptiste, il en fait lui-même un merveilleux panégyrique. Il agit de même pour la foi du centurion : « Jésus l'entendant parler, s'émerveilla et dit à ceux qui le suivaient : Vraiment, je vous le dis, je n'ai pas encore trouvé tant de foi, en Israël ! » 3 La prière de la Chananéenne lui arrache encore un cri d'admiration : f O femme, ta foi est grande ! » *

C'est qu'il juge surtout en homme ces bons mouvements des cœurs humains. Il les considère

1 Matt., m, 14. s Id., ibid., 15.

s Matt., vin, 10; Luc, vu, '• Matt.. xv, 28.

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non pas en eux-mêmes, non pas dans leur valeur absolue, mais il les voit, à des points de vue relatifs, c'est à dire très humainement. Ils surgissent d'un sol si ingrat î Ils se produisent dans un milieu si mauvais ! Ils existent à l'état de raretés si inattendues ! De ce côté leur valeur est sans mesure. C'est pourquoi son admiration grandit, s'affiche, éclate, d'autant plus qu'elle rencontre des hommes plus humbles ou plus dégradés. Il faut l'entendre le jour où il voit la veuve jeter sa maigre obole dans le trésor du temple. Il faut le voir le jour où Zachée, campé au milieu de la foule, fait sa confession publique, et crie ses généreuses résolutions. Il faut l'observer dans le temple, quand il signale la prière du publicain. Mais il y a encore mieux que cela, il y a la page divine où son cœur de Sauveur et d'ami fait comme une apothéose à la générosité du sentiment que Madeleine manifeste à son sujet : « Vois-tu cette femme ! » dit-il au Pharisien. Jusqu'à présent on ne la voyait que pour la mépriser, on ne la regardait que pour la condamner. Maintenant Jésus la montre pour qu'on l'admire :

« Il dit à Simon : Vois-tu cette femme? Je suis entré dans ta maison, tu ne m'as point donné d'eau pour mes pieds : elle, au contraire, les a lavés avec ses larmes, essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné le baiser de bienvenue : elle, au contraire, depuis que je suis entré n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu n'as pas oint ma tête : elle au contraire a versé le baume sur mes pieds !... » *

Vois-tu cette femme ! Et il ne la désigne pas seulement au respect du Pharisien, il la signale à Fadmiration et aux louanges de toutes les générations futures : « Cette femme m'a baigné de parfums en vue de ma sépulture. En vérité, je vous le dis, partout où Ton racontera cet Evangile, dans l'univers entier, on fera honneur à sa mémoire de ce qu'elle vient d'accomplir. » '

Ne pouvons-nous pas dire que Dieu est bien changé à notre égard ? Avant la création du Sacré-Cœur, il semblait à l'homme si superbe et si grand que celui-ci n'espérait pas, même innocent, apparaître pur et acceptable à ses yeux. Job, un

1 Luc, vu. 44 et <■ 2 Matt., xxvi, 12, 13.

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saint, pouvait dire : « Qui suis-je pour lui répondre, et traiter de ma conscience avec lui ? Même s'il est en moi quelque justice, je n'oserai pas répondre, et je ne pourrai que supplier mon juge ! Et si, d'aventure, il écoute ma prière, je ne pourrai croire qu'il a entendu ma voix. Il m'anéantira dans le tourbillon de sa gloire. Il multipliera mes blessures, même sans cause... Si je veux me justifier, ma propre tentative sera ma condamnation ; si je veux démontrer mon innocence, ma perversité %era confondue... » * Maintenant, un païen, une chananéenne, un modeste publicain, une humble veuve, un usurier, une pécheresse, passent sur son chemin, lui crient leur foi ou leur repentir, tombent à ses pieds, versent quelques larmes en silence, et c'est lui « l'Admirable » qui s'émerveille de l'humanité.

Et encore de quoi s'agit-il ? De grands exploits accomplis ? De promesses rares ? D'actions d'éclat ? Pas le moins du monde ! Il n'est personne qui ne soit en état de produire des œuvres analo-

Job, ix, 14-20,

gues à celles qui ont ravi de la sorte le divin Maître. Tant il est vrai qu'il apprécie désormais Thumanité avec son Cœur. Le cœur, en effet, quand il admire quelqu'un ou quelque chose consulte moins la valeur intrinsèque de l'objet admiré, que Pamour dont il est lui-même rempli. Si peu que nous donnions à qui nous aime, dès l'instant que nous sommes aimés, nous donnons toujours beaucoup, puisque nous causons la joie d'aimer.

Le mal qui est dans l'homme inspire à Jésus la pitié ; le bien, suscite son admiration. Ainsi, avec ces deux émotions opposées, l'amour deux fois gagne son Cœur.

On doit le voir de plus en plus : il ne s'agit pas ici de l'amour impassible d'un Dieu qui distribue d'une main savante une dose de bienfaits exactement proportionnée aux titres de chacun. C'est une tendresse vivante, vibrante, impressionnable à tout ce qui peut provoquer de sa part, un élan d'affection, un mouvement de générosité.

De là un caractère dans l'amour du Cœur de Jésus pour les hommes, que nous pouvons qualifier de fondamental, et qu'il faut dessiner avec des traits empruntés à l'Evangile même, si l'on

veut bien le rendre. Au surplus, nous tenons peut-être l'explication de l'un des plus grands mystères de la loi nouvelle : le mystère de la prédilection pour les moins dignes.

Si l'amour de Dieu ne s'inspire que de l'équité pure il ne saura connaître d'autre loi que cette loi effrayante pour les misérables, loi dont Jésus a fixé lui-même la formule en ces termes : « A celui qui possède on donnera encore, et il abondera ; à celui qui n'a rien, on prendra encore ce qu'il pourrait avoir. » ' Aux riches, les présents. A ceux qui jouissent de ce bonheur inestimable d'être vertueux, la joie de la récompense. Vous êtes comblé de grâces? Soyez-en accablé ! a Dieu dit à Moyse : Mes bienfaits seront pour mes protégés ! » 5

Au contraire, quelqu'un est-il surnaturellement disgracié? Est-il pécheur? Est-il mauvais ? C'est déjà, en soi, le pire des malheurs. Donc malheur à ce malheureux ! 11 sera traité selon son mérite, c'est-à-dire, il sera encore châtié !

1 Matt., xin, 12. * Rom., ix, 15.

Maintenant si, au lieu de consulter seulement la justice absolue, l'amour de Dieu vient à se faire sentimental, et à tirer son origine de rémotion, on verra tout l'opposé. La loi sera renversée. « Selon ce qui est dit en Osée : le peuple qui n'était pas le mien, je le nommerai mon peuple. Ceux que je n'aimais pas, je les appelerai bienaimés. A ceux qui n'ont pas obtenu miséricorde, je dirai : la miséricorde est pour vous ! » ' Pourquoi cela ? Parce que, dans l'ordre sentimental, plus un être est misérable, plus aussi on a pitié de lui, et plus on admire ce qu'il peut faire de bien, étant si dépourvu.

Voyez les oppositions qui résultent de ces deux manières de juger : Dieu, non incarné, ne tolère rien d'impur en sa présence 2 ; il n'est environné que de purs esprits 3 ; on ne l'approche que net de toutes souillures, * et l'on quitte sa chaussure avant de fouler la terre qui lui appartient 5 ; le Saint des Saints où il fréquente ne s'ouvre qu'une

Rom., ix, 25. 4 Exod., xix, 37.

5 Sap., vu, 25. 5 Exod., m, 5.

? Dan., vu, 10.

fois par an, à un seul homme, le grand prêtre1 ; celui qui veut lui parler, ou parler de lui, est d'abord touché aux lèvres, du charbon ardent apporté par l'archange2 ; en un mot son entourage est saint, son escorte est brillante de pureté, sa cour étincelante de gloire.

Dieu s'incarne, Dieu prend un Cœur, Dieu s'émeut. Aussitôt le spectacle change. De pauvres gens entourent son berceau, des vagabonds s'attachent à ses pas, des pécheurs s'assevent à sa table, des pécheresses conversent avec lui, prennent place à ses pieds. Tout ce qui est misérable, infirme, éclopé, disqualifié, l'environne, prend possession de lui, l'accapare. 11 n'est plus question de tant se purifier pour approcher de lui : il prend les devant et il vient, à qui ? Aux brebis perdues, aux coupables, aux déshérités de tout genre. On le rencontre sur les chemins poudreux accompagné d'invraisemblables escortes. Et encore, dans cette foule, il distingue les plus humbles, les plus discrédités, et il se déclare pour eux, au grand scandale des autres.

1 Hebr., îx, 7 . ls., vi, 6.

Car, c'est un scandale. Les adorateurs de Jéhovah qui n'ont pas encore « vu à travers son côté transpercé ' » le Cœur que ce Dieu s'est donné, n'y comprennent rien. Quand il fait tuer le veau gras en l'honneur du Prodigue qui revient, le frère aîné, le juste, ne manque pas de s'indigner et de dire : « Je vous sers depuis tant d'années, je vous ai toujours obéi, jamais vous ne m'avez donné un chevreau pour faire la fête avec mes amis, et maintenant que cet enfant-là qui a dévoré tout son patrimoine en débauches revient, vous tuez pour lui le veau gras ! » s Quand le Sauveur discerne Zachée dans la foule, et l'honore de préférence à tant de justes, en s'invitant chez lui, « ceux-ci murmurent de ce qu'il descend chez un pécheur » 3. Quand Jésus se complaît aux effusions de Madeleine qui répand, à ses pieds, ses pleurs, ses cheveux dénoués, ses parfums, son amour repentant, l'étonnement se manifeste encore : « S'il était vraiment prophète, pense le Pharisien, il saurait qui et quelle est la femme

8Joan.^ xix, 37. a Luc., xix, 7.

1 Luc, xv, 29, 30.

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qui le touche, car c'est une pécheresse. ' » On en verra bien d'autres, puisque l'Evangile aura encore à enregistrer la douce parole pour Judas, le regard miraculeux pour Pierre, l'invraisemblable sentence de justification pour le voleur crucifié sur le Calvaire.

C'est donc bien une sorte de révolution qui s'accomplit dans la divinité. Comme on le voit, elle vient directement du Sacré-Cœur et par lui, c^st-à-dire que si nous allons au cœur même de l'Evangile, nous y rencontrons le Cœur de Jésus qui en est la loi suprême et lui confère son caractère fondamental.

Conséquemment, ces paroles : « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs », qui sont l'espérance de l'immense foule humaine ; cet appel : « Venez à moi, vous tous qui peinez et( qui êtes accablés », dans lequel se rencontrent la consolation de tous les déshérités de la vie ; cet ordre : « Laissez venir à moi les petits » qui rétablit l'équilibre entre tous les hommes en faisant « des premiers les derniers, et des derniers

1 Luc, vu, 39.

les premiers », et aussi la merveille des huit béatitudes grâce auxquelles une richesse est donnée aux pauvres, un rayon de joie à ceux qui pleurent, une compensation aux victimes, tout cela, constituant l'essence même de la rénovation évangélique, doit être considéré comme l'œuvre directe et spéciale du Sacré-Cœur de Jésus.

La perfection même de l'amour de Dieu pour les hommes, se trouve ainsi accomplie par le Cœur de Jésus. Il faut entendre cette perfection au point de vue de l'appréciation humaine, car absolument parlant, l'amour de Dieu qui est Dieu lui-même ne saurait être que parfait? Mais il fallait le Cœur de Jésus pour qu'il n'y eût plus de déshérités ici-bas. En effet, PHomme-Dieu n'a pas cessé d'aimer, d'honorer et de récompenser les justes, les sages, les riches, au-delà de leurs mérites quelquefois si admirables^ Toutefois, en mesurant son amour non-seulement à la valeur intrinsèque des hommes, mais encore aux émotions et aux pitiés qu'ils lui inspirent, il a fait aux misérables, de leur misère même, un titre à ses

faveurs. Ainsi toute l'humanité, sainte ou pécheresse, s'est trouvée réellement embrassée dans L'universalité de l'amour divin. Le Cœur de Jésus, au point de vue très spécial où nous sommes, loin de diminuer la portée de la charité divine toujours infinie en soi, en a étendu le champ d'action dans le temps, et généralisé les atteintes. Qui pouvait se dire autrefois « la race élue, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple de choix r1 » Les juifs seuls. Les gentils étaient exclus du privilège. Maintenant, saint Paul le proclame d'une voix triomphante : « Il n'y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni sexe masculin ou féminin : il n'y a plus qu'une seule famille dans le Christ Jésus "* ». Jésus porte l'amour d'un Dieu dans le cœur d'un homme. Donc les uns auront le Cœur pour eux parce qu'ils méritent l'amour. Les autres auront l'amour parce qu'ils ont ému le Cœur. Les sages ont pour eux l'amour, les ignorants ont pour eux le Cœur ; les saints jouissent des faveurs de l'amour, les pécheurs bénéficient de la compassion du Cœur ; l'amour se corn- 1 1 Petr., 11, 9. : Gai., m, 28.

plaît dans les riches qui se font les ministres de ses libéralités, le Cœur est acquis aux pauvres parce qu'il compatit à leur indigence. Et ainsi de toutes les oppositions humaines qui toutes se retrouvent bénies, aimées, adoptées par cet amour qui ne fait qu'un avec ce Cœur, ou par ce Cœur qui ne fait qu'un avec cet amour.

Et quoique l'amour fût éternel, il ne devait arriver à cette miraculeuse universalité dans ses effusions que par l'adjonction d'un cœur. C'est pour cela que les chrétiens professent un culte si ardent, et prodiguent des adorations si enthousiastes, au Cœur humain que la charité divine s'est donné dans l'Incarnation.

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