LE CCEUR DE DIEU
l'Evangile. La parenté, la vraie parenté est donc beaucoup plus une question de cœur qu'une affaire de consanguinité.
Ne faut-il pas en conclure que si le Verbe s'est fait chair pour entrer dans notre grande famille adamique, les sentiments qu'il a revêtus avec notre nature ont plus fait pour son union avec nous que l'adoption de cette nature elle-même ? En d'autres termes, par une impossible hypothèse, le Verbe qui eût pris notre corps, mais qui « n'eût pas habité parmi nous », qui n'eût pas été l'hôte affectueux, simple et fraternel de l'humanité, aurait été beaucoup moins nôtre, que ne fut •Dieu, par exemple, lorsqu'il communiquait avec l'homme dans l'intimité paternelle de l'Eden. Saint Paul exprime quelque chose de cette pensée lorsqu'il dit, à propos du sacerdoce exercé par le Christ : « Tout pontife doit être un homme... afin qu'il puisse compatir à nos ignorances et à nos erreurs, ' » afin que, sans y tomber lui-même, il les comprenne davantage pour mieux les guérir. Le Verbe a donc pris la nature humaine pour
1 Hebr.. v. 2.
« compatir. » Il a voulu acquérir en elle le moyen de sentir comme nous. C'est-à-dire qu'il a revêtu un corps et une âme semblables aux nôtres, parce que c'était le moyen d'avoir un cœur tout à fait humain.
Avec ce Cœur, désormais, il fait mieux que savoir ce que nous sommes, il le sent. Avec ce Cœur, il nous aime toujours dans une mesure divine, seulement il ajoute à cette mesure divine un mode nouveau : il est l'un des nôtres. Et si, par l'ensemble de sa nature mortelle, il a pour jamais adapté l'infirmité de l'homme à la sainteté de Dieu, par son Cœur pris en particulier, il a pour jamais adapté l'amour infini de Dieu au* besoins très spéciaux de la misère humaine.
Les conséquences de cette nouvelle manière d'être sont prodigieuses. Elles constituent ce que l'on peut appeler la révolution évangélique.
Ce n'est plus désormais l'autorité seule de Dieu qui dicte à l'homme infirme et chétif des ordres devant lesquels celui-ci n'a qu'à trembler. C'est la misère de l'homme qui, pénétrant dans le Cœur de