LA FAIBLESSE I
vers ses juges et ses bourreaux de la plus légère intimidation? En dehors de ce qu'il a dû affirmer pour le salut de tous, et aussi pour qu'il fut bien entendu que, Dieu, il mourrait spontanément, « qu'il était immolé de son propre consentement », à quel moment de sa vie ou de son martyre, a-t-il mis en ceuvre,pour se défendre, sa puissancesurlanature, contre les méchants, envers la mort? S. Pierre l'a vu souffrir, et il expose, en un passage des plus pénétrants d'émotion et de tendresse, la docilité avec laquelle la Victime s'est abandonnée sans résistance, en même temps qu'il en découvre le secret : « Maudit, il ne maudissait pas ; frappé, il ne menaçait pas, mais il se livrait à l'injustice de ses juges, portant nos péchés dans sa chair jusque sur la croix. Il fallait, en effet, que nous devinssions morts au péché pour vivre à la justice, et ses plaies vous ont guéris1 ! »
Or, cela est seulement un côté de l'état de faiblesse dans lequel le Rédempteur s'est constitué
I Pet., ii, 23, 24.
par amour pour nous, c'est-à-dire sous l'inspiration de son Cœur. Il y a un autre aspect, une autre faiblesse qui relève plus directement de ce Cœur et le manifeste d'une façon plus caractéristique et plus immédiate.
Jésus n'a jamais su résister ni à un bon sentiment,^ à une prière.
Il a semblé en avoir la velléité quelquefois : notamment aux noces de Cana, avec la chananéenne, peut-être ailleurs encore. On a senti à la façon dont les dialogues s'engageaient, que la cause plaidée n'était pas gagnée d'avance, que la prière se heurtait à une résistance quelconque. Tant mieux. S'il y a conflit, il y aura la victoire de l'une des parties et la défaite <5e l'autre. On saura mieux où est la force, où est la faiblesse. Et en apprenant qu'il y a dans l'Incarné une absolue impossibilité de résister à la misère, à l'humilité, à l'imploration, on apprendra qu'il a vraiment un cœur, un vrai cœur qui ne sait pas se défendre !
On ne saurait expliquer par une autre raison les objections qu'il oppose, ou les attitudes défa-