L ABNEGATION I 7 I
devenu un bien, une faveur, il n'est rien en lui qui ne soit une plaie, une meurtrissure, une douleur. « De la plante des pieds au sommet de la tête, tout est en lui douleur ! » ' dit le prophète.
Qui ne reconnaît là une corrélation évidente entre les grâces dont il nous comble et le prix que chacune d'elle lui coûte ? Au surplus, cette corrélation a été formellement reconnue par l'Evangile même. « Le soir était venu, raconte Saint- Mathieu, on apporta aux pieds de Jésus beaucoup de possédés : d'un mot il chassait les démons, et il rendit aussi la santé à de nombreux malades. C'était l'accomplissement de la parole d'Isaïe : il a pris sur lui-même nos infirmités et il a porté le poids de nos maladies. » *.
Il est donc avéré que tout soulagement, toute grâce, toute rédemption, étant le fruit des souffrances du Sauveur, il n'est aucun de ces biens que nous ne devions à la générosité dévouée de son Cœur qui nous a aimés assez pour nous combler de consolations qui lui coûtaient si ther.
1 ls., is 6. ' Matt., vin, \6, 17.
En vérité serait-il excessif de penser à son Sacré-Cœur, c'est-à-dire à son abnégation dans l'amour, toutes les fois qu'une consolation nous est accordée ? En souvenir du Créateur auquel son oeuvre n'a rien coûté, Saint Paul peut dire le plus logiquement du monde : « La terre et ses richesses appartiennent à Dieu... quoi que vous fassiez, que vous mangiez ou que vous buviez, rendez-en toujours gloire à Dieu. » ' En souvenir de la Passion du Sauveur et de son Cœur qui a spontanément payé, de tant de douleurs et de privations, la restitution de tout ce que son Père avait créé, quelle ne doit pas être la vivacité et la continuité de notre reconnaissance ?
1 I Cor., x. 26, 31.