‹ L'Évangile du cœur de JésusChapitre 29 sur 31 · L'INNOCENCE · texte numérisé non relu

L'INNOCENCE

« Mon père, savez-vous comment Notre-Seigneur a traité aujourd'hui mon âme? Il agit envers moi comme une tendre mère envers son enfant. Une mère tend les bras de loin à son enfant pour exciter son désir, et quand le petit enfant a versé quelques larmes, elle lui sourit, l'enlève dans ses bras, le presse sur son cœur et lui donne son lait. Notre-Seigneur a fait de même pour moi. Il m'a montré de loin la plaie de son côté, et le désir que j'ai ressenti d'y presser mes lèvres m'a fait pleurer à chaudes larmes. Il a semblé d'abord sourire à mes pleurs, puis il s'est approché de mon âme, il l'a pressée sur son Cœur, enfin il a placé ma bouche sur sa plaie sacrée et mon âme a pu satisfaire son désir de se cacher dans ce Cœur et d'y puiser des consola-

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tions célestes. Oh ! si vous saviez, vous seriez surpris que mon cœur ne soit pas consumé d'amour, et que je n'aie pas cessé de vivre après avoir ressenti les ardeurs d'une telle charité. »

Ainsi parlait sainte Catherine de Sienne au P. Thomas délia Fonte, son confesseur.

Il est écrit, en effet : Celui qui garde son cœur pur aura l'amitié du Roi. ' De quel roi, sinon du roi des cœurs?

Il faudrait bien se garder de croire que les privilèges dont bénéficient les pécheurs, leur sont accordés au détriment des justes et des saints. Les uns. et les autres ont une place de choix dans l'amour du Sauveur. Ils l'ont à des titres divers, voilà tout. Le médecin, l'avocat, la victime expiatoire qui sont en Jésus appartiennent d'abord aux déshérités et aux coupables. Il est leur bien par. sa fonction. Mais par sa nature immaculée, par le sens exquis de la grâce qui le remplit, par le goût pour tout ce qui est chaste que met enlui le Verbe, l'Homme-Dieu est attiré vers les justes. La pitié fait passer les pécheurs les pre-

a Prov., xxii, 1 1 .

miers, parce qu'elle va au plus pressé ; la nature donne aux saints les adorables privautés, parce qu'ils sont les amis de toujours. Ici un attrait, là une mission. On ne doit pas oublier que si le Cœur de Jésus est humain, c'est-à-dire ému de tout ce qui dégrade l'homme ou le fait souffrir, il a aussi en lui « l'effluve de la vertu de Dieu, l'émanation sans mélange de la clarté divine, cette clarté qui ne supporte la présence d*e rien d'impur, et encore la candeur de l'éternelle lumière, le miroir sans tâche de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté \ »

Allons au fait, je veux dire au fait évangélique. Il nous instruira mieux et d'une façon plus certaine que tout raisonnement. Quand le frère aîné du Prodigue, prenant la parole au nom de tous ceux qui seraient tentés de jalousie pour les faveurs octroyées aux coupables, se plaint et dit son mot déjà cité, le Père de famille lui répond : « Mon fils, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui m'appartient est à toi. Mais il fallait bien

1 Sap., vu, 25, 26.

festover et se réjouir, puisque ton frère était mort et il est ressuscité ; il était perdu et il est retrouvé ! ' »

<i Tu es toujours avec moi, et tout ce qui m'appartient est à toi ! » Telle est donc la formule qui définit la part des âmes innocentes dans les effusions et les faveurs du Cœur divin. Les réalités ont-elles attesté la vérité de la formule? L'Evangile nous le montrera puisque, dans les pérégrinations du Sauveur à travers la foule pécheresse, une escorte de justes Ta toujours accompagné.

Comment les a-t-il aimés ?

Tout au commencement de sa vie, il s'est donné comme un trésor, un trésor vivant, aimant, caressant, à la première des âmes saintes, à Marie. Le drame rédempteur a commencé par une idylle de paradis, dont toute la suavité tient en ces quelques mots : « Mon bien-aimé est à moi. En attendant que le jour expire, et que les ombres s'allongent, il se délecte au milieu des lys. * » Peut-on rêver un plus exquis mvstère de tendresse, voilé d^ne allégorie plus transparente ? En attendant

1 Luc., xv, 31, 32. '' Cant., 11, 10.

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les jours sombres, les heures noires, le Bien-Aimé s'enivre d'amour et de virginité sur le cœur immaculé de sa mère. 11 boit la candeur de son lait, il respire l'haleine de son innocence. Chez l'enfant divin blotti dans les bras de l'Immaculée, comme une abeille au fond d'un lys, et chez le Rédempteur bienveillant qui protège la pécheresse effondrée à ses pieds, le même cœur bat. Mais, de ces deux femmes, qui ne peut prévoir celle qui sera un jour, à l'unanimité des générations futures, proclamée bienheureuse ?

A côté de la Vierge-Mère veille un homme qui partage avec elle l'honneur quasi-divin de le posséder jusqu'à sa virilité. C'est Joseph. Après Dieu et Marie, il n'est au ciel, ni sur la terre, de gloire et de joie comparables à la gloire et à la joie dont il est comblé. Celui-là aussi peut dire : « le Bien-Aimé est à moi ! » ' Qu'a-t-il fait pour cela? L'Ecriture admirablement commentée par Bossuet, le demande: Justus autem quid fecit?* Il n'a rien fait. Pauvre, il n'a rien pu faire avec l'argent. Obscur, il n'a rien pu faire avec le prestige. Silencieux, il n'a rien pu faire avec la parole.

1 Cant., v, 2. 2 Ps. x, 4.

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Humble, il n'aurait pas osé. Alors qu'est-ce qui lui vaut les ineffables privautés du Cœur divin ? Son titre : il est juste, c'est-à-dire pur. Cela suffit. Le Cœur de Jésus lui est conquis.

Un autre homme apparaît au commencement de l'Evangile, qui tient devant la foule la place d'honneur, comme Marie et Joseph la tiennent au foyer. C'est Jean-Baptiste. On peut citer sans -crainte Jean-Baptiste comme un exemple de très rare sainteté. Sans doute, pour cette raison, il eût auprès du Sauveur une place absolument unique. 11 fut la lampe luisante, parce qu'il fut la lampe ardente. Le feu d'abord, l'éclat ensuite. « Tout ce qui est à Jésus, est d'abord à lui1, » puisque dans le futur royaume, on le prend, dès le début, pour le Messie. Mais ce n'est point assez. Il faut encore que le Cœur du Maître manifeste son inclination pour le Précurseur qui fut à la fois si pur, si humble, si dévoué. De là, les dialogues fraternels, pénétrés, dont les paroles s'échangent tantôt sur les rives du Jourdain, tantôt par-dessus la tête

1 Luc, xv, 3 ; .

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des foules qui entourent et le Précurseur et son Christ ! Entre Jean-Baptiste qui donne à l'Agneau de Dieu incliné sous sa main, le baptême de Peau, et le bon larron qui reçoit du même Agneau immolé le baptême du pardon, quel est celui que le Cœur de Jésus honore davantage et dont on pourra dire avec plus de vérité : « Parmi ceux qui sont nés de la femme, il n'en a point surgi déplus grand ' ! »

La suite des justes continue dans l'Evangile.

Voici le pieux vieillard Siméon, voici Anne la prophétesse. Dès l'instant qu'il est bien constaté que leur longue existence est une longue persévérance dans la vertu, 2 ils auront leur part de tendresse. Ils prendront le Petit Enfant dans leurs bras tremblants et crieront leur joie d'une voix sénile. Cette joie n'aura rayonné qu'un instant. Qu'importe si elle estassez immense pour remplir, à la faire déborder, l'urne entière de leurs jours présents, passés et à venir? Or, elle va bien audelà, puisque le seul cantique de Siméon en exprime assez pour que toutes les générations se

1 Matt., xi, ii. - Luc, II, 25., 57.

délectent à en savourer l'arôme en le répétant à l'infini !

Peut-on regarder comme une demeure de justes la maison de Lazare et de Marthe ? Il semble que oui. Lazare et Marthe valent, aux yeux de notre piété, Joseph d'Arimathie à qui ce qualificatif de juste est donné par l'Evangile. Aussi, après l'adorable demeure de Nazareth, nous ne connaîtrons que deux maisons où dormit accidentellement Celui qui n'avait pas une pierre où reposer sa tête — tout comme la colombe de l'arche qui, à la fin du déluge, ne trouvait pas un point assez propre pour v poser le pied. C'est la maison de Béthanie, puis c'est le sépulcre neuf de Joseph d'Arimathie. De Jésus séjournant à Béthanie, il est écrit : « Jésus aimait Lazare1. » De Jésus couché dans le tombeau du vertueux Joseph d'Arimathie, il est écrit: « Je dors, mais mon Cœur veille' î »

Pour achever la beauté de toutes ces innocences — absolues ou relatives — gratifiées de cette douce familiarité du Sauveur, l'Evangile enregis-

1 Joan., xi, 5. l Cant., v, 2.

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