‹ L'Évangile du cœur de JésusChapitre 8 sur 31 · PS. LX1II · texte numérisé non relu

PS. LX1II

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cription de l'allure à laquelle il s'est « avancé » vers le monde ?

Il faut vraiment reprendre un par un chacun des traits qui caractérisent ainsi la force morale, si Ton veut avoir sous ce simple aspect la physionomie de son Cœur.

Au-dedans, le cœur marque l'état de royauté ou d'asservissement dans lequel l'homme se trouve vis-à-vis de ses passions, selon que les mouvements passionnels affolent ou laissent calme ce cœur. C est la. raison pour laquelle il est dit que Dieu quand il veut connaître l'état d'une conscience « renardeau cœur1 ». Aussitôt, en effet, qu'un homme s'abandonne à l'orgueil, à la colère, à la luxure, son cœur en subit le contre-coup. Physiquement ou moralement, qu'il soit viscère ou conscience, il en est également agité. Par contre, il demeure paisible au contact de tout ce qui peut soulever, nourrir ou servir la passion, dès qu'il est imprégné d'une force supérieure aux instincts mauvais de l'humanité. Et voilà comment

1 I Reg., xvi, 2; Ps. vu, 10.

au milieu de toutes les faiblesses du cœur humain signalées par l'Ecriture, en face de ce monde mauvais parce que les cœurs y sont le jouet des tempêtes soulevées par les instincts, « l'Homme au grand cœur » prophétisé par David, s'avance et livre son secret : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur1... » c'est-à-dire que mon cœur domine toute suggestion d'orgueil, tout entraînement de colère. Ailleurs, dans la proclamation des huit Béatitudes, il a complété, d'une façon' indirecte mais très claire, rénumération des forces mauvaises sur lesquelles règne inaccessible et souveraine, la force cachée en son Cœur. Nous savons, en effet, que le Sermon sur la montagne qui renferme vraiment l'or le plus pur de renseignement évangélique, « l'homme bon » qui nous l'a donné, « l'a tiré, du bon trésor de son Cœur2. »

Faut-il trouver encore dans l'Evangile non plus la proclamation de cette force intérieure qui résidait au Cœur de Jésus, mais sa manifestation ex- Matt., xi, 29. ' Luc, vi 45.

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presse? Laissons de côté toutes les circonstances dans lesquelles le Sauveur nous apparaît dominant d'une façon vraiment royale et divine les passions qui d'ordinaire asservissent le cœur humain. Quand il se dérobe aux triomphes qu'on veut lui faire % quand il échappe à ceux qui lui offrent d'être leur roi ', quand il nous ravit par sa mansuétude, là où les plus violentes indignations nous paraîtraient cent fois justifiées3; quand il peut mettre la plus acharnée des malveillances au défi de relever la moindre tache dans sa vie *, c'est bien la royauté de son Cœur sur toutes les passions qu'il nous révèle en plein et réel exercice. Mais en ces manifestations diverses, l'effort de « l'homme au grand cœur », pas plus que son cœur physique, en tant qu'organe associé à l'effort, ne nous apparaissent assez. Il nous faut mieux. Il nous faut une scène dans laquelle l'athlète se révèle peinant, gémissant, remportant l'héroïque victoire après un combat assez épique

1 Joan., vi, 15. 3 Matt., xxvi, 6}.

5 Matt., xiv, 23 ; Marc., 4 Joan., vin, 46.

Vlj 46.

pour qu'il ne soit au monde aucune lutte digne de lui être comparée. Nous voulons voir cette Force divine aux prises avec ce que le mal peut lui opposerdeplus infernal, déplus terrible. Quand nous aurons vu le combat, compris l'acharnement et la vigueur de l'adversaire, entendu le souffle oppressé du lutteur, nous pourrons estimer le triomphe, et à son prix juger la Force du vainqueur.

C'est assurément pour nous fournir ce difficile document — puisqu'il s'agissait de rendre visible une lutte purement morale — que l'Evangile nous expose, avant le spectacle de la Passion brutale et sensible du Vendredi, l'agonie du Jeudi saint.

Il suffit de relire cette première tragédie tout intime, pour comprendre que l'Esprit-Saint en nous la racontant avec tant de clarté dans l'exposition et de minutie dans le détail, a voulu nous révéler le côté intérieur de cette Force du Christ qui devait, le lendemain, se manifester si divinement.

Car tandis que le Christ agonisait au jardin des

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Olives, « un filet de sang transsudait de ses membres et courait sur le sol 4 », chassé violemment par le Cœur, lequel semblait ainsi écrire lui-même sur la poussière ou le rocher : « Celui qui soutient à cette heure l'effort du grand combat, celui qui sue, celui qui saigne, c'est bien moi ! »

1 Luc, xxii, 44.

Si Jésus-Christ règne sur le monde, c'est par son Cœur.

Saint Thomas d'Aquin pour expliquer comment la royauté du Christ s'étend sur tous les hommes, y compris ceux qui n'obéissent pas à l'Evangile, établit une distinction fort juste. « Tout est soumis, en droit, dit-il, à la puissance du Christ, quoique tout ne le soit pas encore de fait1 ». Le pouvoir existe, il n'est encore exercé qu'en partie. Ces deux points sont acquis. Quel est le rôle du Cœur de Jésus dans la constitution et dans l'exercice de sa royauté ?

De part et d'autre son Cœur a tout fait.

Il est à l'origine de ce droit à la domination universelle, à la royauté sur tous.

1 Illa, Quœst. x, Art. 4.

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Le cœur était encore le seul point vivant de la sainte humanité du Christ, quand, les prophéties étant réalisées par sa conception dans le sein de Marie, son droit à la souveraineté se trouvait, de ce fait même, consacré.

Dès le premier instant qu'il eût une nature humaine, mais alors seulement, le Verbe incarné put s'appliquer le texte de David : « Pour moi, j'ai été établi roi sur Sion, la sainte montagne. Le Seigneur m'a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui. Demande-moi, je te donnerai les nations en héritage, et les limites de la terre pour patrimoine1 ». Il suffit que son Cœur physique commençât à battre : il devenait, suivant le mot de S. Paul : « Le fils constitué héritier en toutes choses ' ».

Cette royauté est loin de n'être que figurative ou d'un ordre purement mystique. Aucune souveraineté temporelle n'est, en droit, aussi réelle et aussi absolue. Nous verrons plus loin comment il plaît au Christ de l'exercer. En attendant, il n'a pas laissé de l'affirmer comme un pouvoir sans

1 Ps. ii 8. '; Hebr., i, 2.

prescription et sans limites sur terre. Il Ta déclaré au représentant de la plus haute et formidable autorité terrestre de son temps. Quand Pilate lui demanda : « Tu es donc roi? » il obligea dans la personne de Pilate, l'empire romain à prendre acte de sa réponse : « Tu le dis, je suis roi* ! »

A quelques jours de là, organisant pour la première fois son royaume, il en détermina l'étendue et la durée. L'étendue : « Toute puissance, dit-il à ses apôtres, m'a été donnée dans le ciel et sur la terre"... Allez de ma part à toute créature3... » La durée : « Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles*. » On le voit, il n'y a de limitation ni dans l'espace occupé par son domaine, ni dans la nature des sujets, ni dans la perpétuité de son règne.

Au cours de son Encvclique pour la consécration du genre humain au Très Sacré-Cœur de Jé- Jésus, le Souverain Pontife Léon XIII écrit ces

1 Joan., xvni, 37. 3 Id., ibid.

2 Matt., xxviii, 18. 4 Matt., xxvm, 20.

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lignes, toutes d'Ecriture Sainte et de tradition catholiques.

«Jésus-Christ commande non seulement en vertu d'un droit naturel et comme Fils de Dieu, mais encore par la force du droit acquis. En effet, « il nous a arrachés à la puissance des ténèbres1 » et, en outre, « il s'est livré 'lui-même pour la rédemption de tous5 ». Non seulement les catholiques et ceux qui ont reçu régulièrement le baptême chrétien, mais tous les hommes, ensemble et individuellement, sont devenus pour lui « un peuple acquis 3 ». Aussi, saint Augustin dit-il avec beaucoup de raison : « Vous cherchez ce que Jésus-Christ a acheté ? Voyez ce qu'il a donné et vous saurez ce qu'il a acheté. Le sang du Christ est le prix de Tachât. Quel objet peut être équivalent ? Lequel., sinon le monde entier ? Lequel, sinon les nations ensemble? Un tel prix ne peut avoir été pavé que pour la totalité de Punivers 4. »

Le raisonnement de S. Augustin nous amène

« Col., i, 13. 1 I. Petr., 11, o.

" I. Tim., n, o. '• Tract., xx, injoan

LA FORCE EXTÉRIEURE 6l

à une autre conclusion qui est pour nous d'une portée inestimable. En effet où est l'origine du droit acquis par le Christ sur l'univers ? Dans son sang répandu, nous atteste le grand docteur. Et maintenant, d'où est venu ce sang?

De son Cœur.

On le voit : qu'il s'agisse de son droit de naissance, ou de son droit de conquête, si nous voulons en voir la source c'est toujours vers son Cœur qu'il nous faut regarder.

Le sceptre, la pourpre, la couronne, qui sont en si grand honneur dans les royautés terrestres ne sont jamais que de fragiles symboles, de purs signes conventionnels. Les princes et les peuples leur prêtent cependant une importance extrême, car, sans eux, que reste-t-il de la majesté royale ? Les courtisans, les ministres, les cortèges, et tout l'appareil compliqué, imposant, des formules et des formalités administratives, ne sont que procédés artificiels, des expédients, des fictions, dont le but est de masquer ou de suppléer la vanité ou la faiblesse réelle de tout pouvoir purement humain.

Sans l'apparat des ministères et la pompe des cours, que resterait-il de telle ou telle souveraineté ? Le prestige des princes terrestres ne leur vient que du dehors : il est emprunté à des souvenirs d'ancêtres, il est usurpé sur l'ignorance d'un peuple, il est prélevé sur l'intérêt de tous, il est octroyé comme une aumône par Dieu. Il ne procède pas de la vertu intime ou de la supériorité personnelle de celui qui commandeet qui n'aurait pas de peine à trouver parmi ses sujets des centaines d'hommes plus dignes ou plus capables que lui de tenir les rênes d'un gouvernement.

Il en va tout autrement avec la royauté du Christ. Elle procède de son propre fond. Il en a le droit, la vertu, la puissance dans son Cœur, car ce Cœur ne renferme pas seulement le principe et la source de sa royauté sur le monde, il en constitue la grandeur et la force spéciale, le caractère unique, incomparable.. C'est parce que la souveraineté de Jésus n'est pas empruntée du dehors, mais s'impose par la noblesse même et la générosité de son Cœur, qu'elle n'a besoin d'aucun vain prestige, d'aucun faste princier pour s'affirmer

devant le monde. Un grand et touchant mystère nous est ainsi expliqué. Quelques heures avant sa mort, des soldats et des valets Payant à leur discrétion, mirent sur sa tête une couronne douloureuse, sur ses épaules une pourpre ridicule, dans ses mains un fragile morceau de bois, et crurent pouvoir ainsi railler sa royauté. Mais comme cette royauté ne dépend ni de l'or dont on fait un diadème, ni de la teinture dans laquelle est trempé un manteau, l'humanité entière a stigmatisé la grossièreté de ces ignorants qui ne comprenaient rien à ce Roi, et elle n'a pas cessé depuis de venir s'agenouiller avec des adorations et de l'amour au pied du « Roi des Juifs », précisément parce qu'il n'a pas d'autre couronne, pas d'autre pourpre, pas d'autre diadème que ceux-là.

En vérité, il est sans ornement et sans cortège, mais qu'en a-t-il besoin, puisqu'il porte, Lui, sa royauté dans son Cœur ?

Quand même il n'aurait plus d'apparences, plus de beauté, plus d'honneur, au sens humain de ce mot ; même dépouillé de tout vêtement, même crucifié comme un bandit, même enseveli

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comme un cadavre, il demeure assez fort, assez grand, assez glorieux, pour avoir droit aux hommages du ciel et de la terre. C'est même dans ce sacrifice de tout, commencé par un baiser de traître et fini par un coup de lance, qu'on voit mieux comment «toute sa beauté est au-dedans de lui1». Voilà pourquoi les millions de voix qui chantent sa gloire dans le ciel, l'exaltent dans son état « d'agneau immolé », c'est-à-dire dans l'état le plus contraire à cette grandeur humaine où tout est forfanterie et clinquant, parce que tout y est mensonge et vanité :

« Et j'entendis la foule des anges qui entoure le trône, et les animaux symboliques, et les vieillards criant de toutes leurs forces et par leurs millions de voix : Il est digne l'Agneau immolé que Ton chante pour lui, vertu, divinité, sagesse, force, honneur, gloire, bénédiction ! Alors toute créature qui vit dant le ciel, sur terre, sous le sol, dans la mer, tous les êtres répondirent : A celui qui trône et à l'Agneau, bénédiction, et honneur,

1 Ps. xliv, 14.

et gloire et puissance dans les siècles de siècles ! Et les quatre animaux symboliques dirent : Amen ! Et les vingt-quatre vieillards tombèrent la face contre terre, pour adorer le Vivant dans les siècles des siècles1 !

Ainsi triomphe dans le ciel la royauté du Cœur de Jésus.

1 Apoc., v, 12-14.

GSp

Mais, est-ce bien par la force de son Cœur, que Jésus fait prévaloir sa volonté, ou, si Ton préfère, car c'est tout un, la volonté de son Père sur Phumanité ?

Il y a trois manières de faire prévaloir sa volonté au dehors.

La force brutale.

La persuasion.

L'amour.

Le premier de ces trois moyens est en opposition absolue avec le troisième.

Le second est de nature différente. Il est Faction d'une intelligence sur une autre intelligence.

Le troisième procède formellement du cœur, au sens moral de ce mot, et il vise directement les cœurs.

Or, Jésus ayant à imposer son règne au monde, a commencé par répudier la violence comme moyen d'asservissement. Il n'a voulu aucune coaction, ni de la terre1, ni du ciel\ Il n'a voulu de la force matérielle ni pour châtier le blasphème, ni pour protéger sa vie, ni pour empêcher le maL

L'Evangile en fait foi \

Il a relégué au second plan l'usage de la persuasion, au sens de la sagesse humaine, selon les règles de la philosophie. L'Evangile l'atteste encore4. On sait avec quelle force saint Paul, le subtil et profond raisonneur, a mis en relief cette loi du christianisme qui confond par la simplicité, par le paradoxe et la folie, l'orgueil de l'esprit et les prétentions des sophistes de toute école 5.

Il a, par contre, réduit tout le procédé de conquête évangélique à cette formule d'amour déjà

1 Luc., xxn, 49 ; Joan., 3 Matt., xi, 25 ; Luc,

XVlll, II. X, 21.

2 Luc, ix, 55 ; Matt., 4 Id., ibid.

xxvi, 53. 5 ICor., 1, 27 ; 11, 4 ; m,

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