‹ L'Evangile et l'Apocalypse de PierreChapitre 15 sur 19 · Zahn, Gesch., II, p · texte numérisé non relu

Zahn, Gesch., II, p

ιζ' Περίοδοι καὶ διδαχαὶ τῶν ἀποστόλων 2. (1b., IT, 299) :

a’ ᾿Αποχάλυψις Ἰωάννου στίχ. du’

δ' Εὐαγγέλιον χατὰ 'Ἑδραίους στίχ. fo

De cette liste, rapprochée de celle du Claromontanus, il ressort que l'apocalypse avait 270 ou 300 lignes : si l’on compte 36 lettres par ligne (moyenne du vers d'Homère), on voit que notre fragment forme près de la moitié de l'opuscule : il ἃ 132 « stiques », d'après mon estimation,

au n° siècle qu'elle ἃ eu son plus grand succès ; à partir du 1v° siècle, elle ἃ été exclue des collections officielles, tout en conservant dans certaines provinces, notamment en Palestine, des partisans assez nombreux pour qu'elle ne füt pas purement et simplement rejetée.

Notre apocalypse est antérieure au milieu du u° siècle : cette indication, fournie par le canon de Muratori, ne nous parait guère pouvoir être précisée avec certitude, pour le présent du moins. Nous nous bornerons donc à suivre pas à pas notre texte en indiquant au fur et à mesure les passages parallèles qui pourront, après une étude plus approfondie, jeter quelque lumière sur les origines du nouveau document.

Le fragment découvert à Akhmim se compose de deux parties : 1° un discours apocalyptique de Jésus, dont il ne reste que quelques lignes (1-4) ; 2° une double vision dans laquelle les disciples contemplent d’abord le séjour des justes (5-20), puis le « lieu du châtiment » (21- 35). Était-ce là le cadre de l'apocalypse tout entière? Ce n'est pas impossible (νου. p. 93 s.), bien qu'alors on ne voie guère où pouvaient se placer les deux passages cités par Macaire sur le jugement de la terre et sur l’anéantissement du ciel (cf. Schürer, Theol. Lait. Ztq., X VIII, 2, col. 37).

: Dans la première phrase qui nous ait été conservée du discours eschatologique, Jésus annonce qu'il viendra beaucoup de faux-prophètes : cette prédiction du Seigneur est très fréquemment reproduite dans toute la littérature chrétienne primitive; on la trouve non seulement dans Mt. (24, 11) et dans Mec. (13, 22), mais dans 1 Jean 4, À et dans une foule de passages des Pères (réunis par Resch, Agrapha, p. 173 ss., 249 ss., 282 ss.) : elle est faiteici dans des termes qui rappellent surtout la deuxième -épitre de Pierre (ψευδοπροφῆται, 2 P.2,1 cf. 3, 3; ὁδούς, 2, 2. 15; τῆς ἀπωλείας, 2, 4). Comme en dehors de ces passages 1l y a un assez grand nombre d'autres analogies entre les deux écrits !, on se demande si l’un d’entre eux ne dépend pas de l'autre. Un trait parlerait en faveur de l'originalité du nouveau

1. Voyez surtout : δι᾽ οὖς ἣ ὁδὸς trs ἀληθείας βλασφημηθήσετα! (2,2 cf. 12) — AP 22: à δδὸς τῆς διχαιοσύνης (2, 21) — AP 22 cf. 35; les termes αὐχμηρός (1, 19 = AP 21}; χυλισμὸν Bop6dpou (2, 22 — AP 23 s. 31), dans 2 P.2, 9 on peut retrouver les idées développées dans les deux visions de l'apoc. : οἷδεν χύpros εὐσεόδεῖς ἐκ πειρασμῶν ῥύεσθαι, ἀδίχους δὲ εἰς ἡμέραν χρίσεως χολαζομένους τηρεῖν. L'idée que les méchants doivent être punis différemment selon leurs crimes pourrait se déduire de 2 P.2,12 : ἐν τῇ φθορᾷ αὐτῶν wat φθαρήσονται. Comparez encore 2 Ρ, 2, 1. 3. 14 avec AP 2; 2, 17 avec 21 (l'idée pourtant est antérieure); 2, 20 avec 35; 3, 10. 12. 13 avec les passages cités par Macaire.

texte : c'est que, tandis que l'épître prend à tâche de défendre la croyance au retour du Seigneur contre de modernes critiques, l'apocalypse en est encore à l’ancien point de vue juif : elle déclare que Dieu (et non le Christ) viendra faire le jugement.

. Ces faux-prophètes seront « des fils de perdi- ‘tion » : cela veut-il dire qu'ils seront des Antéchrists (d'après 2 Thess. 2, 3; ον. Nicod. 20, 8 Tisch., p. 327) ? Rapprocher en ce cas 1 Jean 2, 18. 22 ; 4,3; 2, Jean 1.

La caractéristique des chrétiens rappelle les béatitudes, surtout d'après Luc (6, 21 ss.), mais aussi Hén. 108, 7-9. Et la peinture des élus dont les corps sont plus blancs qu'aucune neige (mot pour: mot Hén. 14, 20 texte grec ; cf. aussi Hom., //., 10, 437) et plus rouges qu'aucune rose, ressemble fort au portrait de Noé que l’on troùve dans l’'appendice du même livre (106, 10 οἱ 2).

Le Seigneur termine son discours en invitant ses disciples à aller prier avec lui sur la montagne; ce trait rappelle divers passages des synoptiques, notamment Luc 9, 28. Ce n'est pourtant pas de la transfiguration qu'il s’agit ici; 1] est même fort douteux que la scène se passe pendant la vie terrestre de Jésus; car les ouvrages analogues, le Testament de

Christ !, l'apocalypse de Jean (Tisch., Apoc. Apocr., pp. 70-93), ne placent qu'après la résurrection les révélations suprèmes du Seigneur à ses disciples.

La majeure partie du fragment (5-35) est occupée par la description du séjour des justes et de celui des damnés. Chose étrange, 1] n'est question dans tout ce morceau ni de jugement ni de résurrection : il n’est pourtant pas douteux pour moi qu'il s'agisse ici des demeures réservées aux bons et aux méchants aussitôt après la mort; en effet, lorsque Pierre demande au Seigneur à quel « éon », c’est-à-dire à quel

1. Le titre exact de l'ouvrage conservé en syriaque est : Βιδλίον Κλήμεντος πρῶτον τὸ καλούμενον διαθήκη τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ " οἱ λόγοι οὺς μετὰ τὸ ἀναστῆναι αὐτὸν ἐκ νεχρῶν ἐλάλησε τοῖς ἁγίοις ἀποστόλοις αὐτοῦ (d'après la traduction de Lagarde). Il ἃ été publié par Lagarde dans les Reliquiae juris eccl. ant. syriace Ὁ. 2 ss., et, retraduit en grec, dans les Rel. jur. eccl. ant. graece, 1856, p. 80 ss. Ce petit traité présente certaines analogies avec notre apocalypse, mais seulement avec le discours du début. — Il existe une apocalypse arabe de Pierre, encore inédite ; la Bibliothèque Nationale en possède quatre manuscrits (arab. 53, 53 A, 54, 10) : autant que j'en ai pu juger, cette apocalypse, qui se rapproche du testament de Christ, n'a aucune relation directe avec notre texte. Cf. Al. Nicoll, Catalogi codicum manuscript. oriental. Bibl. Bodleianae Part. I, Oxon., 1835, p. 45, 49 s.; Tischendorf, Apocal. Apocr.,p. xx ss. ; de Slane, Catalogue des manuscrits arabes de la Bibl. Nat., Paris, 1883; Zahn, Gêsch., IL, 74, 154 ss.

siècle ou à quel monde, appartiennent les justes qu'il vient de voir, Jésus ne lui répond pas : « au siècle à venir »; mais il lui montre, existant déjà, cn dehors de ce monde, le « lieu des hommes justes ». Le parfum des fleurs qui ornent ce séjour arrive jusqu à la montagne où se tient le voyant. Cette peinture est donc de la même famille que Hén. 22; Luc 16, 22 ss. ; 4 Esdras 6, 49 ss. (frag. Bensly, éd. Fritzsche p. 609 ss.) ; Hippolyte, πεοὶ τῆς τοῦ παντὸς αἰτίας (éd. Lagarde, p. 68), sans qu’il me semble du reste possible d'établir un lien de dépendance directe entre ces différents morceaux et notre apocalypse.

De la peinture assez vaguc du séjour des justes, on retrouve des traits dans l'histoire de Barlaam et de Josaphat (Boissonade, Anecdota Graeca, IV, p. 280-360), et dans la vision de Saturus (The acts of the Martyrdom of Perpetua and Felicitas, by J. Rendel Harris and Seth K. Gifford, Londres, Clay and Sons, 1890, p. 55 ss). Ces traits avaicnt-ils été empruntés à l'apocalypse de Pierre? La chose est rien moins que sûre; il y avait dans les descriptions que l'on faisait de la félicité à venir un certain nombre de détails qui ne variaient guère : les plantes aromatiques (cf. Hén. 24, 3-5 ; 25, 4-6; 29, 2; etc...) les fruits d'une saveur exquise

(Hén. 10, 19; Papias, etc...), les fleurs qui ne se flétrissent pas (Apoc. Bar. 37; Hén. 24, 4) s’y retrouÿaient presque infailliblement.

Du v. 5, où les disciples demandent à voir « la forme » de leurs frères justes sortis du monde, on pourrait rapprocher Bar. 49, 2:

« sous quelle forme vivront ceux qui vivront en ton jour? » demande le voyant; et 1] lui est répondu que la forme des ressuscités [ici 1] s'agit des morts] se mettra en harmonie avec leur nouveau séjour, que les justes en particulier « deviendront semblables aux anges », assimilabuntur angelis (51, 10). Cela rappelle les vv. 6, 7, 17, 21 de notre apocalypse.

La peinture du lieu des supplices est bien plus colorée et plus vivante que celle du séjour des justes; l’autcur y développe cette idée, nouvelle, autant que 16 puis savoir, dans la littérature chrétienne, que les coupables subiront un châtiment approprié à leurs crimes.

Cette idée se retrouve, sous des formes plus ou moins directement apparentées à notre apocalypse, dans toute une série d'ouvrages, dont M. James a cité des fragments : l'histoire de Barlaam et de Josaphat, le deuxième livre des Oracles Sibyllins (v. 255 ss.), les Actes de Thomas (Acta Thomae, p. 39, éd. Bonnet; du n° ou du commencement du im° siècle), l'apocalypse

de Paul (surtout ὃ 31-44, p. 56 ss., éd. Tisch.), celle d’'Esdras (16:4., p. 24), enfin celles de la Vierge et de Zozimas qui seront, paraît-il, prochainement publiées dans les Texts and Studies. On peut ajouter l'apocalypse de Jean, δ 24 (Tisch., p. 90).

Quelques-unes de ces compositions, notamment l'apocalypse de Paul écrite sous Théodose, se sont manifestement inspirées du texte retrouvé à Akhmîm. Voici, par exemple, une des scènes que l’apôtre Paul doit avoir contemplées dans le séjour des damnés ($ 40, Tisch., p. 60) : « Je vis aussi des femmes qui portaient des robes blanches, mais qui étaient aveugles, et se tenaient sur des piques enflammées (cf. Pierre 30); et un ange implacable les frappait, disant : « Maintenant vous savez où vous êtes (cf. Pierre 24); quand on vous lisait les Écritures, vous n'avez pas compris. » Et l'ange me dit : « Ce sont celles qui se sont corrompues et qui ont tué leurs enfants. » Les enfants donc vinrent en criant : « Venge-nous de nos mères. » Et ils furent confiés à un ange pour être emportés dans un séjour spacieux ‘ et leurs parents dans le feu éternel. » C'est le v. 26 de notre apocalypse à peine démarqué.

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