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La loi civile écrite ne suffirait pas non plus

Les adeptes de cette sociologie purement scientifique et les partisans de cette société future ont encore quelque chose à me répondre.

Vis-à-vis de ces intérêts déchaînés et en lutte, la société a toujours un moyen d'imposer sa volonté, de maintenir l'ordre et de rétablir la paix sociale. C'est la loi, la loi civile, la loi écrite, la loi votée par le parlement, qui introduit dans la vie humaine l'idée de devoir et d'obligation. Chacun doit appliquer les lois de son pays, chacun est obligé de leur obéir. Et ainsi, dans cette société uniquement gouvernée au nom de la science, on pourra obliger les citoyens à élever leurs enfants, même malingres ; on pourra les empêcher de supprimer violemment les bouches inutiles des parents devenus vieux ; comme on obHgera chacun à faire son service militaire et à déclarer à la mairie la maladie transmissible dont un de ses enfants est atteint...

A défaut de l'obligation morale, il y aura l'obligation par le gendarme et par la peur du juge et de la prison.

Je ne contesterai pas l'importance de cette réponse. Plus que jamais, aujourd'hui, nous savons, nous catholiques, ce qu'une majorité de parlementaires, plus ou moins régulièrement élus, peut légalement imposer à l'immense masse des citoyens d'un pays.

Mais cependant on a gardé, ce me semble, encore la notion de la loi juste et de la loi injuste, de la loi qui oblige et de la loi qui n'oblige pas. Tout le monde reconnaît bien que je ne serais pas obligé d'obéir à une loi qui m'ordonnerait de tuer mon père ou mon fils et que j'aurais le devoir de désobéir à une loi quim^oblige-

rait, moi chrétien, à marcher sur le Christ, ou à une loi qui me commanderait, à moi Français, de planter et d'enterrer dans le fumier le drapeau tricolore qui symbolise la patrie, que le pape Pie X a solennellement embrassé à Saint-Pierre et qu'un grand Français vient de transporter glorieusement au delà de la Manche, pardessus les mâts et les cheminées de la flotte anglaise, salué de nos applaudissements émus.

Il est d'ailleurs bien inutile de développer ces idées dans la ville archiépiscopale du cardinal, qui, hier encore, confessait cette doctrine, rappelait que cette doctrine est, non seulement celle de l'Eglise, mais aussi celle de la Déclaration des droits de l'homme formulée par les grands ancêtres et rappelait en même temps celte parole prononcée, en pleine Chambre, par un philosophe député, qui n'était pas un clérical, mais que la tyrannie révoltait : « Si vous votez cette loi, je jure de lui désobéir. »

Donc, on a le droit de discuter le principe et l'origine d'une loi.

Eh bien ! je déclare que, dans cette société future que je suppose basée exclusivement sur la science, il n'y aurait de juste et d'obligatoire que les lois ayant pour objet le seul intérêt de l'espèce. On aurait régulièrement le droit de s'insurger contre les lois qui viseraient autre chose que l'intérêt de l'espèce.

Votre illustre concitoyen, le grand libéral Montesquieu, qui, quoi qu'en ait dit la marquise du Deffand, ne s'est pas contenté de faire « de l'esprit sur les lois », Montesquieu a, dans une définition restée classique, dit que les lois sont « les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ».

Dans une société uniquement basée sur la science,

les lois sociales ne devront viser que les rapports dérivant de la nature biologique des choses, c'est-à-dire que les sociétés humaines devront être considérées au seul point de vue biologique comme des associations d*animaux, psychiquement supérieurs aux autres, mais de même nature essentielle.

L'organisation de ces sociétés humaines ne peut donc avoir pour bnt que la conservation et la plus grande vie de la collectivité et de l'espèce.

Pour le biologiste, seule existe Vespèce humaine avec ses individus (familles, nations). L'intérêt qui, en cas de conflit, domine également tous les autres, est toujours celui de l'espèce.

Dès lors, il est impossible à une société, qui ne reconnaît que ces principes, de légiférer l'a-ssistance aux enfants souffreteux et malingres, aux infirmes ou aux vieillards. Car cette assistance n'est d'aucune utilité pour l'espèce et constitue au contraire une charge inutile pour la communauté.

Notre adversaire, Albert Bayet, le dit encore très nettement (et avec grande raison puisqu'il n'admet que le seul point de vue scientifique) : a En vérité, quel talent pourrait nous persuader que la conservation artificielle des idiots, des vieillards en enfance est un bien pour la société ? »

Et plus loin : « Comme il n'y a pas un intérêt qui suit commun à tous les membres d'une société, il n'y a pas un intérêt général pour cette société tout entière. Il y a des intérêts sociaux qui se contrarient, qui s'entre-choquent. L'intérêt des médecins n'est pas celui de leurs clients. L'intérêt des individus n'est pas celui des gouvernants. L'intérêt des capitalistes n'est pas celui des prolétaires. L'intérêt d'une industrie n'est pas celui

d'une industrie rivale. L'intt5rét du riche n'est pas celui du pauvre. Alors comment choisir ? Le propriétaire prendra parti pour la propriété, le prolétaire contre... »

Mais le législateur, le sociologue, que vont-ils faire, réduits qu'ils sont à ne s'appuyer que sur la science et par conséquent à ne formuler et à n'édicter que des lois en rapport avec l'intérêt de tous les citoyens ?

Ils ne sauront où trouver cette formule irréalisable de l'intérêt général, de l'intérêt social. Avec la plus grande honnêteté du monde, ils ne pourront pas trouver un critère, qui leur permette d'édicter les préceptes de la science en lois justes et acceptées de tous.

Il y a d'ailleurs beaucoup de préceptes scientifiques d'hygiène sociale qu'il est absolument impossible d'édicter en lois positives et obligatoires : tels sont les préceptes relatifs à la lutte contre la dépopulation, à l'honnêteté du mariage, à l'allaite inent de l'enfant par sa mère...

Au législateur qui voudra, au nom de la seule science, imposer des devoirs envers la patrie, le citoyen logique pourra toujours répondre avec Bayet : « Veut-on me dire que je dois chercher à maintenir, non la société en générai, mais celle dont je fais partie? Qui m'interdit de de la trouver mauvaise — cette société — et de chercher à la supprimer ? Enfin et surtout, qui m'interdit de n'avoir jamais aucun égard à l'mtérêt social ? »

Donc, la société scientifique, dont nous discutons l'organisation idéale, serait dans l'impossibilité de codifier justement toutes les règles posées par la biologie la plus avertie.

8. — Même avec la force à leur service, les lois biologiques ne conduiraient la société qu'à la lutte et à la guerre.

Mais, me dira-t-on, à cette époque où vous vous placez, il n'y aura plus à parler de lois justes et de lois injustes ; il n'y aura qu'à édicter toutes les lois utiles et à les imposer par la force aux minorités récalcitrantes.

Eh bien ! Messieurs, je dis que, même si on arrive, dans cette société scientifique, a ce degré de tyrannie, à cet étatisme despotique, à ce mépris absolu de la liberté individuede, à cette confusion monstrueuse de la légalité et du droit, même si on parvient à réaliser cet idéal à rebours qui nous ferait revenir aux mœurs, à peine affinées dans la forme, de Tâge des cavernes, si au nom de la science, on annule les conquêtes, si chèrement achetées, de toutes nos révolutions — même alors, on ne pourra pas arriver à répandre et à imposer toutes les vraies règles d'une saine sociologie.

Même appliquée avec toute la rigueur possible et dans tous ses détails, la science ne peut aboutir qu'à cette formule : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît ; et, comme l'a justement dit un socialiste éminent : utilisons-nous les uns les autres.

A mon sens, toute sociologie qui s'arrêtera à ces formules, les seules scientifiques, sera frappée de stérilité et d'impuissance.

Une sociologie ne peut être féconde qu'à la condition d'inscrire à sa base, non seulement le respect de la vie et de la liberté d'autrui et de la personnalité humaine, mais aussi Vaniour du prochain ; non seulement la notion de la non malf aisance, mais la notion

de la hienfaisanee, de l'assistance, du sacrifice ; une sociologie ne sera féconde qu'à la condition de dire aux hommes : il ne suffit pas de ne pas tuer ou voler son voisin ; il ne suffit pas de ne pas nuire à son voisin ; il faut Vaimer, se dévouer pour lui, sacrifier son propre intérêt à l'intérêt du prochain. Il faut inscrire au fronton de l'édifice social : Aimons-nous et assistons-nous les uns les autres ; faites aux autres ce que vous voudriez quon vous fit.

Or, cette formule, Messieurs, jamais la sociologie ne parviendra à la faire sortir de la science biologique, par cette bonne raison que la biologie, interrogée seule, non seulement ne conduit pas à une conclusion semblable, mais encore aboutit à une conclusion diamétralement opposée.

Il n'est, en effet, pas permis de se faire illusion : pour tous les biologistes sans exception, la vie est une bataille et n'est qu'une bataille ; pour mieux dire, elle n'est qu'une victoire incessante sur les ennemis du dehors et du dedans ; le jour où l'être vivant est vaincu, il est mort.

L'homme, pris individuellement, soutient cette perpétuelle bataille contre les agents physiques, chimiques et vivants, au milieu desquels il est plongé : il se défend contre la chaleur^ contre la lumière, contre les animaux et contre les microbes. Il se défend contre tout ce dont il vit, ou plutôt c'est sa victoire incessante sur les éléments extérieurs qui lui permet de s'en nourrir, de se les assimiler et de vivre.

Pour le biologiste, la vie de l'homme, comme la vie de tous les animaux et de tous les êtres vivants, n'a qu'un objectif : la perpétuité de l'espèce.

La fourmi et l'abeille mâles ne vivent que le temps

nécessaire pour la reproduction. De même, au point de vue biologique, Thomme devient un être inutile et bon a supprimer, dès qu'il a dépassé l'âge ou maladivement perdu le pouvoir d'engendrer.

La fourmi femelle est dépouillée de ses ailes par les ouvrières et ne doit plus être occupée qu'à pondre. Les ouvrières défendent et nourrissent la pondeuse et la colonie. Toujours un seul et même but pour tous : la procréation et la continuation de l'espèce.

Voilà la seule fin que la science biologique peut assigner à l'homme et à la Société.

Et alors c'est la bataille, comme entre les fauves du désert, pour la possession de la femelle la plus belle et la plus utile à Tespéce ou à la nation ; c'est l'enlèvement des Sabines ; ce sont les harems peuplés par les captives ; ce sont les guerres entre nations pour conquérir les pays les plus fertiles, capables de fournir et de nourrir une plus belle race...

9. — Tous les inconvénients et les vices de l'organisation sociale actuelle seraient accrus.

Voilà un premier, et un puissant, motif de guerre perpétuelle dans cette société future uniquement régie par les lois scientifiques : afin de maintenir et d'accroître Vespèce^ les hommes s entre -tueront.

Cet illogisme monstrueux ne sera pas le seul que cette sociologie biologique fera naître .

La biologie humaine est tout entière basée sur Vinégalité des individus : inégaUté de santé, de force physique, d'aptitudes corporelles, de valeur intellectuelle... La sociologie, uniquement basée sur cette science biologique, ne peut donner ni atténuation ni compensation

à celte inégalité nécessaire. Dès lors, les colères sociales seront bien plus vives et plus violentes qu'aujourd'hui.

Ceux qui seront ou se croiront nés en infériorité biologique ne voudront pas accepter la supériorité de quelques-uns ; ils s'apercevront qu'ils sont le nombre et ils imposeront leur médiocrité par la force. Ce ne sera plus la grève légale, l'association légitime pour la défense des intérêts ; ce sera l'émeute, l'incendie, le pillage.

Comme Tarquin, le peuple -roi coupera la tête de toutes les tulipes ; ce sera la recherche, par la violence, de l'égalisation par en bas. La raison du plus fort deviendra effectivement la meilleure ; la force sera reconnue par tous la vraie et seule source du droit.

Quand cette doctrine régnera en maîtresse, ce sera d'abord la ruine de la nation qui aura eu le triste honneur de l'appliquer la première ; et, si la doctrine se généralise, ce sera la ruine de l'humanité tout entière.

Et ainsi l'illogisme sera porté à son comble : la science qui est l'émanation, la source et l'incarnation du progrès, la science qui est l'instigatrice de la paix sociale n'aura, en définitive, engendré que la guerre, la ruine et la négation de la science elle-même.

Car, dans cette société semblable aux familles d'animaux, il n'y a plus de place pour ies savants, êtres inutiles et malfaisants, dont la supériorité serait une insulte au peuple des manouvriers et dont les découvertes, comme les machines agricoles ou industrielles, n'ont de résultat que d'enlever le pain à l'ouvrier.

Il faut supprimer tout luxe et tout superflu inutiles : les arts comme la science. Quel est le rendement social d'un peintre ou d'un musicien, toujours inférieurs à un vigoureux semeur ? Ce sera le régne de l'athlétisme ; le surhomme sera le mieux musclé.

Pour mieux dire, il n'y aura, chez les hommes de cette époque, comme chez les abeilles et les fourmis de tous les temps, il n'y aura que des mâles et des femelles formant l'aristocratie procréatrice, aidée, protégée et nourrie par la foule des ouvriers.

Voilà, Messieurs, ce que sera la cité scientifique, la société hygiénique, à l'âge glorieux du triomphe de la biologie.

10. — Pour être saine et féconde, la sociologie doit s'appuyer sur la davoir obligatoire, Pamour et le sacrifice.

Je n'ai pas besoin d'insister pour montrer que ce n'est là ni votre idéal sociologique, Messieurs, ni (j'ai hâte de le dire) l'idéal sociologique de personne.

Car, il faut le bien le reconnaître, avec des points de départ contradictoires et des raisonnements absolument différents et opposés, tous les penseurs, tous les sociologues désirent une société tout autrement organisée.

Partant de cette inégalité, regrettable mais inévitable, dont je parlais tout à l'heure, et qui est la loi organique de ce monde, on comprend qu'il faut non la supprimer (puisque c'est impossible), mais en atténuer et en pallier les effets.

Pour cela, il est absolument indispensable que toute sociologie accepte d'abord et proclame l'idée de devoir obligatoire.^ la loi d'amour et la notion de sacrifice. Il faut que toute sociologie prenne pour épigraphe, non plus « utihsons-nous les uns les autres >>, mais « aimonsnous les uns les autres, sacrifions-nous les uns aux autres ».

En restant au point de vue particulier que j'étudie ce

soir, il n'y a pas d'hygiène sociale vraiment utile sans ces principes.

La lutte contre la transmission des maladies infectieuses devient odieuse et tyrannique, si elle n'est pas appliquée avec amour pour le malade^ avec esprit de sacrifice chez le bien portant. Qyie deviendraient les familles, l'éducation des enfants et l'avenir de la patrie, si les prescriptions scientifiques d'une hygiène rigoureuse présidaient seules au mariage et gouvernaient seules la vie conjugale : dès qu'un conjoint serait gravement et chroniquement malade, l'autre devrait l'abandonner et lui chercher un remplaçant. La science biologique peut réglementer l'union libre, elle ne peut pas comprendre le vrai mariage. Et cependant que deviendrait la société humaine si le mariage n'était plus considéré que comme un vulgaire « contrat de louage? »

Comme je l'ai déjà dit ailleurs, l'hygiène ne pourrait qu'approuver cette femme de Pittsbourg, qui a obtenu le divorce et une pension alimentaire, uniquement parce que son mari n'avait pas pris de bain depuis leur mariage, c'est-à-dire depuis neuf ans.

Ce qui caractérise vraiment l'humanité et la distingue des autres espèces animales, c'est qu'il n'y a pas de société humaine sans dévouement et sans sacrifice. On l'a compris et proclamé à toutes les époques.

On ne veut plus aujourd'hui de cet admirable mot « charité » qui veut dire tendresse, amour, pratique et agissant, pour ceux qui nous sont a chers ». On préfère les mots « solidarité », « fraternité ^>, « assistance », « mutualité ». Peu importent les mots : toutes ces expressions n'ont aucun sens ou veulent dire amour, dévouement et sacrifice.

Récemment, dans un article intitulé (( la fin du trans-

formisme », la Dépêche citait cette phrase du grand biologiste Bohn : « Il y a un hiatus entre rintelligence des animaux et l'intelligence humaine; je ne crois pas que nous soyons prêts à combler cet hiatus », et l'auteur de l'article, Remy de Gourmont, ajoutait : « L'hiatus ne se comble jamais... Nous ne sommes les maîtres du monde que parce que nous sommes les seuls maîtres possibles, y

Ce n'est pas la seule inteUigence qui creuse l'hiatus et rend nécessaire la maîtrise de l'homme. L'infranchissable différence qu'il y a entre les sociétés humaines et toutes les sociétés animales, la grande et définitive cause de la supériorité sociale de l'homme sur les animaux, c'est la loi d amour, de dévouement et de sacrifice qui nous gouverne, tandis que toutes les sociétés animales ne connaissent que la loi de l'espèce.

L'humanité tomberait au rang de l'animalité le jour où elle ne voudrait plus appliquer que la loi biologique de l'espèce. Que dis-je? L'humanité tomberait alors bien au-dessous de l'animalité; car, au point de vue purement animal, l'homme est bien moins armé et serait irrémédiablement vaincu par beaucoup d'animaux.

1. — Ces principes nécessaires à l'édification de la sociologie ne peuvent être trouvés que dans TEvangile.

Une société humaine ne peut donc vivre, une sociologie féconde ne peut être fondée que si on complète et si on corrige les lois scientifiques de la biologie et de l'hygiène par les lois morales du dévouement mutuel et du sacrifice réciproque.

Où pouvons-nous donc puiser, d"où pouvons-nous

tirer ces préceptes d'abnégation, de renonciation et d'amour du prochain ? J'ai établi que ce n'est pas dans les livres de science biologi(|ue. Ai-je besoin d'insister pour vous montrer qu'il suffit d'ouvrir l'Evangile pour trouver, à toutes les pages, le lumineux enseignement de cette grande doctrine ?

La justice des disciples de Jésus-Christ doit être « plus abondante que celle des scribes et des pharisiens ». Il ne suffit pas dédire avec les anciens : « Vous ne tuerez point et quiconque tuera méritera d'être condamné parie jugement. Moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère méritera d'être condamné par le jugem-ent, celui qui dira à son frère : Raca, méritera d'être condamné par le conseil. Et celui qui dira : fou, méritera d'être condamné au feu de l'enfer. »

Après le premier commandement qui vise l'amour de Dieu, vient le second qui est semblable : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Il n'y a aucun commandement plus grand que ceux-ci. »

Cet amour du prochain, il faut l'étendre à ses ennemis, à ceux qui nous ont fait du mal. « A vous qui m'écoutez je dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous calomnient. Si ua homme vous frappe sur une joue, présentez-lui l'autre. Et, si quelqu'un vous enlève votre manteau, ne l'empêchez point de prendre aussi votre tunique... Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quel mérite avezvous ? Car les pécheurs aiment aussi ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en ont fait, quel mérite avez-vous? Car les pécheurs font de même. »

Tout cela, il ne faut pas le faire pour le plaisir humain qu'on pourrait en retirer. Il faut s'humilier, faire pénitence, pardonner à ses ennemis et les aimer sans espérer aucune récompense terrestre.

« Gardez-vous de faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour être regardés par eux... Lors donc que vous donnerez l'aumône, ne faites point sonner de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les sj'nagogues et dans les rues, pour être honorés des hommes... Mais, lorsque vous ferez l'aumône, que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite. » Faites le bien, simplement et obscurément, comme la pauvre veuve, qui donne « deux petites pièces de la valeur d'un quart de sou » ou comme le Samaritain qui ramasse et panse le blessé sur la route de Jéricho.

Comme vous le disait éloquemment ce matin le cardinal Andrieu, on trouve ainsi dans l'Evangile tous les éléments d'une sociologie large, sage et libérale : il n'y a plus de caste inaccessible, de classes rivales. Notre- Seigneur appelle les publicains et les pécheurs, mange avec eux, choisit parmi eux ses apôtres.

Ceux qui ont reçu la richesse ne doivent pas thésauriser ; ils doivent aider leur prochain.

« Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. .Je vous le dis encore une fois, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. »

Et le mauvais riche, qui n'a rien volé, qui n'a frustré personne, mais qui a refusé de faire l'aumône aux pauvres, est « enseveli dans l'enfer » et appelle Abraham qui lui répond : « Mon fils, souvenez- vous que vous avez reçu les biens durant votre vie et que Lazare

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n'a eu que les maux ; maintenant il est dans la consolation et vous dans les tourments. »

N'est-ce pas là tout le socialisme le mieux compris ?

Remarquez, en effet, que Notre- Seigneur ne dit pas seulement aux pauvres qu'ils seront dédommagés dans l'autre monde ; il dit nettement aux riches que, s'ils n'aident pas les pauvres, ils seront punis dans l'autre monde.

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