SUR LE TERRAIN DE L'EVANGILE
Messeigneurs (1),
Mesdames,
Messieurs,
Au grand honneur qui m'est fait, et dont je sens bien, je vous assure, toute l'importance — de prendre la parole devant un semblable auditoire — il semble que je vais répondre d'une manière bien insuffisante, en ne vous disant que des banalités.
Quoi de plus banal en effet que de parler d^union^ des avantages de l'union et de la force que donne l'union, à une époque où l'idée d'union et d'association est une idée Jixe, quasi obsédante, chez tout le monde, dans toutes les catégories de citoyens ; à une époque où tous ne rêvent que ligue et syndicat, depuis les pêcheurs à la ligne jusqu'aux fonctionnaires de l'Etat, et où les associations sont si nombreuses qu'on épuise, pour les désigner, tous les groupements, trois par trois, des diverses lettres de l'alphabet, depuis les P. T. T. jusqu'à la C. G. T,
Il paraît donc oiseux de tant vanter les avantages des unions. Il vaudrait peut-être mieux vous en montrer les dangers. Car il y a vraiment trop d'associations et
(1) Mgr Béguinot, évêque de Nîmes ; Mgr de Cabrières, évèque de Montpellier; Mgr du Cure), évèque de Monaco, et Mgr de Poterat, protonotmre apostolique, président du Congrès.
il n'est pas sans péril d'éparpiller les forces individuelles entre un trop grand nombre de groupements.
Ce qu'il faudrait donc vous dire, et ce que je voudrais vous dire ce soir, ce n'est pas de vous unir, mais sur quel terrain et dans quel but vous devez vous unir. Car, comme la langue d'Esope et la femme de tous les pays, l'union est la pire ou la meilleure des choses, suivant les principes qui la dirigent et l'objectif qu'elle se propose.
Notez bien que ceci est vrai, même des unions accessibles et permises à des catholiques, les seules dont j'ai à m'occuper ici.
Je vais donc essayer de vous montrer d'abord l'inutilité ou le danger de certains terrains, d'ailleurs séduisants, d'association. De cette revue critique, nous déduirons tout naturellement ensuite le vrai et seu.1 terrain sur lequel on puisse édifier une union utile d'action sociale.