L'indifférence et la négation des problèmes sociaux
Il ne faudrait pas que, découragés par Tinanité de leurs lamentations et de leurs récriminations, les catholiques s'unissent sur le terrain, plus déplorable encore, de Vindifférence, de la négation des questions et des problèmes sociaux.
C'est là un terrain trop facile, que l'on pourrait appe-
1er le terrain des autruches : pour ne pas se donner la peine de chercher laborieusement une solution au problème social, on met la tête sous l'aile et on nie le danger que l'on ne voit plus.
C'est un système puéril avec lequel les catholiques marcheraient aux abîmes avec une rapidité encore plus vertigineuse.
Il y a une question sociale. C'est indiscutable. Dans les rapports entre le capital et le travail, il y a, dans l'organisation sociale actuelle, des difficultés inévitables, qui écraseront et anéantiront les classes dirigeantes, si elles n'essaient pas d'améliorer la situation des manouvriers. Si on ne veut pas que la lutte des classes devienne une bataille générale, une guerre universelle, dans laquelle tous les hommes s'entre-détruiront, il faut reconnaître les injustices de notre organisation sociale ; il faut que tous, patrons et ouvriers, capitalistes et travailleurs, collaborent pour réduire à son minimum le mal et l'inégalité que Dieu permet dans la société.
Il faut se garder de dire que la force sociale, la police, la gendarmerie et l'armée suffiront à supprimer la question sociale.
La force est souvent nécessaire; mais elle ne résout rien définitivement.
A l'assassinat des otages de la Commune, le mur des fédérés ne peut être qu'une réponse provisoire, comme l'exécution de Robespierre n'a pas été la réponse définitive et logique aux exécutions d'avant le 9 thermidor.
Le dédain ironique des malheurs du peuple n'est pas une meilleure solution de la crise sociale ; et au prolétaire qui a faim il ne suffit pas de proposer, dans une pirouette, l'exemple du curé de M"^« de Sévigné, qui se
résignait à manger tous les jours de la merluche avec l'espoir de goûter du saumon au ciel.
L'ignorance volontaire ou le mépris affecté des difficultés de l'heure présente pourrait donc constituer un terrain facile d'union, mais ce serait un terrain déplorable pour une union de catholiques, parce que cette union ne supprimerait pas la question sociale et la remplacerait plutôt par une série de batailles dans lesquelles tout le monde serait vaincu.
En résumé, ce qui condamne les trois terrains dont je viens de parler, le terrain des lamentations, le terrain desrécriminations et le terrain de l'ignorance volontaire, ce qui doit empêcher les cathoUques de choisir ces terrains pour édifier une union sérieuse et féconde, c'est qu'une union édifiée sur l'un quelconque de ces terrains ne peut conduire qu'à Vinaetion (inutilement coupée par quelques convulsions violentes).
C'est donc là la conclusion de cette première partie de mon exposé : les catholiques ne doivent faire d^union qu'en vue de V action. Donc, il faut, pour édifier cette union, trouver et choisir un terrain sur lequel on puisse et doive agir.
4 — Le terrain politique.
En tête des terrains sur lesquels on peut agir et sur lesquels par suite on pourrait tenter de s'unir, est le terrain politique. Les catholiques doivent -ils baser sur la politique cette union active, nécessaire pour étudier et résoudre les questions sociales?
Je n'ai pas cru pouvoir me dérober à cette question difficile.
J'espère n'offusquer personne en répondant par la