SUR LE TERRAIN DE L EVANGILE
négative à cette question et en disant en toute simplicité : il y a peut-être eu un moment où on eût pu fonder utilement un grand parti politique catholique ; les circonstances ne l'ont pas permis. Aujourd' hui il est trop tard.
Je vais essayer d'expliquer ma pensée pour éviter les protestations.
Je pose, comme premier principe, que le catholique ne peut pas et ne doit pas se désintéresser de la politique. Il doit user de tous ses droits politiques : il doit voter, écrire et parler. 11 a donc le droit et le devoir d'avoir une opinion politique ; il doit essayer de la défendre et de la faire prévaloir par les meilleurs moyens mis à sa disposition par la loi. Les catholiques doivent même s'efforcer d'envahir, quand c'est possible, les corps élus, les assemblées politiques. Plus il y aura de cathohques vrais (j'entends non des catholiques baptisés et renégats, mais des catholiques convaincus et fidèles) dans les Conseils pubhcs, mieux les affaires de la France marcheront.
Second principe aussi important et indiscutable que le premier : quand il fait de la politique, le catholique doit toujours se rappeler qu'il est catholique. Le signe du chrétien lui crée une nature spéciale avec laquelle il agit dans toutes les circonstances de sa vie. C'est comme un tempérament avec lequel un sujet vit, en santé et dans la maladie, et dont il ne peut jamais supprimer ou dissimuler l'empreinte.
Le catholique ne peut rien faire, en pohtique, qui soit en contradiction avec sa foi, plus haute, de catholique.
Donc, le catholique doit faire de la politique et il doit la faire en cathoHque. Cela ne veut pas dire que les catholiques doivent fonder un parti pohtique catholique.
Je sais bien que, dans d'autres pays, on a créé un parti politique catholique et parfois cette création a été fort heureuse, notamment en Allemagne.
En France, dans l'état actuel des choses et des esprits, je ne crois pas qu'il en soit de même. Voici pourquoi : Au point de vue politique, il y a, entre les catholiques de France trop de points sur lesquels ils ne sont pas absolument d'accord, pour qu'on soit tenté d'édifier, sur ce terrain mouvant et crevassé, une union des catholiques actifs.
L'unité de notre doctrine catholique, l'autorité incontestée du Pape et de la hiérarchie sont une base trop précieuse pour les unions catholiques. N'allons pas chercher à les disjoindre et à les morceler en soulevant dans leur sein des questions irritantes, sur lesquelles, notezle bien, chaque catholique a le droit de garder sa liberté d'opinion : In dubiis libertas.
Certes, il y a bien des lois sur lesquelles tous les catholiques voteront avec une unanimité indiscutable : telles la loi sur le divorce, la loi d'expulsion des congrégations, la loi de dépouillement de nos églises... Mais il y en a d'autres sur lesquelles deux catholiques peuvent ne pas avoir la même opinion, sans cesser d'être, l'un et l'autre, de bons catholiques, orthodoxes et soumis à l'Eglise : telles la loi de l'impôt sur le revenu, la loi électorale, la loi sur les grèves, sur l'assistance aux vieillards ou sur les accidents du travail, voire même les lois constitutionnelles...
De plus, la bataille électorale peut être influencée par des circonstances locales, des considérations de personnes ; il peut y avoir lieu à des compromissions, des alliances, des actes d'opportunisme dans un but de moindre mal... toutes choses qui ne sont pas défendues
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à un électeur catholique agissant individuellement, que ne pourrait pas se permettre un parti politique catholique c'est-à-dire un parti dont les décisions et les actes engageraient et pourraient compromettre l'Eglise elle-même. D'un mot, un parti catholique ne pourrait, par définition, marcher que sous la direction incessante et absolue du Pape et des Evêques. Or, tout le monde voit les dangers de toutes sortes que susciterait l'intervention active, directe et continuelle de nos Evêques dans nos batailles politiques de tous les jours. Laissonsles au-dessus de ces mesquineries.
Quand nous avons des décisions politiques graves a prendre, consultons nos evêques, suivons leurs avis ; mais agissons ensuite de manière à n'engager que notre propre responsabilité, à ne compromettre que nous-mêmes, à garder tous les horions pour nous : nous ne nous en porterons pas plus mal, tandis qu'eux pourraient en pâtir et l'Eglise avec eux.
Si on veut former un grand parti poHtique auquel les catholiques pourront donner leur adhésion, qu'on fonde un bloc des partis respectueux et défenseurs de la religion, de l'ordre, de l'autorité, de la hiérarchie sociale et de la patrie, bloc qu'on dressera, fort et victorieux, contre le bloc des partis anarchiques, antisociaux, antireligieux, antipatriotiques.
Qu'on fonde en un mot le parti de la France, qui repousse de toutes ses forces la ridicule et orgueilleuse devise : « Ni Dieu ni maître. » Et nous nous inscrirons tous. Voilà le sens dans lequel j'ai dit qu'il ne fallait pas fonder un parti politique catholique. Voilà pourquoi je ne crois pas que l'union sociale et ouvrière des catholiques doive se faire sur le terrain politique. Sur quoi la fonderons-nous donc ?
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