‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 105 sur 177 · H. J. Cadbury, loc. cit., p · texte numérisé non relu

H. J. Cadbury, loc. cit., p

8. Actes, XXII, 26; XXIV, 3; XXVI, 25; où l’appellation est donnée aux procurateurs de Judée, Féhx et Festus. C’est pour marquer ce rang social que nous avons traduit plus haut : «Seigneur Théophile».

était sans doute un Grece converti, d’une haute situation sociale. En lui dédiant successivement l'Évangile et les Actes, saint Luc n'avait pas en vue que ce lecteur ;1l savait que, devenu le patron de ses ouvrages, Théophile aurait soin de les faire copier et répandre.

Saint Luc n’a pas indiqué explicitement à quelles sources 1l avait puisé. Malgré ce silence, toute recherche en ce domaine n’a pas été stérile,et s1 plusieurs problèmes ne comportent à l'heure actuelle que des réponses conjecturales, le témoignage de l’évangéhiste nous est une garantie qu’il a entendu ne rapporter que des traditions dignes de foi. Les critiques s'accordent généralement à reconnaître que saint Luc a utilisé la catéchèse de Pierre, en la forme écrite que lui a donnée Pévangile de Marc. « Luc a connu Mare, et il Va suivi comme un excellent guide, mais il avait son but à lui. Il ne se proposait pas de faire une mosaïque de tous les enseignements qu'il pourrait recueillir de vive voix et par écrit. Il lui est donc arrivé d’abord, et cela va de soi, d'ajouter beaucoup à Marc. D’autre part, il n’a pas tout pris, et même 1l a transposé. Malgré tout, la ressemblance est assez

1 À. Puech, op. cit., t. I, p. 93.

étroite pour qu'on soit obligé de conclure qu'il a eu Marc sous les yeux et qu’il s’en est servi 1. » Cette affirmation de dépendance httéraire s'appuie sur la ressemblance du style dans les discours et récits communs aux deux évangéhstes, et plus encore sur leur strict Dérallélisme dans la suite des épisodes. La catéchèse orale pourrait à la rigueur expliquer de nombreuses similitudes d'expression

dans des épisodes détachés; c’est trop atten-.

dre d’elle que de lui demander de transmettre ces épisodes par groupes de quinze, vingt et même davantage, dans un ordre presqueinvariable. On peut ainsi distinguer dans Luc trois sections marciennes, dont deux se rapportent au ministère galiléen, et la troisième à la montée de Jésus à Jérusalem par Jéricho et à son séjour dans la Ville Sainte jusqu’au début de la Passion ?. Il est plus difficile de déterminer le caractère des autres sources dont saint Luc

2. Première section, Luc, IV, 31 — VI, 9, d’après Mare, 1, 21 — TITI, 12; deuxième section, Luc, VIII, 4 — IX, 50, d’après Marc, IV, 1 — IX, 41; troisième section, Luc, XNIII, 15 — XXI, 38, d’après Marc, X, 13 — XIII, 37. Dans le récit de la Passion, Luc est moins dépendant, sans cependant perdre de vue les grandes * lignes du récit de Mare. — Pour une étude détaillée, voir Lagrange, op. cù., p. XLVIII-LVII; résumé dans J. Huby, Autour de la Question Son 6 dans les

. Recherches de Science Religieuse, février 1924, p. 80-83,

Myers. L'EIE”:

s’est servi. Pour les deux premiers chapitres, qui racontent l’enfance de Jésus, on ne peut décider s’il y a entre le texte de Luc et la tradition orale un intermédiaire écrit. Un autre bloc très caractéristique du troisième évangile est l’ensemble de discours et de récits contenus dans les neuf chapitres qui s’intercalent entre la deuxième et la troisième section marciennes (Luc, IX, 51 à XVIII, 14).

On a proposé récemment de voir dans ces chapitres l’utilisation d’une première relation évangéhque, rédigée par saint Luc lui-même d’après les informations qu'il avait recueillies - de la bouche immédiate des disciples de Jésus, pendant ses séjours en Judée, en particulier pendant la captivité de saint Paul 1. De là viendraient aussi les précieux renseignements dont il a enrichi le récit de la Passion, comme aussi l’histoire des apparitions du Christ ressuscité, en particulier de l’apparition aux disciples d'Emmaüs. On a encore rattaché à ce « Proto-Luc » d’autres sections du troisième évangile, indépendantes de Marc, qui se rapportent au ministère de Jésus en Galilée (Luc,

LI, 4-IV, 30; VI, 20-VIII, 3) ou à la montée

1. B. H. Streeter, The Four Gospels, Londres, 1924, p. 218. — L'hypothèse a été reprise et développée par V. Taylor, Behind the third Gospel. À study of the Proto- Lule Hypothesis, Oxford, 1926.

de Jésus à Jérusalem par Jéricho (XIX, 1-27, 37-44). Cette hypothèse d’une première période d’activité littéraire de Luc, avant la rédaction définitive de son évangile, n’est pas susceptible d’une stricte démonstration. Il reste qu’elle a conduit ses auteurs, par une étude minutieuse des textes, à reconnaître, comme l’annonçait la dédicace à messire - Théophile, « la sohdité » du fondement sur lequel repose cette histoire du Christ. Cette solidité n'apparaît pas moins grande dans les récits et discours où Luc est indépendant de Mare que là où 1l le suit. « Il faudra désormais, écrivait récemment l’un des critiques anghcans les plus en vue, le Révérend Streeter, que les historiens accordent beaucoup plus de crédit au troisième évangile, en particulier pour ces sections qui lui sont propres 1. »

Cette déclaration ne fait que conte ce que l’on pouvait deviner des garants de Luc, ceux qui ont été « dès l’origine les témoins oculaires et les ministres de la Parole ». En particulier, pour la portion la plus importante de son bien propre (IX, 51-XVIII, 14), tout porte à croire que Luc a été en contact direct avec un ou plusieurs de ces soixante-dix disciples, qu’il nous montre recrutés par Jésus

1, Strecter, op. cit, p. 222,

-et envoyés en mission, précisément au début de cette partie de son évangile (X, 1 sqq.)*. Le récit, propre au troisième évangile, de la ‘comparution de Jésus devant Hérode pendant Ta Passion ? doit provenir de l’un de ces - fidèles, en relation avec la maison hérodienne, dont Luc est seul à faire mention : Manahen, frère de lait du tétrarque %, ou Jeanne,femme de son intendant Chuza 4. L'histoire de l’apparition du Christ ressuscité aux deux disciples d'Emmaüs 5, avec ses circonstances précises et ses fines notations psychologiques, rend le son d’un témoignage cueilh directement sur les lèvres de Cléophas ou de son compagnon f. Tous ces indices, qui viennent corroborer lPattestation du prologue, nous donnent le droit d'accorder pleine confiance aux infor- . mations que nous tenons de saint Luc.

Dans la mise en œuvre des renseignements récueilhs sur la vie du Christ et sa doctrine,

£. Sir John Hawkins dans les Studies in the Synoptic Problem, publiées sous la direction de W. Sanday, Oxford, 19f1, p.57. — J. Lebreton, Concordance évan- À géique et Vie du Christ, dans les Etudes, 20 octobre 1927, p.139.

- 2. Luc, XXIII, 7-12.

Actes, XIII, {.

+ Luc, VIII, 3; XXIV, 10.

. Luc, XXIV, 13-36.

. Lagrange, Evangile selon saint Luc, p. XCIT.

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