‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 120 sur 177 · J. H. Moulton, À Grammar of New Testament · texte numérisé non relu

J. H. Moulton, À Grammar of New Testament

Greek, 2e édit., t. I, p. 18 (Edimbourg, 1906).

* du milieu juif, sa langue, sans être livresque,

apparaît comme celle d’un Grec instruit, qui a le souci de l'élégance et de la précision des termes 1 : le prologue du troisième évangile montre que saint Luc savait, quand il le voulait, balancer artistement une période. S'il n’a pas poussé au delà du prologue l'emploi du style périodique, on ne peut que l’en féhiciter : la langue relativement simple dont il a usé, ne lui était pas seulement « plus naturelle »?, elle était la mieux adaptée à son . sujet comme à ses lecteurs.

.. Nulle trace, d’ailleurs, de pédartisme.

Saint Luc sait ce qu’il veut dire, et il le dit avec lucidité et charme, sans qu'on ait à deviner ce qui se cache entre les lignes. Si l’'évangile de Marc ne nous était pas parvenu, l'usage qu’en a fait saint Luc ne nous permettrait pas de le restituer, tellement l’écrivain est habile à utiliser ses sources, sans s'y asservir. En artiste qui attache plus d’impor-

: tance à l'impression d’ensemble qu'à la

1. De nombreux exemples de cette attention dans le choix du vocabulaire ont été réunis par Norden, Die antike Kunstprosa, t. II, p. 486 sqq., et par Plummer, op. ct., Introduction, p. LXVI sqq. — Voir aussi les Etudes sur la langue des Evangiles de H. Pernot, Paris, 1927, p. 1-17; H. J. Cadbury, The Making of Luke-Adts, Londres, 190 p. 220 sq.

A 0ET, Pernot, op. cit., p. 2.

* minutie du détail, il cherche moins l’abondance des traits que leur puissance de suggestion. Sans insister autant que Marc sur les particularités concrètes, ses paraboles ou ses récits produisent leur effet « avec un art consommé, avec cette simplicité qui est le comble’ de l’art »1. Aussi saint Luc est-il de tous les évangélistes celui qui a inspiré le plus grand nombre d'artistes, peintres, sculpteurs ou verriers. Médecin, le récit des miracles lui offrait une belle occasion de hérisser ses ouvrages de mots savants : 1l se contente d'employer les termes techniques, accessibles aux lecteurs instruits, avec assez de précision pour qu’on y puisse trouver une confirmation des données traditionnelles, avec assez de discrétion aussi pour qu'on ne puisse juger, d’après le seul vocabulaire, si Luc était simplement un homme cultivé, au courant de la médecine, ou un véritable praticien ‘. Nulle trace, non plus, de fanatisme : ceci, c’est la part des Juifs ou des judaïsants ; nulle rhétorique, nulle polémique, nulle amertume. On

1. L'expression est de Burkitt, dans les pages très fines et très nuancées qu'il a données sur saint Luc au vol. II de l’ouvrage The Beginnings of Christianity, publié sous la direction de F. Jackson et K. Lake, Londres, 1922, p. 106-120.

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