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"À quelque altitude qu’on l'élève, un Christ qui n'est pas Dieu, ne peut ni consoler les . hommes, mi les sauver, ni les instruire : il nest ni la voie, ni la vérité, ni la vie. Il ne peut pas les sauver, s’il n’est qu’un homme, . parce que le salut de l’homme, c’est d’entrer dans la béatitude divine et qu’on ne donne que ce qu’on à. Il ne peut pas les instruire, parce que le Verbe de Dieu peut seul expli- . quer le monde qui a été fait par Lui et dans . lequel il se retrouve comme un fils dans sa maison. Il ne peut pas les consoler même, parce que, comme disait ce compagnon de saint François, l'âme n’a qu’un ami, exacte- “ment un seul : c’est le Dieu qui l’a créé; parce “que la consolation de tous les autres, à Pépreuve et à la longue, se révèle superficielle; parce qu’elle peut seulement flatter et endor-. mir quelques minutes, mais non point rafférmir et rassasier à fond ce qu’il y à d’immortel en nous. « Ote le Verbe, disait saint Augustin; qu'est-ce que la chair du Christ?
Exactement ce qu’est la tienne ». Quel droit “cette chair pareille à la nôtre auraït-elle à nos “adorations? Par quelle autorité ce pur homme nous imposerait-il de croire en lui?
Celui-là pourtant se trompe du tout au tout . qui se figure que l'affirmation des réalités
HAE 9 À Los jeu Ÿ A divines implique « une suprême indifférence à
l'égard de l’histoire », et qu'en particulier. saint Jean, parce qu’il scrute le sens caché des RU enes: est un mystique qui vit en dehors de l’espace et du temps. C’est une erreur de croire que les mêmes yeux ne pervent distinguer sous les apparences sensibles le jeu des forces invisibles et retenir avec netteté le contour des êtres et des choses. La même sainte Térèse qui jJouissait de la vision intellectuelle de la Trinité a pu conter avec infiniment d'esprit et de pittoresque l’histoire de ses fondations. Et pareillement
saint Jean a pu joindre à la contemplation des
choses divines le privilège de l’observation exacte. Por Pour qui l'étudie de près, loin de faire figure de symboliste nuageux, il apparaît bien plutôt comme un magnifique représentant du réalisme chrétien. En écrivant pour les fidèles de son temps, saint Jean se trouve avoir écrit pour les siècles. La doctrine qui enchantait la première génération chrétienne, garde son attrait pour la nôtre, et elle doit cette éternelle jeunesse à ce qu’elletest fondée
sur le réel et le positif de l’histoire. C’est, en
effet, un trait essentiel de la doctrine johannique, en harmonie avec le dogme de l’Église visible et toute l’économie de l’Incarnation,
qu’elle comprend, comme parties intégrantes, certaines affirmations touchant des choses qui ont été expérimentalement vérifiables. « Ce . que. nous avons vu, c’est ce que nous vous annonçons, et 1l faut confesser que Jésus est venu en chair ! ».
Saint Jean est l'adversaire déterminé de Cérinthe et autres hérétiques qui, sous prétexte de spiritualiser ou de rationaliser la foi chrétienne, supprimaient la réalité humaine des faits qui la fondent : pour ces premiers gnostiques, le corps du Christ n’était qu’une apparence, il n’y avait eu qu’un semblant d'incarnation, de passion, de résurrection ?. Avec une remarquable lucidité, l'apôtre a vu
la nécessité de s’attacher au visible, au sensible de l’économie divine, et 1l a repoussé avec horreur toutes les nuées des faux « spiri- tuels » À la base de la foi chrétienne se -trouvént certains faits dont ilne suffit pas de dire que tout se passe comme s'ils étaient vrais, L’affirmation de la réalité historique du Christ et de ses œuvres est un point néces-