Jean, 1, 183 III, 32-33; Ire épître de Jean, N
“un texte de Marc, que viendraient renforcer le témoionage de Papias et celui de quelques martyrologes. « C’est Ed. Schwartz qui a, suivant et développant avec ampleur une suggestion de Wellhausen, fait triompher près de beaucoup cette objection. Sous la forme brutale qu’il lui a donnée, et nonobstant l’érudition dépensée à la défendre, on peut dire que c’est un défi à l’histoire. Elle consiste, dit le vieux Zahn avec humour, à délivrer au fils de Zébédée un acte de décès antidaté 1». Dans saint Marc, Jésus dit aux deux frères, Jacques et Jean : « Le calice que je bois, vous le boirez, et le baptême dont je suis baptisé, vous en serez baptisés 2». C’est là, dit-on, prophétie inventée après coup (vaticinium ex eventu), et qui a été ensuite reportée sur les lèvres du Christ. Jacques, au témoignage des Acies des Apôtres (XII, 1-2), ayant été mus à mort par Hérode Agrippa Ier, donc vers Van 44%, Jean a dû subir le martyre en même temps : dès
lors, il n y a même plus à se demander s’il a écrit le Quatrième évangile.
Malheureusement pour ses auteurs, cette inférence ne s’appuie sur aucun texte du Nouveau Testament, et se heurte à plusieurs indices décisifs en sens contraire. La prophétie de Jésus n'implique pas nécessairement le martyre; la métaphore de « boire le calice » peut s’entendre, en un sens plus général, d’une participation à des épreuves et à des tribulations. Les Actes, qui signalentla mort de Jacques, « frère de Jean » (XII, 2), n’ont pas un mot quiinsinue le double martyre : silence d’autant plus inexplicable, dans l'hypothèse des adversaires, que pour l’auteur des Actes Jean est avec Pierre le personnage le plus important de la Commu-
nauté de Jérusalem, tandis que Jacques, en dehors de la
1. L. de Grandmaison, Jésus Christ, I, p. 146. 2. Marc, X, 39.
mention de sa mort, n’est nommé qu’une fois, au catalogue des Apôtres (1,13). « Il est donc tout à faitinvraisemblable que, s’il a partagé le sort tragique de son frère; en ait complètement passé sous silence ce qui achevait | son mérite et sa gloire, comme témoin du Christ, »\ Bien plus, les Actes, qui mentionnent le martyre de Jacques, au début du chapitre XII, nous montrent, au chapitre XV, Jean prenant part à l’assemblée de Jérusalem, à une date certainement postérieure à la mort de Jacques, puisqu'entre les deux événements se place la mission de Paul et de Barnabé à Chypre, puis en Pamphylie, en Pisidie et en Lycaonie, avec retour à Antioche (Actes, XIII et XIV). On aura beau torturer ces textes; — et certains critiques ne s’en privent pas —, On ne leur fera jamais dire ce qu’ils ne suggèrent en aucune façon. ” A ces raisons s'ajoute le témoignage de saint Paul. dans son Épitre aux Galates. Il y rappelle deux de ses « montées » à Jérusalem 2, l’une trois ans après sa conversion, l’autre, quatorze ans plus tard, soit au moins seize ans après sa conversion. Lors de ce second voyage, il conféra avec ceux « qui passent pour les colonnes » de l’Église de Jérusalem, Jacques, le frère du Seigneur, Pierre et Jean, ce dernier n’étant certainement pas autre que l’apôtre, fils de Zébédée. Vouloir mettre cette conférence en l’an 44 ou avant, c’est reporter la conversion de saint Paul à une date inadmissible, vers l'an 28-29, et proprement bouleverser toute la chronologie des temps apostoliques.
Le dernier chapitre du quatrième évangile atteste aussi que son auteur est un personnage considérable, qui a survécu longtemps à Pierre et dont la longévité