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CHAPITRE II

J. — Le TÉMOIGNAGE DE LA TRADITION

Dans nos éditions populaires ou savantes des évangiles, comme jadis dans la presque totalité des manuscrits, qu'ils fussent grecs, latins, coptes ou syriaques, l’évangile selon saint Matthieu se présente lé premier. En lui attribuant cette place, l’antiquité chrétienne entendait signifier sa priorité de composition. Non qu’elle considérât notre évangile grec actuel comme antérieur à saint Marc ou à saint Luc, mais elle était unanime à y voir la version d’un original sémitique, qui avait été, lui, le premier en date de nos évangiles et avait eu pour auteur Matthieu le publicain, devenu l’un des Douze. Tous concordants sur ce point, les divers témoignages des anciens ajoutent quelques rares particu-

larités sur la langue, le contenu, le temps de la composition et les premiers destinataires de l'œuvre matthéenne.

Le premuer en date de ces témoignages est celui de Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie, pendant la première moitié du second siècle. Papias avait composé vers 125-130 cinq livres d’Explication des. Oracles du Seigneur, dont Eusèbe, le père de l’histoire ecclésiastique, nous a transmis quelques extraits. Saint Irénée, évêque de Lyon, qui dans le dernier quart du second siècle, a aussi connu l’ouvrage de Papias, caractérise l'auteur comme «un homme ancien, auditeur de Jean, compagnon de Polycarpe t ».

Pour Irénée, ce Jean, dont Papias fut auditeur, est l’apôtre Jean, fils de Zébédée; pour Eusèbe, qui rapporte et critique les paroles d’Irénée en les référant à l’ouvrage de Papias, ce Jean dont l’évêque phrygien recueillit les dires, est non pas Jean l’Apôtre, mais Jean dit le Presbytre ou l’Ancien, peutêtre « disciple » immédiat « du Seigneur ? », certainement un homme de la première géné-

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