Ibid. IT
suivis les paroles de Jésus, à la différence de saint Marc, qui «écrivit exactement, mais sans y mettre d'ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles ou des actions du Seigneur ». Comme Renan le remarquait t, on ajoute au texte de Papias, quand on veut lui faire dire que l’écrit sémitique de saint Matthieu n’était qu'une collection de Discours, et non un véritable évangile, contenant aussi des récits. Papias, quand il parle des « Oracles », ne vise que la portion de l’œuvre de saint Maithieu qu’il avait commentée, et qu, à vrai dire, en constituait l'élément le plus caractéristique. Ni Eusèbe, qui avait l'ouvrage de Papias entre les mains, mi aucun témoin de l'antiquité chrétienne n’a songé à réduire l’œuvre sémitique de saint Matthieu à un simple recueil de Sentences.
La langue dans laquelle écrivit saint Matthieu, est désignée par Papias-sous le nom de « langue hébraïque ». Par cette expression, il faut entendre la langue alors parlée en Palestine : ce. n'était pas l’hébreu proprement dit, mais l’araméen qui l’avait graduel-
4. Les Évangiles, Paris, 1877, p. 79, n. 1. — Même remarque sous la plume de J. Moffattet À. Jülicher, dans leurs Introductions, anglaise (Edimbourg, 1918) et allemande (Tubingue, 1919), à la littérature du Nouveau Testament.
lement supplanté depuis la conquête babylonienne 1, Destiné au commun peuple, et non à une classe de lettrés, l’évangile a dû être écrit par Matthieu, — comme il avait été parlé par Jésus, — dans la langue même dont se servaient les Juifs de Palestine ?.
Cet évangile araméen fut traduit en grec, dès les temps apostoliques, et Papias indique qu'il y eut plusieurs essais de traduction.
L’une de ces versions, dont saint Jérôme.
avouait ignorer l’auteur, prévalut et acquit dans l’Église place officielle : c'était certainement chose faite avant la fin du rt siècle. L'Église, en gardant à cette version grecque le titre d’Evangile selon Matthieu, affirmait son identité substantielle avec l'original araméen. Cette identité substantielle ne s’oppose pas à ce que le traducteur du Matthieu araméen, surtout pour la partie narrative com-
4. G. Dalman fait remonter le commencement de cette substitution à l'établissement de colonies mésopota-’ miennes en Samarie, 721 avant Jésus-Christ. — Dès la seconde moitié du v® siècle avant Jésus-Christ, l’araméen était la langue des colons juifs, originaires de la Palestine méridionale, qui s'étaient établis à Eléphantine, en Haute-Egypte (Jesus-Jeschua, Leipzig, 1922,
. Dans les Actes des Apôtres (XXI, 40), l’araméen dont saint Paul se servit sûrement pour haranguer la foule juive, lors de son arrestation au Temple de Jérusalem, est aussi désigné sous le nom de (langue hébraïque».
mune avec Marc, ait mis à profit la rédaction grecque de celui-ci, « utilisant, avec certains traits épisodiques, les expressions »
du second évangéliste, « pour le difficile passage de l’araméen en grec ! ». Mais quoi qu'il en soit de cette dépendance, difficile à préciser dans le détail, même si on la juge vraisemblable, le traducteur a su conserver le caractère propre de l’original, « l’unité doctrinale et littéraire qui le distinguait ? ».
Du texte de Papias on pourrait déjà conclure que l’évangile de Matthieu, étant écrit en araméen, était destiné à des lecteurs palestimiens. Le fait est expressément affirmé par les témoins postérieurs : saint [rénée, Origène, Eusèbe, saint Jérôme. Irénée est le seul à indiquer la date de composition, et encore d’une façon simplement approchée : « Matthieu donna son évangile écrit, lorsque Pierre et Paul prêchaient l’évangile à Rome et fondaient l’Église % » : ce qui nous reporte aux années qui précédèrent la persécution de
Néron (64).
1. L. de Grandmaison, Jésus Christ, t. I, Paris, 1928, p. 417.