Matthieu, XII
2. Matthieu, XXI, 9, 15. — Marc a simplement « hosanna »; Luc omet l’exclamation.
dans le choix et le traitement des preuves qui justifiaient les prétentions de Jésus. Les miracles du Christ, sa résurrection, auraient pu suffire à attester le caractère divin de sa mission. Mais il existait un autre argument, auquel les Juifs, habitués à scruter les Ecritures, devaient être particulièrement sensibles, l’argument prophétique : retrouver dans Jésus de Nazareth les traits du Messie préfiguré par les voyants d'Israël. Aussi saint Matthieu s’est-1l bien gardé de négliger
ce genre de preuve; et c’est à bon droit qu’on
a appelé le premier évangile, « l’évangile de la prophétie messianique ».
Saint Matthieu ne se contente pas, à la manière de saint Marc et de saint Luce, de rapporter les prophéties que le Christ s'était appropriées. [l se plaît à illustrer son récit de textes de l'Ancien Testament qu’il applique aux faits saillants de la vie de Jésus : conception virginale, naissance à Bethléem, retour d'Egypte, prédication de Jésus en Galhlée, miracles, fuite de la publicité, enseignement en paraboles, entrée triomphale à Jérusalem, prix de la trahison de Judas !. De ces cita-
4. Ces citations, qu'introduit ordinairement la formule : (Afin que fût accompli ce qui avait été dit par le prophète... » sont au nombre de douze; une seule se retrouve dans saint Marc et dans saint Luc, l’annonce
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tions, les unes sont des prophéties proprement dites, qui s’apphquent directement à Jésus; d’autres n’ont qu'une valeur d’analogie et parfois leur accommodation aux faits de la vie du Christ peut nous paraître un peu subtile. Pourtant cette seconde manière de procéder, sans avoir la rigueur de la prophétie directe, n’était pas négligeable. La facilité avec laquelle les traits de la conduite de Dieu sur le peuple élu et ses prophètes pouvaient être transposés dans la vie du Christ, montrait ou du moins suggérait aux Juifs, très accessibles à ces sortes de rapprochements, que le même Esprit qui jadis veillait sur Israël, avait aussi guidé Jésus pendant sa vie terrestre.
Comme la méthode d’argumentation, les procédés littéraires de l’auteur, son vocabulaire, ses allusions aux coutumes juives ne se comprennent que si son évangilé est destiné à des lecteurs israélites. Sans effort, Matthieu rencontre l’exacte couleur locale. N'ayant pas comme saint Marc ou saint Luc à tenir compte de lecteurs étrangers au monde juif, il peut garder au langage de Jésus son tour nettement palestinien. Nous avons déjà cité
de la prophétie du Baptiste : « Une voix cria dans le désert... » Les onze autres sont propres à saint Matthieu,
les expressionstraditionnelles, qui rappelaient les privilèges du peuple d'Israël. Il serait facile d’apporter d’autres exemples :
«royaume des cieux » au lieu de « royaume de Dieu », par respect du scrupule juif, qui avait substitué au nom sacro-saint de Iahvé le nom du ciel ?. Et de même, « la consommation du siècle », «le Père qui est dans les cieux », € la chair et le sang », au sens de puissances purement naturelles, les métaphores du «joug » de la doctrine, de «lier » et de « délier », « les portes de l’Hadès » pour désigner les puissances infernales ou le pouvoir de la mort, la description de l'enfer avec «les ténèbres extérieures, les pleurs et les grincements de dents », autant de locutions qui se rencontrent dans les écrivains juifs.
Ces mêmes lecteurs du premier évangile sont censés savoir ce qui à été dit aux anciens, «ils connaissent toute la gamme des jugements rabbiniques, du tribunal, du sanhédrin, de la géhenne ?, nueux que les plus savants exégètes modernes, et, aussi bien qu'eux, la forme et la taille des caractères de
1. « Royaume des cieux », 32 exemples dans saint Matthieu; aucun dans saint Marc ni dans saint Luc qui emploient uniformément « royaume de Dieu » (Mare, 15 ex.; Luc, 32; Matthieu, 4).