‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 49 sur 177 · Jean, II · texte numérisé non relu

Jean, II

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commun des manteaux, leurs prétentions aux premières places et aux salutations empressées; sous des apparences de piété et de zèle pour la Loi, l’iniquité profonde, sépuleres blanchis, éclatants au dehors, tout pleins au dedans d’ossements et de pourriture; en place de vertu, la virtuosité à échapper aux devoirs les plus saints, la casuistique qui raffine sur les infiniment petits et lâche les préceptes essentiels, filtrant le moucheron et avalant le chameau : jurer par le temple, cela ne compte pas, il faut jurer par l'or du temple.

On comprend que saint Matthieu ait pris intérêt à recueilhr les reproches du Seigneur : la sévérité de Jésus pour les Pharisiens superbes et aveugles, après avoir soulagé l'âme d’un ancien publicain, devait trouver un facile écho auprès des judéo-chrétiens qui le lisaient et qui vivaient persécutés, excommuniés par les représentants déchus des antiques institutions. Les convertis sont souvent les juges les plus sévères de la religion qu'ils ont quittée : nul peut-être n’a dit à l'Église anglicane de plus dures vérités que Newman. Mieux que des catholiques de naissance, ils connaissent par expérience les faiblesses du système et ils les mettent à nu avec une impitoyable rigueur. |

Cette nuance plus accentuée d'opposition à la Synagogue distingue l’universalisme de saint Matthieu de celui de saint Marc et de saint Luc. La catholhicité de lévangile était un des points essentiels du message de Jésus, qu'aucun historien ne pouvait passer sous silence, sans manquer gravement à sa mission. Aussi l’œuvre de saint Matthieu abondet-elle en traïts ou en paroles, qui annoncent cette umversalité du salut. Dès l’évangile de l'enfance, c’est l’histoire des Mages qui vien- ‘ nent saluer Jésus, à titre de prémices de la gentilité. Le Discours sur la montagne, par son exclusion de tout particularisme, son absence d’allusion à tout privilège de nation où de race, enseigne implicitement la même vérité : être pauvre, doux, pacifique, persécuté, autant de conditions privilégiées qui ne sont pas le monopole du Juif, mais se rencontrent. à toutes les latitudes et sous tous les chmats. « On ne peut lire le Sermon sur la Montagne sans comprendre que la doctrine de Jésus sur la foi au Père céleste et sur amour du prochain devait faire éclater le moule d’une religion strictement nationale, et qu'ilest impossible que Jésus, quelques ménagements naturels qu’il ait gardés d’abord pour ses compatriotes, n’ait pas imprimé lui-même à sa prédication le carac-

tère universaliste qui a prévalu après luit. » Les exégètes les plus radicaux, — sauf M. Loisy, — en conviennent. « Puisque les pauvres en esprit, les doux, les pacifiques, les témoins sans reproche de Jésus remphssent le royaume de Dieu, ce royaume possède donc un caractère humain universel. À aucun lieu du monde ne sont attachées les exigences et les conditions d’entrée dans le royaume ; nulle part les commandements de ce même royaume, qui ont leur point d’attache dans l’idée de justice, n’ont de lien nécessaire avec la nationalité juive. Se convertir, devenir enfant, cela sigmfie un changement dans la vie de l’homme, non du juif ?. »

S'il est des textes qui restreignent la mussion personnelle de Jésus aux brebis d'Israël, leur rapprochement avec l’ensemble de la doctrine évangélique montre clairement qu'il ne s’agit là que d’une économiestransitoire : elle ne durera pas plus que la carrière terrestre de Jésus. Encore, dans ces limites, n’est-clle pas si rigoureuse qu’elle ne puisse se plier à quelques exceptions : guérison du

1. A. Puech, Histoire de la littérature grecque chrétienne, tome I, Le Nouveau Testament, Paris, 1928, p. 81.

2. H. J. Holtzmann, Lehrbuch der N. T. Theologie, Fribourg en B., 1897, t. I, p. 229.

serviteur du centurion ! et de la fille de la Cananéenne ?. Des paroles formelles annoncent l’entrée des païens dans le royaume :

« Ils viendront, et en grand nombre, de l'Orient et de lOccident, et ils prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux 3.»Les paraboles ne fixent d’autres limites au royaume de Dieu sur terre que les bornes du monde :

c’est le champ où le Fils de l’homme sème le bon grain, et le diable, l’ivraie, jusqu’au tri définitif de la moisson 4. Même affirmation d’universalisme, lorsque la Passion est proche, qui barre d’un nuage sombre lhorizon immédiat 5, ou dans les joies radieuses de la Résurrection. La dernière parole de Jésus que rapporte l’évangéliste, est la solennelle proclamation de son droit et de sa volonté de soumettre à ses enseignements toutes les nations de l’umivers 6. ai

Où saint Matthieu insiste plus que saint Marc et saint Luc, c’est lorsqu'il présente

cette entrée des païens dans le royaume de

. Matthieu, VII, 5-13.

. Matthieu, XV, 21-28.

. Matthieu, VIII, 10-14.

+ Matthieu, XIII, 37-40.

. Matthieu, XX VI, 13.

. Matthieu, XXVIII, 18-20.

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