‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 5 sur 177 · PART · texte numérisé non relu

PART

4. Mochler, La Symbolique, trad. Lachat, 2e Edit Paris, 1852, t. IL, p. 6. 5

L'ÉVANGILE ORAL 13 À la doctrine comme du culte, ce sera Jésus luimême, le Christ Seigneur, le Fils unique qui révèle le Père et envoie le Saint-Esprit. Le connaître, c’est connaître Dieu; l'aimer, c’est aimer Dieu. Voilà pourquoi Bossuet s’accorde

‘avec Newman pour appeler la religion chré-

tienne « le parti de Jésus-Christ », voulant sigmfier par là qu'être chrétien, ce n’est pas professer une doctrine abstraite, mais être attaché, dévoué à une personne.

Puisque telle était la fin que se proposait le Christ, il devait en prendre les moyens et commencer à la réaliser dès sa vie terrestre. Puisque sa rehgion devait être essentiellement un « parti », 1l devait constituer ce parti, grouper autour de soi des disciples, se les attacher, c’est-à-dire non seulement les instruire, mais se faire aimer d’eux d’un amour invincible.

Et comme pour se faire aimer les actes comp-

… tent plus que les paroles, les exemples plus que

les écrits, 1l était de capitale importance que

Jésus-Christ donnât à ses Apôtres le spectacle

vivant de sa puissance et de sa sainteté, qu’il burinât en quelque sorte par l’action directe

… son image dans l'esprit et le cœur de ses disciples.

Mais, dira-t-on, écrire n’est qu’une formé À )

de l'action : tout en prêchant, tout en semant

les miracles, Jésus-Christ aurait pu confier au

papyrus les points essentiels de sa doctrine,

nous laisser un recueil de pensées, genre Epic:

tète où Marc-Aurèle. Cela, Jésus-Christ ne Pa pas fait : il n’a écrit qu’une seule fois, mais

ce fut sur le sable t. IT était convenable qu'il

agît ainsi. On serait presque tenté de dire que le caractère de sa mission lui interdisait le métier d’ « auteur », pour qu'il demeurât exclusivement une «autorité ».

Quand quelqu’un laisse après lui une œuvre httéraire, c’est une tentation très humaine d'oublier l’homme pour ne considérer que l’œuvre, ou du moins de ne considérer l’homme que secondairement, de ne l’étudier qu’autant que sa psychologie nous aide à comprendre le texte écrit. L’œuvre brille au premuer plan, l’homme s’efface au second. Socrate n’a pas écrit; 1l ne nous est connu que par ses disciples;sa personnalité demeure une personnalité très vivante; on étudie l’homme, on s'in-

téresse à l’homme. Platon, au contraire, a

beaucoup écrit; l'admiration de ses lecteurs s’adresse à l’œuvre plus qu’à l’ouvrier; on se passionne pour les idées exprimées, on a tendance à ne porter qu’un intérêt secondaire à celui qui les a exprimées. Le Christ n'a pas voulu donner prise à cette tentation; il n’a

4, Jean, VIII, 6 (Épisode de la femme adultère).

L'EVANGILE ORAL 15 D QC QC À Qi pas voulu qu’on s’épriît de ses idées,sans qu’on s’éprît de sa personne. Il n’a pas voulu qu’il y eût, entre lui et ses disciples l’écran, même transparent, d’une œuvre littéraire. Fidèle à une méthode d'enseignement qui était de tradition chez son peuple et dont le grec Platon vantait la précellence !, il a semé sa doctrine, non sur le papier, mais dans des esprits et des cœurs vivants, où son amour la ferait germer et fructifier.

… Cette première raison n’est pas la seule qui puisse expliquer pourquoi Jésus n’a pas écrit. Le Christ n’était pas un philosophe qui après des années de réflexion solitaire vient proposer une belle théorie, un système laboreusement édifié; 1l était la justice, la vérité, la puissance vivantes. Il ne se contentait pas d'enseigner; aux grandes leçons il joignait les grands exemples. Sa vie était le dogme en acte; chacune de ses démarches, le moindre de ses gestes était un signe, un symbole du monde divin, de sa pureté, de son harmonie, de sa limpidité. Il n’était pas seulement le prophète puissant en paroles ?, celui dont on disait que jamais homme n’avait parlé comme cet homme®;il était aussi, et plus encore, puis-

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