Luc, XXIV, 19, 3. Jean, VII
TO À sant en œuvres, puissant sur la matière et sur l'esprit, sur les corps qu’il guérissait, sur les âmes qu’il convertissait. Convenait-il que le Christ, doux et humble de cœur, se fît lumême le narrateur de ces grandes choses, se mît lui-même en scène : « J’ai fait ceci » et « j'ai fait cela », nous transmît les admirations qu’avaient suscitées sa doctrine et ses miracles? « Le moi est haïssable », a dit Pascal; il appartenait aux disciples d’être les témoins de la gloire de leur Maître, de raconter non seulement ses grandes actions, mais aussi l'impression qu'ils en avaient reçue, d’étabhr le contraste entre la transcendance de Jésus et leurs faiblesses, entre sa bonté et
leur dureté, entre son aisance à se mouvoir
dans le monde divin et leur inintelligence.
L'histoire d’un grand homme est incomplète,
quine nousfait pasconnaître l'impression qu'il a produite sur ses contemporains; à plus forte raison, la figure du Christ, fondateur de religion, ne se serait pas détachée dans tout son relief, si nous avions ignoré, non seulement comment 1l s'était comporté à l’égard de ses disciples, mais comment ses disciples s’étaient comportés envers lui. Cette histoire, c'était aux disciples à l’écrire,
Et encore cette œuvre de raconter par
écrit la gloire de leur Maître n’était pas celle
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qui s’imposait le plus immédiatement aux Apôtres. Leur tâche la plus pressante était de prêcher le Christ de vive voix, en témoins directs!, de lui recruter des fidèles, de développer et d'organiser l’Église naissante. Cette Église ne devait pas consister en une simple % juxtaposition d'individus; elle serait, suivant la comparaison de saint Paul, un corps mystique, un organisme, où tous les membres, unis entre eux, seraient soumis à l’autorité des Apôtres et de leurs successeurs. Pour que ce but pût être atteint, pour qu'après le départ du Christ, son œuvre durât et se développât, il fallait que les chefs de l’Église, saint Pierre et le collège apostolique, fussent les seuls dépositaires et interprètes de sa doctriné ; il fallait qu’ils pussent dire : « Le Christ, c'est nous qui l’avons, le vrai, l’authentique, et nous seuls ». [l fallait qu’on sentît que sans ” eux on ne pouvait atteindre le Christ, que se séparer d'eux, c'était perdre le contact avec le Christ. Une fois l'Eglise organisée sous une hiérarchie acceptée de tous, une fois le prin- - cipé d'autorité non seulement proclamé, mais entré dans les mœurs, passé dans la pratique … de la vie chrétienne, on pourrait écrire, car LÉglise, antérieure aux Écritures, aurait le
1 Matthieu, XXVIIT, 19; Actes, I, 8,
droit de les juger, de les interpréter, d arrêter les écarts du sens individuel.
Supposons, au contraire, que Jésus-Christ.
ait écrit, qu'il ait quitté la terre, après avoir rédigé de sa propre main un résumé de sa doctrine et de sa vie. La tentation qui a donné naissance à l’hérésie protestante, eût été beaucoup plus redoutable et eût menacé de, ruiner dès l’origine toute l'institution de l'Église. Quand un grand homme laisse ainsi par écrit le recueil de ses pensées, on est porté: à croire qu'il a livré là tout son secret. Si le Christ avait agi ainsi, comment les premiers chrétiens n’auraient-ils pas été inclinés à chercher la pure doctrine, non dans l’enseignement des disciples, mais dans le livre w laissé par le Maître? Chacun l'aurait interprété à sa façon, se serait fait, suivant le mot de la princesse Palatine, « son petit religion à part soi » Dès l’origine, l'esprit catholique aurait été vicié; au lieu d’un grand corps diseipliné et hiérarchisé, on aurait vu se prodwure l’émiettement, l’éparpillement des sectes, tels qu'ils existent actuellement au sein du protestantisme. Au contraire, les Apôtres ayant commencé par propager oralement l Évangile, les premiers néophytes durent se grouper autour d’eux pour recevoir de leur bouche la doctrine chrétienne, la révélation authen-
tique. [ls étaient ceux qui avaient vu, entendu, touché le Christ 1, qui avaient vécu familièrement avec lui pendant trois années et, suivant le mot des Actes ?, avaient mangé et buavec lui. Personne ne pouvait rivaliser avec eux en connaissance de l’histoire du Christ; /aucun livre ne leur faisait concurrence. Ainsi, ils purent c:nstituer véritablement une société, c’est-à-dire une commu- . nauté de personnes vivantes groupées autour . de chefs vivants. Quand quelque trente années après la mort du Christ, les premiers évangiles canoniques ? furent écrits, ces liens + de l’obéissance et de l’amourétaient trop forts … pour que le libre examen et l'interprétation individuelle pussent les briser ou simplement les détendre. Loin de supplanter la nee orale et le magistère ecclésiasue, le texte écrit fut pour les chefs de Len un secours et un aliment, non une.
entrave. Parce qu’elle avait existé avant les mévangiles, l’Église leur était supérieure. Et …. cette supériorité était une source de vie et de: sh X ; : Pr Es :
FR progrès. FH n’était pas asservie, M Ex vis 4 17e épître de Jean, I, 1.
4 * 2 Actes, X, 41.
ki æ Canoniques, c’est-à dire que l’Église a reçus dans } le Canon, ou liste des livres qu’elle regarde comme |. inspirés.
ac
enchaînée à la lettre d’un livre, si vénérable
qu’il fût. Des évangiles, composés parles
“ke
disciples, ne pouvaient pas tout dire, car” :
le. divin ne sé laisse pas épuiser par”
les formules humaines. Ayant reçu directe …
ment du Christ et son esprit et sa doctrine, et. les rites qu’il avait institués, l’Église gardait le droit d’ expliquer, voire de compléter lévan-
gile écrit, à la lumière de ses propres expé- * #1
riences et des révélations de l'Esprit-Saint. -