‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 71 sur 177 · II. — LEs TRAITS CARACTÉRISTIQUES DU SECOND ÉVANGILE · texte numérisé non relu

II. — LEs TRAITS CARACTÉRISTIQUES DU SECOND ÉVANGILE

Le second évangile est celui qui a été le moins commenté dans l’antiquité chrétienne.

L'écrivain ecclésiastique qu’on s’accorde généralement à nommer Victor d’Antioche, et dont le commentaire grec de saint Marc n’est pas antérieur au v® &iècle :, se plaint de n'avoir pu découvrir, malgré toussesefforts,un seul commentaire du second évangile, alors que saint Matthieu et saint Jean ont trouvé nombre d’interprètes, et saint Luc, au moins quelques-uns ?. La raison de ce moindre intérêt est facile à deviner : le premier et le troisième évangiles offraient aux prédicateurs chrétiens à peu près tout ce que contient‘saint Marc et, en plus, d'importants discours et

récits. Aussi un des très rares commentateurs

4. Dans les Catenae Graecorum Patrum de Cramer, t. I, Oxford, 1844.

: 2. Victor d’Antioche parle du monde grec. En latin, on n’a signalé, pour cette même époque, qu’un commentaire partiel de saint Jérôme (publié par Dom Germain Morin dans les Anecdota Maredsolana, vol. [N), et un autre, qui a été faussement attribué à saint Jérôme (dans la Patrologie latine de Migne, t. XXX, col, 589- 644).

anciens de saint Mare, Bruno d’Asti(+-1125), déclare qu'il n’aura pas beaucoup de peine à prendre, parce qu’en saint Marc il y a bien peu de choses qui n’aient pas été expliquées dans saint Matthieu. Saint Marc n’a en propre que 20 versets, où se trouvent compris deux miracles, — guérison d’un sourd-muet (VII, 31-37) et de l’aveugle de Bethsaïda (VIII, 22-26), — une parabole, celle du grain qui pousse tout seul (IV, 26-29) deux épisodes particuliers, la tentative des parents de Jésus pour s'emparer de sa personne (ET, 20-21) et la fuite d’un jeune homme nu, lors de l'arrestation de Jésus à Gethsémani

(XIV, 51-52) 1. En revanche, saint Matthieu

et saint Luc renferment des morceaux importants qui n’ont aucun équivalent dans saint Marc : tels sont les évangiles de l'enfance, de notables parties des récits qui se rapportent à saint Jean-Baptiste, le Sermon sur la montagne, une bonne part du discours de Jésus lors de la première mission des apôtres, plusieurs et des plus belles paraboles. Papias

4. Swete, dans son Commentaire (3° éd., Londres, 1920), divise saint Marc jusqu’à XVI, 8 (abstraction faite du titre, I, 1, et de la finale contestée, XVI, 9-16) en 106 sections: de ces 106 sections il n’y en a que 3 qui soient absolument propres à Marc; des 103 autres, 96

sont communes (pour le fond) avec Matthieu et 82 avec

Luc,

avait déjà conscience de ces différences, lors-

qu'il remarquait que Marc n’avait écrit qu'un:

petit nombre de faits, mais avec exactitude,

tels qu'il se les rappelait. Le second évangile

offre moins que le premier et le troisième les éléments d’une initiation chrétienne assez complète; 1l est plutôt « un aide-mémoire de missionnaire »!, fournissant un certain nombre de scènes caractéristiques de la mission terrestre de Jésus, Messie et Fils de Dieu.

Le second évangile, un peu négligé dans le passé, à cause même de sa brièveté, a été de nos jours particulièrement apprécié. Il a trouvé de nombreux commentateurs qui l'ont interprété pour lui-même, et non pas comme un simple abrégé du premier évangile. Cette faveur n’est pas caprice. L'œuvre de saint Marc répondait à un besoin de notre âge, qui, tout en étant très afliné ou parce qu'il est très affiné, aime ce qui est simple et direct. Les critiques aux tendances les plus diverses ont noté ce réalisme franc de l’évangéhste.

Taine l’appelait « un brave artisan sincère » ?; Wellhausen a dit de la tradition suivie par le

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