Actes, XI
rations passionnées, — ou qui fait se cabrer, — et ce sont de vives répulsions. Au début, le prestige de saint Paul tenait surtout au miracle de sa conversion, au contraste entre hier et aujourd’hui; quand il faisait son entrée dans l'assemblée des fidèles, à l'heure de la fraction du pain, 1l semblait encore tout rayon- 4 nant de la lumière surnaturelle qui Pavait enveloppé et terrassé sur la route de Damas.
Tous connaissaient la merveilleuse histoire, comment le persécuteur acharné de l'Eglise naissante, le disciple de Rabbi Gamaliel, mais disciple plus sectaire que son maître, le pharisien pur entre les purs, avait été abattu, dompté par le Seigneur ressuscité, et de loup dévorant était devenu une brebis très docile dans le troupeau du Christ 1.
Sans pouvoir mesurer, comme nous le fai:
sons après dix-neuf siècles de christianisme, toute l’envergure de l’événement, les frères sentaient d’instinct que Paul serait l’instrument de grandes choses : ce n’était pas pour rien que le divin dompteur. avait pris en main l’aiguillon pour réduire à l’obéissance cette fière nature. De fait la grâce ne fut pas stérile dans le nouveau converti; comme une greffe
4. Actes, IX, 1-19; XXII, 3-21; XXVI, 9-20; Fe aux Corinthiens, XV, 8,
entée sur un olivier franc, elle produisit des fruits magnifiques. Loin de décroître avec les années, le prestige de saint Paul ne fit que grandir dans la communauté chrétienne, et sans doute aussi l'admiration de saint Luc pour son caractère et ses travaux. Mais une admiration à distance, même sincère, ne put satisfaire le médecin chrétien; il offrit ou accepta, — on ne sait d’où vint l'initiative —, de se vouer au service personnel de l'Apôtre, de prendre rang parmi les auxiliaires fidèles qui le suivaient dans ses voyages et l’aidaient dans son œuvre d’évangélisation.
C’est pendant la seconde grande expédition apostolique !, vers l’an 50, que pour la premuère fois, nous voyons paraître saint Luc aux côtés de saint Paul, avec Silas qui laccompagnait depuis Jérusalem, et le jeune Timothée, cueilli au passage, à Lystres de Pisidie; un «nous» discret introduit le narrateur comme acteur dans le récit des Actes, au départ de Troas pour la Macédoine ?, sans